Une clientèle de plus en plus jeune

L'itinérance change de visage

L'itinérance change de visage à Saguenay. De plus... (Photothèque Le Soleil)

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L'itinérance change de visage à Saguenay. De plus en plus de jeunes, surtout des hommes, souffrent d'insécurité résidentielle

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Laura Lévesque
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) L'itinérance change de visage à Saguenay. De plus en plus de jeunes, surtout des hommes, souffrent d'insécurité résidentielle, remarque Michel St-Gelais, coordonnateur du service de travail de rue de Chicoutimi, dans une entrevue accordée, hier, en marge de la 10e édition de la Nuit des sans-abri.

«Le portrait de l'itinérance est en effet en changement. Les clientèles rajeunissent. Ce sont des jeunes autour de 25 ans, qui se déplacent d'un lieu à l'autre, d'un ami à l'autre, d'un organisme à l'autre», constate M. St-Gelais.

Difficile d'expliquer la pauvreté chez les jeunes. Plusieurs facteurs peuvent y contribuer, évalue le coordonnateur du service de travail de rue de Chicoutimi.

«L'accès au marché du travail, à des revenus décents, est difficile. On peut sortir de l'école avec de beaux diplômes, mais aussi beaucoup de dettes à rembourser. On peut penser aussi au filet social qui est aussi plus effrité de nos jours. Quand on parle d'un jeune agressif, toxicomane, avec des problèmes de santé mentale, les familles deviennent épuisées. Les jeunes doivent quitter. Mais demeurer en appartement pour eux c'est difficile. Ça prend des habiletés de base. On voit des jeunes qui accumulent des retards de paiements, ce qui alourdit les démarches.»

La pauvreté touche autant les hommes que les femmes. Elle semble toutefois affecter plus durement la gent masculine.

«On le voit autant chez les femmes que les hommes. Mais ça se vit différemment. Il y a plus de ressources pour les femmes et elles sont plus enclines à demander de l'aide plus tôt dans la démarche. Les hommes attendent souvent le dernier moment», constate le coordonnateur, ajoutant que les cas sont également plus lourds aujourd'hui, en raison notamment de problèmes de santé mentale et de toxicomanie.

À son avis, plus de souplesse dans les services serait nécessaire pour aider les gens à s'en sortir,

«Il faut rendre l'accès aux services plus flexible, plus fluide, les adapter aux personnes les plus vulnérables. Les rendez-vous à 8h du matin, à jeun depuis 12 heures la veille, bien habillée, avec des temps d'attente très longs, ça ne fonctionne pas pour tout le monde. Par exemple, si on a des tests à faire passer à une personne à l'hôpital pendant toute une journée, est-ce possible de lui accorder un temps de pause pour lui permettre de consommer, parce qu'elle est potentiellement une consommatrice de drogue? Parce que le sevrage va empêcher toute progression dans la démarche. Certains vont jusqu'à quitter l'hôpital pour aller consommer et devront recommencer tout le processus», donne en exemple M. St-Gelais.

Le contexte économique n'est pas non plus étranger aux problèmes d'insécurité résidentielle.

«Certains se sentaient à l'abri avec des emplois dans les mines, la forêt, la construction. Mais plusieurs ont perdu leur travail et se sont ramassés avec de lourdes hypothèques. Le chômage et l'aide sociale ne peuvent combler tout ça. L'accès au logement est quasi impossible. Les loyers sont très chers et l'aide sociale n'augmente pratiquement pas», déplore celui-ci.

En région, l'itinérance est moins visible que dans les grands centres. Mais ça ne veut pas dire qu'elle n'existe pas.

«Ce n'est pas visible dans nos rues. Une des raisons, c'est que nos ressources sont ouvertes 24h sur 24h. Si la maison des sans-abri fermait toute la journée, par exemple, on verrait plus l'itinérance», détaille M. St-Gelais.

L'insécurité résidentielle est difficile à mesurer. Mais une chose est sûre: elle ne tend pas à diminuer, croit le coordonnateur du service de travail de rue de Chicoutimi.

«Ce sont des gens en mouvance. C'est difficile de les suivre et de faire un portrait juste de l'itinérance. Mais sur le terrain, on voit que ça ne se résorbe pas. Les soupes populaires sont pleines, les ressources en hébergement sont remplies au maximum de leur capacité presque tout le temps. Et je ne crois pas que le phénomène ira en baisse dans les prochaines années. Il faut donc s'en préoccuper.»

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