Abusée sexuellement il y a 25 ans

Une invitation à dénoncer

Catherine (nom fictif) avait 15 ans. Lui, 27.... ((Photo Michel Tremblay))

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Catherine (nom fictif) avait 15 ans. Lui, 27. Quand l'employeur de cette gardienne d'enfants lui a dit qu'il trouvait «sensuelle» sa façon de manger un Popsicle, l'adolescente a été surprise.

(Photo Michel Tremblay)

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Mélyssa Gagnon
Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

(Chicoutimi) Catherine (nom fictif) avait 15 ans. Lui, 27. Quand l'employeur de cette gardienne d'enfants lui a dit qu'il trouvait "sensuelle" sa façon de manger un Popsicle, l'adolescente a été surprise.

Séduite, et de son propre aveu, manipulée, Catherine s'est plus tard retrouvée au lit avec lui. Il lui aura fallu des mois avant de mettre un terme aux abus sexuels et 25 ans pour dénoncer celui qu'elle tient directement responsable de plusieurs échecs personnels.

Catherine est aujourd'hui dans la quarantaine. Elle raconte son histoire avec difficulté. Pourtant, c'est elle qui a choisi de s'ouvrir à une journaliste afin d'encourager d'autres victimes d'actes criminels à porter plainte. Le témoignage a également été livré dans le dessein avoué de boucler la boucle au terme d'un douloureux processus qui l'aura menée de la dénonciation à une reprise de contrôle sur sa vie.

«J'ai passé 23 ans à l'extérieur de la région. Je n'ai pas pensé aux abus quotidiennement pendant tout ce temps, mais presque. J'ai vécu de nombreuses difficultés dans ma vie qui peuvent être directement associées à ce que j'ai vécu. J'avais des remords. Je me demandais pourquoi c'était arrivé", raconte Catherine, qui a récemment effectué un retour en région.

Confrontée à la présence de son agresseur à quelques reprises, celui-ci habitant le même quartier, Catherine n'en pouvait plus. Elle a trouvé le courage de se rendre au poste de police et de s'ouvrir.

C'était en mai 2013. Elle se souvient d'avoir été accueillie avec chaleur par un policier qui l'a assurée de la pertinence de sa démarche. Catherine a ensuite été référée à la Maison ISA, laquelle vient en aide aux victimes d'actes criminels. Une intervenante l'a soutenue pendant tout le processus judiciaire. Malheureusement, aucune accusation n'a pu être portée contre l'ancien employeur de Catherine faute de preuves et parce que les lois sur le consentement sexuel n'étaient pas les mêmes au moment des événements. Ce dénouement a été dur pour Catherine, qui n'a jamais raconté son histoire à sa famille par peur de représailles et pour protéger sa mère, devenue fragile.

Ce sentiment de culpabilité est fréquent chez les victimes, pointe Émilie Lavoie-Gagnon, intervenante à la Maison ISA.

«On voit beaucoup de honte et de préjugés, ce qui fait en sorte que certaines victimes hésitent à dénoncer une agression. Moins de 10 pour cent d'entre elles vont porter plainte et en moyenne, les victimes attendront 13 ans avant d'en parler.»

Libérée

Catherine aurait aimé que son agresseur soit reconnu comme un prédateur sexuel et signale que la nature de son travail fait en sorte qu'il se retrouve souvent en présence d'enfants et d'adolescents. Elle craint qu'il ne fasse d'autres victimes, si ce n'est pas déjà le cas.

«Il était marié, je gardais son enfant. À cet âge-là, je n'étais pas armée pour prendre les bonnes décisions. C'était mon employeur et j'avais peur. Ce que j'ai vécu m'a brassée intérieurement et pour longtemps. Ça m'a fait vieillir beaucoup trop rapidement», signale Catherine, qui aimerait recevoir une indemnité destinée aux victimes d'actes criminels pour pouvoir bénéficier d'un soutien psychologique.

Même si elle a attendu longtemps avant de dénoncer, et en dépit du fait que sa plainte n'a pas été retenue, Catherine invite les victimes à trouver le courage de parler.

«Il faut le faire le plus rapidement possible, mais il faut aussi le faire même si ça fait longtemps. Dès ma sortie du poste de police, je me suis sentie libérée. Maintenant, je vais bien. J'ai des projets et je me sens plus armée et mieux outillée pour les réaliser», termine-t-elle.

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