Des emplois supplémentaires pour boucler les fins de mois

Les ravages de la loto-prof

La loto-prof fait des ravages. Stress, incertitude, anxiété... (Photo Thinkstock)

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La loto-prof fait des ravages. Stress, incertitude, anxiété et frustration se sont emparés de plusieurs dizaines d'enseignants suppléants de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay.

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

(Chicoutimi) La loto-prof fait des ravages. Stress, incertitude, anxiété et frustration se sont emparés de plusieurs dizaines d'enseignants suppléants de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay. Trois mois après la mise en place du système, plusieurs ont dû dénicher des emplois supplémentaires afin de boucler leurs fins de mois.

«Au lieu d'avancer, on recule», affirme d'emblée un d'entre eux qui cumule une dizaine d'années d'expérience au sein de la commission scolaire. «C'est inconcevable. Personne n'accepterait ça dans aucun milieu.»

Ils sont plusieurs dizaines à partager cet avis. Sur les réseaux sociaux, un groupe où ils peuvent faire part de leurs opinions et expériences a été formé. Ils sont plus de 200 à en être membres.

Auparavant, la suppléance dans les écoles primaires de la commission scolaire était gérée par chacune des écoles. Depuis septembre, un centre d'appels attribue de façon aléatoire les remplacements de courte durée (moins de 10 jours), sans égard au nombre d'années d'expérience.

Le système a été mis en place pour le préscolaire et primaire, ainsi que pour les techniciennes en éducation spécialisée du secondaire. La commission scolaire envisagerait d'implanter la façon de faire au secondaire l'an prochain.

Plusieurs enseignants suppléants, qui travaillent presque à temps complet depuis des années, se retrouvent amputés de leur emploi, de leur revenu et du sentiment de reconnaissance.

«On est devenus des numéros», affirme une jeune enseignante en adaptation scolaire de 30 ans.

Un enseignant au préscolaire et primaire qui travaille depuis trois ans entre 130 et 140 jours par année compte 15 jours de travail depuis le début de l'année scolaire. «Je suis obligé de faire autre chose», affirme-t-il.

«L'an passé, je travaillais deux à trois jours par semaine, affirme un jeune homme qui enseigne l'éducation physique depuis quatre ans. Depuis le début de l'année, j'ai travaillé trois demies journées», affirme-t-il, soulignant que son collègue, nouveau finissant qui enseigne la même matière, cumule huit journées complètes de travail, soit cinq fois plus.

Pour pallier la situation, ce n'est pas un emploi de plus qu'il occupe, mais bien quatre boulots à horaires flexibles. «J'ai une maison et un bébé», explique-t-il.

Les autres enseignants rencontrés cumulent eux aussi deux ou trois emplois, surtout les soirs et fins de semaine, question de ne pas refuser de remplacement.

«Ce sont les jeunes qui commencent qui devraient être dans cette situation-là, comme nous l'avons été à nos débuts», déplorent les cinq enseignants.

Équité

Si un souci d'équité a été évoqué pour expliquer la décision de la commission scolaire d'implanter la loto-prof, les enseignants rencontrés soutiennent que c'est ce nouveau système qui crée des injustices.

«Je ne suis pas originaire de la région. À ma sortie de l'école, je n'avais aucun contact. J'ai obtenu des contrats en me faisant connaître. J'allais porter ma carte, rencontrer les directions d'écoles», raconte l'enseignant du préscolaire primaire.

Même son de cloche chez son collègue, lui aussi originaire de l'extérieur.

«J'en ai passé des heures à faire du parascolaire, à faire du bénévolat pour me faire connaître. J'étais reconnu pour ce que je suis.»

Aujourd'hui, ils ont l'impression que leurs années de service ne sont pas reconnues.

«Avant, il y avait une sélection naturelle. Ceux qui étaient moins à leur place ne se faisaient pas appeler. Elle ne se fait plus. La chance ne peut pas être un critère d'embauche.»

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