Des BPC sur le site d'A.D.O. Métal à Jonquière

La contamination connue depuis 2003

Une vieille clôture en décrépitude cache tant bien... ((Photo Mariane L. St-Gelais))

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Une vieille clôture en décrépitude cache tant bien que mal les quelques bâtiments délabrés d'A.D.O. Métal qui prennent toujours place au 5028 boulevard du Royaume à Jonquière.

(Photo Mariane L. St-Gelais)

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

(Jonquière) Dix ans après avoir été identifié, un terrain de Jonquière contenant des biphényles polychlorés (BPC) n'a toujours pas été décontaminé. L'absence de collaboration du propriétaire des lieux, l'entreprise A.D.O. Métal, force le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) à recourir aux moyens légaux à sa disposition, prolongeant sans cesse les délais avant le traitement des sols.

L'entreprise A.D.O. Métal Ltée, spécialisée dans la réception et le démantèlement d'équipement industriel, est toujours existante, mais a cessé ses activités il y a plusieurs mois. Sur ses terrains, une vieille clôture en décrépitude cache tant bien que mal les quelques bâtiments délabrés qui prennent toujours place au 5028 boulevard du Royaume à Jonquière. Il n'y a plus de trace d'activité sur le site. Mais le terrain de l'entreprise, lui, porte les cicatrices du passé: 4800 tonnes métriques de sols contaminés et 206 700 kg de matières résiduelles. L'équivalent du contenu de 320 camions dix roues. Le ministère est au courant de la contamination du site depuis 2003. Une inspection de l'ensemble des cours d'eau de la région, après le déluge de 1996, a mené à la découverte de BPC dans le ruisseau des Chasseurs en juillet 2002. Des études ont permis de remonter jusqu'à la source du problème, A.D.O. Métal.

Depuis, le ministère multiplie les actions afin de régler la situation. Au registre des entreprises du Québec, Marius Ouellet est identifié comme président et premier actionnaire de l'entreprise constituée en 1972.

«C'est un cas particulier, car nous n'avons aucune collaboration du propriétaire. C'est sûr que tous ces délais sont hors de notre contrôle. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir puisque l'objectif demeure la décontamination du site le plus rapidement possible», affirme Stéphanie Lemieux, responsable des communications au bureau régional du MDDEFP.

Des analyses ont été effectuées sur le terrain en 2005, confirmant la présence de BPC. En 2006, une ordonnance exigeant de réaliser une étude de caractérisation des sols pour connaître l'étendue de la contamination et les contaminants présents a été envoyée à A.D.O. Métal en vertu de la loi sur la qualité de l'environnement.

L'entreprise a refusé de respecter l'ordonnance.

Le ministère a entrepris la caractérisation à l'automne 2007, puis intenté une poursuite pénale contre l'entreprise qui a été condamnée à payer une amende de 6000$. En juillet 2011, la Cour du Québec a aussi condamné A.D.O. Métal à rembourser le coût de l'étude au ministère.

Cette dernière a quant à elle confirmé une forte contamination du terrain par les BPC et autres contaminants.

En août 2011, une seconde ordonnance, sommant l'entreprise d'effectuer une caractérisation des sols plus poussée n'a pas été respectée.

Le ministère a lui-même procédé à l'étude, complétée le 7 décembre 2012.

Les résultats lui ont été transmis en octobre dernier.

Les sols sont contaminés en BPC, HAP, hydrocarbures pétroliers C10-C50 et en métaux (mercure, plomb, cuivre, zinc et cadmium). Il a toutefois été impossible de connaître le taux de concentration de chacun des contaminants.

Le ministère pourra agir

«Maintenant nous avons tout en main pour exiger la décontamination, car le niveau de contamination dépasse les normes du ministère», confirme Stéphanie Lemieux. «Le ministère étudie actuellement les suites possibles. L'envoi d'une ordonnance à A.D.O. Métal pour exiger la décontamination et la réhabilitation du terrain n'est pas exclu.»

La porte-parole du ministère assure que la situation n'est pas dangereuse pour la population, même si des résidences se trouvent à proximité.

«Il y a une menace pour l'environnement, puisqu'il est question de contaminants persistants, de BPC notamment. Mais la santé et la sécurité des gens ne sont pas compromises, puisque les résultats de la plus récente étude démontrent que la contamination demeure confinée sur place. Le ruisseau ne contient plus de BPC. La concentration de HAP est faible, il n'y a donc pas de risque de contamination dans les airs. Les eaux souterraines ne sont pas contaminées. Le risque de propagation n'est donc pas nul, mais faible. La situation doit néanmoins être corrigée dans les meilleurs délais.»

Le gouvernement a annoncé en décembre la mise en place d'un nouveau programme d'inspection qui permettra d'intensifier le contrôle des lieux ayant déjà entreposé des BPC, de resserrer la gestion des matières contenant des BCP actuellement au Québec et de mieux encadrer leur élimination progressive.

Le ministère de l'Environnement espère ainsi assurer un meilleur suivi de la présence de matières contenant des BPC sur le territoire québécois, de superviser leur transfert vers un site autorisé, et de restaurer un sentiment de sécurité mis à mal par les événements récents.

Stéphanie Lemieux, responsable des communications au ministère de l'Environnement, indique toutefois que ce programme concerne les sites d'entreposage et de gestion de BPC, et non pas les lieux où la présence de BPC résulte d'activités qui y sont tenues.

Claude Villeneuve aurait bien aimé connaître le taux de concentration de chacun des polluants présents dans les sols d'A.D.O. Métal. Lorsqu'interpellé sur le sujet, le biologiste et fondateur de la Chaire en éco-conseil de l'UQAC, a tout de même affirmé que la situation est inacceptable. « On ne peut pas tolérer la présence de ces polluants en termes de santé publique. Les BPC se transportent aussi dans l'air, les HAP dans les poussières. C'est inacceptable. Les BPC restent actifs. Ces sols ne se décontamineront pas seuls. C'est une dette que nous avons envers les générations futures. D'autant plus que le travail peut se faire rapidement. »

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