Qualité du français

Bouchard sonne l'alarme

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Gérard Bouchard

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(CHICOUTIMI) L'historien et sociologique Gérard Bouchard estime que la «présence étonnante» de la langue anglaise et d'anglicismes dans la vie publique régionale montre que la population n'est pas aussi attachée à la langue française qu'on pourrait le croire.

«Il y a une certaine indifférence qu'on peut observer, et cet état d'esprit va mener à des transformations auxquelles on ne peut même pas penser», s'inquiète le professeur de l'Université du Québec à Chicoutimi, en entrevue. Ces transformations pourraient conduire jusqu'à l'anglicisation de la société, à une indifférence envers la langue française, voire à un mépris de la langue de Molière.

La situation n'a toutefois pas atteint ce niveau, et n'est pas alarmante, précise-t-il. Mais elle est suffisamment préoccupante pour qu'une réflexion collective s'effectue sur le sujet. «La situation pourrait le devenir [alarmante] si on ne fait rien», prévient-il.

M. Bouchard fait état de ce constat par le biais d'une lettre d'opinion publiée dans nos pages. Après avoir pris des notes pendant plusieurs mois, il a constaté que de nombreux noms d'événements, d'organismes, ou d'équipes sportives comportaient des mots en anglais, lorsqu'ils ne sont pas entièrement écrits dans la langue de Shakespeare.

Mondialisation

Bien que son analyse ait été effectuée essentiellement en consultant les médias régionaux, il ne doute pas que ce constat peut aussi s'appliquer à d'autres régions du Québec.

Ce phénomène est attribuable à la mondialisation, estime le chercheur. L'anglais acquiert un certain prestige, et le Saguenay n'échappe pas aux influences anglophones, qui parviennent dans tous les milieux par le biais d'Internet.

«La mondialisation en vient à modifier les sources d'attachement traditionnelles au français», constate-t-il.

Ce constat s'oppose à une conception souvent véhiculée dans la métropole montréalaise, où l'on se conforte au sujet du recul du français en disant que la langue n'est pas menacée dans les régions, souligne-t-il. «Ceux qui adhèrent à cette vision pensent qu'heureusement, il reste les régions», souligne Gérard Bouchard, ajoutant que cette conception doit être revue.

Surpris par tant de laxisme

Pour contrer ce «laisser-aller», ce «libre marché» de la langue française, une prise de conscience collective doit s'effectuer et des intervenants doivent élever leur voix pour dénoncer la situation.

C'est la seule solution aux yeux de l'historien et sociologue Gérard Bouchard, qui s'étonne que personne n'ait déploré jusqu'à maintenant la situation sur la place publique.

«On dirait qu'il n'y a plus de gendarmes, plus d'organismes, de milieux qui s'occupent de ces choses-là et qui surveillent l'évolution de la langue, et qui seraient prêts à tirer la sonnette d'alarme quand il le faut», analyse le chercheur.

Cette responsabilité est l'affaire de tous: individus, ministères, organismes publics, chambres de commerce, cégeps, universités, médias.

«Les gens devraient savoir qu'une certaine pression va s'exercer si jamais on appelle un événement en anglais plutôt qu'en français, qu'on va s'exposer à des critiques», exprime-t-il. Le français doit demeurer un modèle pour les jeunes. Or, dans la situation actuelle, «l'importance du français ne semble pas faire partie de ces modèles-là».

Il rappelle que le français a survécu au Québec grâce à la lutte «tenace, continue, courageuse et opiniâtre» des générations qui nous ont précédés.

«Est-ce que tout ça est en train de changer? Est-ce que cette fibre-là est en train de se refroidir et qu'on passe à autre chose?» se questionne M. Bouchard.

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