Michel Lavallée, coordonnateur provincial au MSSS

L'homme qui veut aider les hommes

Coordonnateur du dossier de la santé et du... ((Photo Gimmy Desbiens))

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Coordonnateur du dossier de la santé et du bien-être des hommes au ministère de la Santé et des Services sociaux, Michel Lavallée a participé au premier forum régional sur la santé des hommes, hier, à Alma.

(Photo Gimmy Desbiens)

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Laura Lévesque
Le Quotidien

(Alma) CHAPEAU
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une figure de proue en matière de santé des hommes. Après avoir signé l'Entente spécifique sur la santé et le bien-être des hommes (2013-2018), une première au Québec, les intervenants et élus ont tenu hier, à Alma, le premier Forum régional sur la question. Près de 150 acteurs provenant de différents milieux se sont réunis pour échanger et identifier des priorités sur cet enjeu. Coordonnateur provincial de la santé et du bien-être des hommes au ministère de la Santé et des Services sociaux depuis déjà quelques années, Michel Lavallée était de passage en sol jeannois pour assister à ce premier forum régional. Entrevue avec l'homme qui veut aider les hommes.

Quels sont les problèmes spécifiques aux hommes?

« Autant sur le plan physique que psychologique, les hommes ont des problèmes et des besoins particuliers. L'espérance de vie est inférieure, mais elle s'améliore. Les hommes ont les plus hauts taux dans 14 des principales maladies, dont le cancer. Ils ont souvent de mauvaises habitudes de vie et des comportements à risque. »

La détresse se vit-elle aussi différemment?

« Les hommes qui vivent des chocs se retrouvent parfois dans une désorganisation, une situation de détresse assez grande. Souvent, on entend les hommes dire: "J'ai perdu la tête". Si cette désorganisation dégénère, elle peut les amener dans une détresse profonde, allant jusqu'au suicide ou, rarement, mais malheureusement, à l'homicide. »

Certains services sont-ils moins bien adaptés aux besoins des hommes?

« Le réseau s'est développé pour répondre aux besoins de toute la population. Mais les femmes, dès leur jeune âge, vont être davantage interpellées ou associées au réseau de la santé, pour des questions de périnatalité, par exemple. De leur côté, les garçons seront en contact plus tard avec le système et ce sont principalement les accidents qui vont les y amener. Donc les hommes et les femmes ne développent pas le même rapport avec le réseau de la santé. Le "caring", les soins, ce sont aussi des choses qui préoccupent les femmes très tôt. Chez les hommes, c'est moins présent. Donc on a un réseau qui a développé des services pour répondre à des besoins de femmes et qui s'est fait aussi par les femmes. Dans nos tournées, les intervenantes et intervenants nous ont dit se sentir moins bien outillés pour répondre aux hommes, car les demandes d'aide sont différentes. Leur façon d'arriver dans le réseau aussi. On s'est rendu compte que si on outillait les intervenants adéquatement, ils comprendraient mieux la détresse et l'approche permettrait de favoriser la demande d'aide, mais aussi la persistance dans la démarche. »

Qu'est-ce qui explique le déséquilibre entre le nombre d'organismes pour femmes et pour hommes?

« On a développé un fort réseau destiné aux femmes, car à une époque, il y avait des besoins criants en employabilité, il y avait aussi de l'isolement. Les choses ont évolué, mais à cette époque, ça prenait des organismes pour aider les femmes à s'adapter aux nouvelles réalités sociales, à retourner sur le marché du travail. Il y avait aussi des problèmes de violence conjugale cachés et qui devenaient connus publiquement. Il était urgent d'aider les victimes et de créer un solide réseau d'hébergement. »

Pourquoi a-t-on commencé à s'intéresser aux problèmes masculins?

« Au fur à mesure qu'on a avancé, avec les connaissances et les prises de conscience sociale, on s'est aperçu que les hommes vivaient des choses. Et que l'incarcération, les services de toxicomanie, c'étaient toutes des interventions qu'on faisait après qu'il y ait eu des conséquences. On s'est dit qu'il serait important qu'on puisse travailler en amont, rejoindre les hommes plus tôt. Pour qu'ils ne soient pas simplement vus comme des problèmes, des fauteurs de trouble, mais comme des personnes qui ont aussi un bagage de souffrances qui les amène dans des comportements inadéquats. »

Est-ce que la santé des hommes fait partie des priorités du gouvernement en place?

« Au ministère, ça fait des priorités au même titre que d'autres. Mais il y a tout cet exercice qui se fait sur ce qui est essentiel, sur la répartition des budgets. Les citoyens disent que l'État coûte cher, mais en même temps on est un État qui donne des services. Je pense que la population doit prendre position là dessus, voir si c'est ce que la population souhaite vraiment. Il faut aussi interpeller les hommes pour qu'ils s'engagent pour l'égalité dans la société. Mais pas seulement l'égalité pour répondre aux besoins des femmes, mais aussi pour répondre aux besoins des hommes. Et des hommes plus heureux vont rendre des femmes plus heureuses et surtout des enfants plus heureux qui auront un meilleur développement. »

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