Le silence domine toujours

Même si plusieurs victimes d'agressions sexuelles dénoncent leur agresseur, le... (Gimmy Desbiens)

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Gimmy Desbiens

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(CHICOUTIMI) Même si plusieurs victimes d'agressions sexuelles dénoncent leur agresseur, le nombre de personnes qui n'osent pas aller jusque-là est encore plus impressionnant.

Depuis un peu plus d'une semaine, plusieurs femmes sortent sur la place publique pour raconter qu'elles ont été victimes d'un viol il y a plusieurs années et n'avaient jamais osé en parler. Ces sorties font suite à l'affaire Jian Ghomeshi, la super vedette de la CBC. Quelques personnes ont déposé des plaintes d'agressions sexuelles contre Ghomeshi.

«Les statistiques disent qu'une femme sur trois et un homme sur six auront été victimes d'une agression sexuelle dans leur vie. Les chiffres racontent aussi que seulement 10 pour cent des personnes agressées dénoncent la situation», mentionne Johannie Dionne, intervenante à la Maison ISA de Chicoutimi, centre spécialisé pour les adolescentes et les femmes victimes d'agressions sexuelles.

Et même si la société semble avoir beaucoup évolué au fil des dernières décennies, le sujet des agressions sexuelles demeure toujours tabou. Les victimes n'osent pas en parler. Elles ont honte et se sentent coupables.

«C'est la réalité à laquelle nous sommes confrontés», lance Véronique Frigon, directrice générale du Travail de rue d'Alma.

«Notre clientèle se situe beaucoup entre 14 et 30 ans. Mais nous voyons des gens de plus de 40 ans se confier à nos intervenants et raconter les agressions dont elles ont été victimes il y a 20 ou 30 ans. Nous en voyons de plus en plus», ajoute Mme Frigon.

Cette dernière comprend la réaction des femmes qui n'ont jamais voulu parler d'une agression. Elle sait qu'elles ressentent de la culpabilité et de la honte.

«Elles se disent que c'est de leur faute. On voit des cas où, dans un party, une fille flirte avec un homme. La soirée avance, les deux personnes sortent pour s'embrasser et décident de faire une petite balade en voiture. À un moment donné, la fille ne veut pas aller plus loin qu'un baiser, mais le gars dit qu'il n'a pas fait tout ça pour rien. Il en veut plus. On appelle ça un consentement non éclairé. La victime ne portera pas plainte, car elle ne veut pas raconter les circonstances de l'agression», raconte Véronique Frigon.

«Une fois que tout est terminé, la victime a honte. Elle se dit qu'elle est responsable étant donné qu'elle a flirté durant la soirée. Elle se dit qu'elle aurait été malvenue de refuser les avances. La personne craint aussi que l'agresseur devienne agressif en lui démontrant son désaccord», dit-elle.

Ces témoignages sont faits aux intervenants du Travail de rue d'Alma une fois que la confiance a été établie entre l'intervenant et la jeune femme. Celle-ci est alors référée aux Centres d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) ou aux Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALAC).

Sbegin@lequotidien.com

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