«Being at home with Claude»

Dans la tête d'un tueur

Pendant une trentaine de minutes, hier soir, 300 personnes ont été sous... (Rocket Lavoie)

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Rocket Lavoie

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Daniel Coté
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) Pendant une trentaine de minutes, hier soir, 300 personnes ont été sous l'emprise d'un envoûtement, d'une magie pas tout à fait blanche. Un homme s'est exprimé sur la scène du Théâtre Banque Nationale, à Chicoutimi. Un type qui venait de tuer l'amour de sa vie et qui, après avoir passé deux jours à jouer au chat et à la souris avec un inspecteur, a tenté d'expliquer l'inexplicable.

Bras croisés, adossé contre le mur lambrissé du bureau où se déroulait l'interrogatoire, le comédien Benoit McGinnis a prêté sa voix, ses traits, son talent, au personnage central de la pièce Being at home with Claude. Ce n'était pas lui qui parlait et les mots n'étaient plus ceux du dramaturge René-Daniel Dubois. On était ailleurs, dans l'un de ces rares moments où le théâtre s'apparente à de la sorcellerie.

Lui qu'on avait vu baveux, colérique et abattu, au gré des imprécations lancées par le policier qu'incarnait Marc Béland, est entré en lui-même pour décrire comment un paumé vivant de la prostitution est tombé amoureux d'un fils de bonne famille et comment il a réagi lorsque ce dernier lui a démontré, après quelques semaines de fréquentations, que ce sentiment était partagé.

Le jeu de Benoit McGinnis était si juste, si empreint de naturel, qu'on a eu l'impression de marcher dans la tête du pauvre homme. À travers le prisme d'un esprit perturbé, on a vu se dessiner une trame improbable, celle d'une véritable union, potentiellement salvatrice pour les deux parties. Jusqu'au moment - on parle de deux ou trois secondes, pas davantage - où l'autre a fini la gorge tranchée.

Pendant tout ce temps, la salle de spectacles est devenue une abstraction. On était en juillet 1967, à Montréal, et on se sentait comme la légendaire mouche sur le mur, tantôt dans le bureau sans fenêtre, tantôt dans la cuisine où le crime a été commis. On était en compagnie d'un être en proie à des pulsions destructrices, mais dont le comédien a laissé filtrer la part d'humanité sans verser dans la mièvrerie.

Les vigoureux applaudissements qui ont salué la fin de la pièce, une production du Théâtre du Nouveau Monde, ont interrompu l'envoûtement évoqué au début de ce texte. Ne restaient que des questions toujours d'actualité à propos de l'inaptitude au bonheur, de la folie meurtrière et de la part d'ombre qui, dit-on, sommeille en chacun de nous.

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