Tique de l'orignal

La région épargnée

Le cheptel d'orignaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean n'est pas à l'abri d'une... (Archives)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

(CHICOUTIMI) Le cheptel d'orignaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean n'est pas à l'abri d'une invasion sévère de la tique d'hiver, ce petit acarien qui parasite le gros gibier en se nourrissant de son sang en période hivernale.

Communément appelé la tique de l'orignal, l'insecte cause des dommages importants chez les populations d'élan d'Amérique au sud du fleuve Saint-Laurent, alors que quelques cas seulement ont été signalés dans la région au cours des trois dernières années.

Un sondage effectué auprès des 10 zecs faunes, des six postes d'enregistrement de gros gibier et de centres de découpe de viande de la région confirment en effet que ce phénomène, qui se manifeste de plus en plus sur les populations d'orignaux du sud du Québec, demeure négligeable dans la région même s'il demeure une menace pour l'avenir.

«Nous avons fait des échantillonnages dans la région, au cours des deux dernières années, et nous avons relevé la présence de tiques d'hiver sur certains orignaux, mais ce ne sont pas toutes les bêtes qui sont infectées et celles qui le sont ne sont pas aussi sévèrement atteintes comparativement à ce qu'on peut voir dans le sud du Québec», a précisé le biologiste responsable de la grande faune et directeur régional par intérim du ministère du Développement durable, Environnement, Faune et Parcs, lors d'une entrevue téléphonique.

«Le résultat de cet échantillonnage, en revanche, ne veut pas dire qu'il n'y pas d'animaux infectés de façon sévère sur notre territoire. Des chasseurs nous ont fait parvenir cinq ou six photos d'orignaux infectés au cours de la dernière année et on voit qu'il manque de grosse plaque de poils et on constate de toute évidence que l'infection dont ils souffrent est sévère», signale le biologiste.

«Les cas de sévère infection que nous avons constatés semblent isolés; il n'y a rien de généralisé comme on le voit dans le sud du Québec», indique Claude Dusseault, précisant que le bureau régional du MDDEFP n'a pas mené de campagne d'échantillonnage de la tique d'hiver cette année.

«Ça ne veut pas dire qu'on ne le fera pas l'an prochain», a-t-il ajouté. Le biologiste fait valoir que les conditions météorologiques gardent les orignaux à l'abri d'infections sévères. «Si les températures hivernales dans le futur demeurent stables dans la région, les tiques vont continuer à être présentes sur le territoire, mais ça ne devrait pas être dramatique en terme de sévérité", estime-t-il.

Tout en se montrant rassurant, le biologiste met en relief cependant la hausse importante des populations d'orignaux, qui ont presque doublé en moins de 10 ans dans la région, passant d'environ 8700 bêtes en 2006 à plus de 16 000 en 2014, selon ses estimations.

«Quand les densités de population augmentent, les risques de propagation sont d'autant plus grands. On va voir comment les températures vont évoluer. Dans le cas d'un réchauffement, on ne pourra qu'observer le phénomène. On ne peut rien faire face à ce genre d'infection autrement qu'en observant l'évolution de cette problématique dans le temps», conclut le biologiste.

Conditions hivernales à surveiller

Le reportage sur la tique de l'orignal diffusé dans le cadre de l'émission Découverte, dimanche soir, sur les ondes de Radio-Canada, a suscité des interrogations et des inquiétudes chez les amants de la grande faune du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui s'inquiètent du sort de ce symbole des gibiers québécois.

La tique d'hiver est un acarien qui s'attaque principalement aux orignaux. Les tiques pondent leurs oeufs dans le sol à la fin du printemps et les larves s'activent à l'automne en s'accrochant à la végétation pour ensuite s'agripper aux orignaux qui marchent dans leur habitat. Une fois installées bien au chaud dans la fourrure des orignaux, les bestioles passent l'hiver à se nourrir de son sang. « Le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs confirme plusieurs cas de décès d'orignaux provoqués par la tique et a établi un programme de suivi. Selon les premières données recueillies, les trois quarts des orignaux échantillonnés au sud du 50e parallèle sont porteurs de tiques. Au sud du Saint-Laurent, ce pourcentage grimpe à 93 % », met en relief le reportage de Jean-Pierre Rogel.

La biologiste du zoo de Saint-Félicien, Christine Gagnon, soutient que les changements climatiques seront à l'origine de nombreux phénomènes en nature dans les régions nordiques. « Il n'y a pas de tique d'hiver sur les orignaux des Sentiers de la nature. Si ce parasite venait à se montrer dans notre environnement, nous sommes en mesure d'intervenir avec des traitements antiparasitaires, ce qui n'est pas le cas en nature », relève la biologiste du Zoo sauvage dans un entretien téléphonique.

« Les orignaux se déplacent beaucoup l'automne pour la période du rut. Ils sont donc en contact régulièrement avec ces parasites qui ne sont pas très présents dans notre région, à ma connaissance », explique Christine Gagnon, qui se montre toutefois très prudente sur l'évolution de la situation de la tique de l'orignal.

« Je dis toujours à mes employés qu'il ne faut rien tenir pour acquis et que des populations d'animaux peuvent connaître des changements très rapides au sein de leur espèce en fonction des maladies. Les orignaux vivent déjà dans des conditions très difficiles en période hivernale et la tique de l'hiver vient s'ajouter aux difficultés de survivre à la saison froide », relate la biologiste.

Sur le site internet du MDDEFP, on précise que les cas de piqûres de tiques d'hiver sur des humains sont rares et sans danger et que cet acarien n'est pas connu comme un vecteur de maladie transmissible à l'humain. Le ministère précise que la viande provenant d'orignaux infestés par la tique d'hiver est propre à la consommation.

Pour signaler un animal malade : SOS braconnage : 1 800 463-2191.

Rblackburn@lequotidien.com

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