Rencontre éditoriale avec Stéphane Bédard

«Aucun ministre libéral fort en région»

Le député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, prédit que... ((Photo Jeannot Lévesque))

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Le député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, prédit que la réforme Barrette se traduira non seulement par le transfert de centaines de postes de fonctionnaires des régions vers la capitale Québec, mais aussi par la poursuite du mouvement de centralisation.(Photo Jeannot Lévesque)

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

(Chicoutimi) Sous le couvert de l'atteinte du déficit zéro, le gouvernement libéral de Philippe Couillard rogne les pouvoirs dévolus aux régions tout en accentuant la tendance à la centralisation vers Québec, soutient le député de Chicoutimi et chef par intérim du Parti Québécois, Stéphane Bédard.

À l'occasion d'une entrevue avec l'équipe éditoriale du Quotidien, M. Bédard a déclaré ne pas aimer ce qu'il voit présentement sur la feuille de route du gouvernement Couillard qui a adopté un sérieux virage vers la centralisation alors qu'il n'en a jamais été question sur sa plate-forme électorale.

Le député mentionne que tout a débuté lentement avec la fermeture du bureau régional du ministère de l'Éducation. Ça s'est poursuivi avec le projet avorté d'abolir les conservatoires de musique régionaux, un projet que le député refuse d'attribuer uniquement à l'imagination du président du conseil d'administration des conservatoires. Puis ont suivi les fermetures ou fusions des bureaux régionaux d'immigration en région. Il ajoute que le tout se poursuit par la volonté d'abolir les Centres locaux de développement ainsi que les Conférences régionales des élus (CRÉ).

Voilà maintenant qu'est proposé le projet de loi 10, actuellement à l'étude en commission parlementaire, prévoyant l'abolition des agences régionales de santé et la création d'établissements supranationaux qu'on appellera Centres intégrés de santé et services sociaux (CISS). «Ce qu'on vient de faire avec le projet de loi 10, c'est qu'on fusionne tous les mandats dans un seul établissement, que ce soit ceux du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI), des Centres jeunesse, etc. On dit qu'il va y avoir un seul conseil d'administration à Chicoutimi, mais dans les faits, tout sera centralisé à Québec puisque le ministre nommera le président-directeur général et son adjoint du CISSS. On assiste à une centralisation tous azimuts, ce qui constitue un recul non seulement pour Chicoutimi, mais aussi pour des centres comme Dolbeau puisque la tentation sera forte à Québec de vouloir continuer de tout centraliser.»

Tendance inverse

Or, selon lui, tout ce mouvement de centralisation s'inscrit dans une tendance contraire à ce qui se passe dans le secteur privé où les sièges sociaux sont réduits au minimum de personnel pour laisser place aux directions locales, là où naissent les litiges, les problèmes de gestion de personnel, etc., ce qui rend évident la nécessité de conserver des directions locales.

À la lumière de son analyse, M. Bédard affirme qu'à l'évidence, le projet de loi n'a jamais été étudié au conseil des ministres. «Si un ministre sous notre gouvernement était arrivé avec quelque chose comme ça, il est certain que des ministres des régions forts comme moi, Sylvain Gaudreault ou François Gendron, on se serait levés pour s'opposer. Actuellement, il n'y a aucun ministre régional fort au sein de ce gouvernement.

Le seul qui vient d'une région est le premier ministre qui ne prend pas de décision sauf s'il y a un problème. Ce n'est pas quelqu'un d'imprégné des régions. Ou bien on se laisse passer sur le corps ou bien on parle. Je crois à la concertation et ce sont les gens des régions qui doivent décider.» Il prédit que la réforme Barrette se traduira non seulement par le transfert de centaines de postes de fonctionnaires des régions vers la capitale Québec, mais aussi par la poursuite du mouvement. Il craint que le Centre québécois de recherche sur le développement de l'aluminium soit bientôt torpillé tout comme les Carrefours jeunesse, là où s'impliquent des centaines de bénévoles. Le même raisonnement s'applique pour les fondations des CSSS, affirme M. Bédard.

Omertà

Sans affirmer que l'heure est à la mobilisation, mais plutôt à la prise de conscience, M. Bédard déclare qu'il ne faut surtout pas compter sur les directions des agences régionales pour dénoncer le projet de loi puisque tous sont tenus de respecter la loi de l'omertà, sous peine d'être congédiés. «Ou bien ce sont les penseurs qui veulent développer les régions qui prennent les devants ou bien on laisse tomber et on attend le gâchis.» En ce qui a trait à la disparition des CRÉ, M. Bédard affirme que plusieurs sont en colère, mais n'oseront pas le dire de crainte d'affronter le gouvernement.

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