Cible de choix pour les islamistes

Le Canada doit rétablir le dialogue avec le monde arabe

Samir Amghar, spécialiste des mouvements radicaux affilié à... ((Courtoisie))

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Samir Amghar, spécialiste des mouvements radicaux affilié à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), n'est pas particulièrement surpris que le Canada soit dans la mire des radicaux islamistes.

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Julien Renaud
Le Quotidien

(Chicoutimi) Samir Amghar, spécialiste des mouvements radicaux affilié à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), qualifie d'impératif le fait que le gouvernement Harper rééquilibre ses rapports diplomatiques avec le monde arabe afin que le Canada, ciblé en raison de sa vulnérabilité, ne soit plus dans la mire des radicaux islamistes.

M. Amghar n'est pas particulièrement surpris par les actes terroristes des derniers jours. « C'est quelque chose à quoi je pensais; j'étais persuadé que le Canada pourrait être une cible pour les djihadistes. Les derniers événements ont confirmé cette impression », commente d'entrée de jeu le spécialiste, présentement en France.

Aux yeux de Samir Amghar, dans l'esprit des djihadistes, le Canada est une cible en raison de ses relations avec son voisin américain, mais surtout puisqu'il représente un maillon faible en matière de défense et de détection, comparativement aux États-Unis.

« Les actes sont réalisés contre l'impérialisme occidental, et les militaires en sont les représentants par excellence. Le Canada est un allié indéfectible d'Israël et des États-Unis. Ce positionnement explique que le Canada soit visé et qu'il y ait eu une radicalisation », avance-t-il.

« Avant Stephen Harper, la politique étrangère était plus équilibrée. Il faut que le gouvernement fasse preuve de pragmatisme et qu'il considère la sécurité nationale comme intérêt primant, plutôt que son choix de soutenir tel ou tel pays », renchérit M. Amghar.

Effet domino?

Le spécialiste des mouvements radicaux espère que les deux événements des derniers jours mèneront à resserrement afin d'éviter une troisième tragédie semblable. Toutefois, il demeure réaliste et n'écarte pas un effet domino. « Le Canada va tenter d'éviter que cela se reproduise pour son image. Mais c'est extrêmement difficile d'identifier les gens susceptibles de commettre de tels actes. Il n'y a pas de mouvement organisé et ce sont souvent des gens scolarisés, des travailleurs et qui n'ont aucun passé criminel. Ils sont donc invisibles, ce qui les rend plus efficaces et plus difficiles à détecter », soutient M. Amghar.

Toujours selon le spécialiste, l'objectif des djihadistes est justement de créer un sentiment de panique. « Leur but est de créer un effet de ricochet. Leur stratégie est de s'en prendre aux représentants de l'institution démocratique pour créer une panique. Ainsi, ils espèrent qu'une opinion publique anti-musulmane frustre la communauté musulmane et que cette communauté aura un ressentiment qui accéléra une radicalisation et un rapprochement avec l'État islamique », détaille-t-il.

Samir Amghar s'attend d'ailleurs à ce que les capacités d'intégration du pays soient remises en doute dans la foulée de ces actes.

Radicalisation

Aux dires de Samir Amghar, la radicalisation est un phénomène générationnel qui concerne davantage les jeunes adultes de 20 à 35 ans. À l'ère de l'individualité et du vide idéologique, cette option serait une porte de sortie pour les gens qui n'adhèrent pas aux valeurs occidentales. « Le radicalisme islamiste représente la seule cause sur le marché avec la baisse de la logique révolutionnaire. C'est, en quelque sorte, la seule utopie possible », croit M. Amghar, qui réalise présentement une recherche sur les processus de déradicalisation en affiliation au Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions de l'UQAC.

« Il y a très peu de recherches et d'études universitaires sur le radicalisme, le monde arabe et la religion musulmane. Ça se compte sur les doigts d'une main... d'une main amputée », image-t-il pour dénoncer la situation. o

La stratégie des djihadistes

1. Créer un sentiment de panique

2. Engendrer un mouvement islamophobe dans le pays

3. Favoriser un sentiment de frustration chez la communauté musulmane

4. Recruter de nouveaux partisans radicaux pour l'État islamique

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