L'événement, placé sous le thème «Imagine une nuit sous les étoiles... Maintenant imagine toute une vie», a attiré quelques centaines de personnes, de 18 h à 23 h. La Nuit des sans-abri, qui vise à sensibiliser la population à l'itinérance, s'est déroulée simultanément dans une vingtaine de municipalités du Québec. À Chicoutimi, la soirée a débuté par les discours des organismes responsables de la soirée et s'est poursuivie par une commémoration à la chandelle, vers 20 h.
«On prend le temps de se commémorer les personnes qui ont vécu dans la rue qui nous ont quittés cette année. C'est en même temps l'occasion de tenir une minute de silence en solidarité pour la cause», explique Michel St-Gelais , coordonnateur du Service de travail de rue de Chicoutimi, qui fait partie des neuf organismes de la Table de concertation en itinérance, organisatrice de l'événement.
La soirée était animée à partir de 21 h par les groupes Pépé et sa guitare et BRO 2, sur la grande scène. Les participants étaient invités à signer des étoiles accrochées sous de petits chapiteaux.
Aide personnalisée
En région, l'itinérance touche plusieurs personnes, même si elle est moins visible. «Les gens ici ont la chance d'être accueillis 24 heures sur 24 par Maison d'accueil pour sans-abri, souligne le coordonnateur. Ce soutien permet plus facilement aux gens de s'en sortir puisque le suivi est davantage personnalisé.» L'accès au logement et à l'emploi restent toutefois une embûche de taille pour les personnes qui souhaitent s'en sortir.
C'est d'ailleurs le suivi personnalisé offert par la Maison d'acceuil pour sans-abri qui a permis à Yvon Robertson de changer de vie après 25 ans dans la rue. «J'ai commencé à 14 ans, lorsque j'ai demandé mon émancipation à ma famille d'accueil, raconte-t-il. J'ai eu plusieurs familles d'accueil et j'étais rejeté à cause de mon homosexualité. J'ai quitté le Saguenay et je me suis promené à plusieurs endroits.»
Après avoir passé la majorité de son temps à Montréal, et après avoir essayé de nombreuses thérapies pour se sortir de sa polytoxicomanie et de son alcoolisme, il décide de revenir à Chicoutimi. «Pendant cinq ans, j'ai dû retourner six fois à la Maison des sans-abri après avoir essayé d'aller en logement ou en chambre, explique celui qui ne consomme presque plus aujourd'hui. Ils ne m'ont jamais mis de côté et m'accueillaient en me disant que je méritais ma place comme tout le monde.»
Yvon Robertson loue maintenant une chambre depuis un an et demi et retrouve peu à peu sa fierté. «Maintenant, je peux vivre plutôt que survivre, laisse-t-il tomber. J'ai de quoi offrir un café aux gens qui viennent me voir et mon chien, que je viens d'avoir, a toujours son sac de croquettes chaque mois.»