Barrette a embrasé les réseaux sociaux

Une insulte aux médecins de famille

La docteure Johanne Gosselin, comme plusieurs de ses... ((Photo Jeannot Lévesque))

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La docteure Johanne Gosselin, comme plusieurs de ses collègues, considère que le projet de loi 20 aura des impacts majeurs sur le fonctionnement de la santé et n'améliorera pas la situation pour les patients en plus de créer un climat de tension entre le corps médical et le gouvernement.

(Photo Jeannot Lévesque)

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(Jonquière) Johanne Gosselin a 17 ans de pratique en médecine. Elle est une mère de trois enfants et compte un peu plus de 600 personnes sur sa liste de prise en charge. Elle ne voit pas comment elle pourrait en ajouter 700 sans hypothéquer la qualité du service dispensé à ses patients et sa propre santé.

La dernière mouture Barrette a littéralement embrasé les réseaux sociaux, depuis vendredi dernier, alors que plusieurs médecins membres de la FMOQ ont appris qu'ils risquaient de subir une baisse de revenu de 30%, car selon les critères du ministre Gaétan Barrette, qui ne sont validés par personne d'autre que lui, des docteurs comme Johanne Gosselin «travaillent à temps partiel». Le ministre aurait voulu insulter les médecins qu'il n'aurait pas pu faire mieux que de leur déposer un projet de loi qu'ils jugent catastrophique pour l'organisation des soins de santé, principalement dans les régions.

«J'ai discuté avec plusieurs de mes collègues et je ne suis pas la seule à penser de cette façon. Le ministre Gaétan Barrette tient compte uniquement des heures rémunérées quand il dit que nous travaillons à temps partiel. Il oublie une foule d'autres activités que nous devons réaliser et qui font partie de notre travail de médecin», insiste la professionnelle qui, comme plusieurs collègues, a modifié son profil Facebook en affichant sa photographie juste à côté du logo de la restauration rapide McDonald's où l'on peut lire «Projets de loi 20/McDonald's Medecine».

En plus de sa prise en charge, Johanne Gosselin doit faire une garde mensuelle de sept jours qui représente approximativement 70 heures de présence à l'hôpital. Lorsqu'elle reprend le travail en cabinet, elle doit voir ses patients de façon régulière. Ce qui veut dire une quinzaine de patients par jour et un peu plus. La pratique en cabinet génère de son côté une multitude de communications avec les laboratoires, les spécialistes et le retour aux patients pour les résultats. C'est ainsi qu'un généraliste peut passer entre 8 et 10 heures par semaine à remplir de la paperasse inhérente à la pratique.

Activité hospitalière

Il existe un autre aspect de la pratique moins connu. Les médecins généralistes, dans les régions du Québec, apportent un soutien aux activités hospitalières en plus de la garde partagée entre les membres du même bureau. Ces activités représentent un certain nombre d'heures consacrées à des réunions dans différents comités où l'expertise des médecins est requise. S'ajoute à ces activités des responsabilités spécifiques. Johanne Gosselin forme un duo avec sa collègue Catherine Houde pour soutenir les activités de l'URFI. Une unité spécialisée dans la réadaptation et qui est toujours «sur le bord» de manquer de ressource médicale.

«On ne veut pas passer pour des gens qui font pitié. Mais ce n'est pas vrai que nous travaillons à temps partiel. On ne peut même pas penser que nous allons être dans l'obligation de doubler le nombre de patients pris en charge. Le plus insidieux dans cette prise en charge est que les médecins, pour éviter d'alourdir leur pratique, vont choisir des personnes en santé et laisser de côté les cas plus lourds qui risquent de fréquenter l'urgence plus souvent et causer la double pénalité salariale pour le non respect des critères de fidélisation.

Les collègues se questionnent sur le type de médecine que nous voulons pratiquer. Pour le ministre, peu importe, plus tu vois de patients, plus tu travailles. Il n'y a aucune mesure pour la qualité. Nous sommes d'accord qu'il y a des choses à améliorer, mais pas de cette façon. On pourrait regarder toute la question du surdiagnostic et même la possibilité de faire faire des choses par des infirmières bachelières ou cliniciennes.»

La médecin généraliste juge que ce n'est pas plus brillant de demander à un collègue qui pratique à l'urgence depuis 15 ans de revenir en cabinet pour la prise en charge de 1250 patients. Le projet du docteur Barrette risque de retourner le Québec à l'époque des pénuries de médecins.

«Lors de cette pénurie, on m'a obligé à rentrer à l'urgence alors que j'étais enceinte. Ce n'est pas mieux. Ça fait 17 ans que je pratique et la médecine a beaucoup changé», lance comme message au ministre Barrette Johanne Gosselin.

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