C'est un à un que les travailleurs, qu'ils soient cadres ou préposés aux opérations, ont quitté l'usine en fin d'après-midi hier pendant que d'autres prenaient la relève pour effectuer la toute dernière coulée de métal pendant la soirée. «C'est comme une veillée funéraire dans l'usine,sauf qu'il n'y a pas de défunt.C'est toute l'usine qui va mourir au cours des prochaines heures», a déclaré Mathieu Desbiens, un ingénieur en automatisation et contrôle qui a été en mesure de dénicher un emploi dans une autre entreprise.
Il n'a pas été très tendre à l'endroit de la société Rio Tinto Alcan (RTA) qui avait profité de l'annonce de la fermeture de l'usine spécialisée dans la production de feuille d'aluminium pour annoncer qu'elle procéderait à l'embauche des travailleurs mis à pied. «Ce n'est qu'un coup de marketing dans les médias. Personne dans les cadres n'a été embauché par Rio Tinto Alcan qui est aussi dans une situation difficile en raison du marché », a indiqué l'ingénieur qui se résignait à cette décision de fermeture malgré les performances des 160 travailleurs de Jonquière.
14 travailleurs chez RTA
Dans les faits, RTA a embauché 14 travailleurs de l'usine Novelis. Il s'agit en général de travailleurs spécialisés dans l'entretien et les opérations de production. Gino Gagnon, représentant des travailleurs en matière de santé et sécurité au travail, n'a pas été plus tendre à l'endroit de la multinationale de l'aluminium qui aurait pu, à son avis, faire preuve d'une plus grande ouverture pour des employés bien formés et surtout rompus aux exigences du travail dans un milieu industriel à risque.
«Ça fait un an que nous n'avons pas eu un seul accident de travail consignable selon les pratiques de la CSST. Ça fait trois ans qu'il n'y a pas eu d'accident de travail avec perte de temps. L'an passé, nous avons obtenu les plus importants bonus de l'histoire de l'usine. Ce résultat démontre bien la performance pour la production, la gestion et la santé et sécurité au travail.»
Gino Gagnon se questionne sur le petit nombre de travailleurs dont les services ont été retenus par RTA. Il rappelle qu'en 1992, alors que la société Alcan procédait à des mises à pied, les travailleurs de Novelis qui n'ont jamais été syndiqués avaientaccepté l'embauche des métallurgistes syndiqués pour leur permettre de se qualifier pour l'obtention de prestations d'assurance chômage. Aujourd'hui, ditil,personne ne semble se souvenir que Novelis a déjà fait partie de la grande famille Alcan.
« Plusieurs travailleurs ont fait parvenir leur dossier à Rio Tinto Alcan. Ils sont en attente depuis maintenant trois mois etau cours des dernières heures, ils ont reçu des courriels qui leur confirmaient que leur candidature n'était pas retenue. Pour ces travailleurs, c'est une déception encore plus grande. Mais on sait que nous n'entrons pas dans le système Rio Tinto Alcan puisque les travailleurs d'ici fonctionnent en équipe autonome sans superviseur », croit Gino Gagnon.
Transferts de cadres
L'entreprise Novelis, une filiale du conglomérat indien Aditya Birla, qui compte 133 000 employés dans 33 pays, a proposé des transferts pour certains cadres. La démarche a toutefois rapidement pris fin en raison des offres sur la table.
L'ingénieur électrique Mathieu Desbiens a signalé au Quotidien que le projet de transfert n'était pas vraiment intéressant. Ils ont constaté à un certain momentqu'ils avaient des problèmes de ressources humaines et ont fait des propositions. Il y a une différence importante dans le traitement des cadres.
« Généralement, les entreprises offrent des traitements semblables au Canada et aux États-Unis pour des cadres ou ingénieurs. Ce n'est pas ce que fait cette compagnie puisque les offres étaient plus basses que ce qui est habituellement accordé ici. La tentative n'a pas duré très longtemps », a conclu Serge Labeaume qui a lui aussi constaté la tristesse de plusieurs travailleurs qui devront dans certains cas quitter la région pour dénicher des emplois comparables.
Un autre cadre, qui a désiré conserver l'anonymat, n'en revenait tout simplement pas de faire vivre un tel drame à des travailleurs qui ont toujours été productifs et responsables. Cette fermeture est justifiée par des économies de transport de l'ordre d'environ 25 millions $ par année puisque l'usine Novelis doit payer le métal provenant des cuves d'Alcan de l'autre côté de la rue le même prix qu'une fonderie située aux États-Unis. Par contre, elle doit assumer les frais de transport pour les tôles expédiées sur le marché américain.