La situation de l'éperlan dans le lac Saint-Jean

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La biologiste aquatique Sonya Lévesque a procédé à... ((Photo Michel Tremblay))

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La biologiste aquatique Sonya Lévesque a procédé à un relevé de la littérature scientifique mondiale pour mieux comprendre la problématique de la reproduction de l'éperlan arc-en-ciel au lac Saint-Jean.

(Photo Michel Tremblay)

Louis Tremblay
Le Quotidien

(PÉRIBONKA) Le comportement de l'éperlan arc-en-ciel (éperlan dulcicole), dans le lac Saint-Jean, qui constitue la base de la chaîne alimentaire de la ouananiche est pratiquement unique dans le monde et toute tentative d'intervention pour soutenir les populations de ce petit poisson fourrager exigera de la créativité et surtout, de poursuivre les acquisitions de connaissance afin de bien comprendre toute la dynamique de la période printanière de reproduction.

La biologiste Sonya Lévesque du Laboratoire des sciences aquatiques de l'Université du Québec à Chicoutimi travaille en ce moment à une revue de littérature mondiale traitant spécifiquement de ce poisson. Le mandat, du comité scientifique de pêche à la ouananiche était de de vérifier s'il existait ailleurs dans le monde des systèmes semblables à celui du lac Saint-Jean tout en relevant les projets ou aménagements qui permettaient de soutenir la reproduction.

«Dans les pays scandinaves, nous retrouvons l'éperlan qui vit dans les fjords, donc anadrome puisqu'il fréquente l'eau salée et se reproduit en eau douce. Au lac Saint-Jean, l'éperlan est prisonnier d'un plan d'eau douce comme la ouananiche. Ils suivent le poisson, mais n'ont pas vraiment de problème puisque l'éperlan ne joue pas le même rôle qu'au lac Saint-Jean», explique la scientifique.

Le Maine est reconnu comme étant la capitale mondiale de l'éperlan en raison du rôle économique qu'il joue dans le soutien de la pêche sportive qui constitue une industrie de taille dans cet état américain. L'expertise du Maine consiste à prélever des oeufs et procéder à des ensemencements dans les lacs chaque année afin de nourrir les poissons tant convoités par les pêcheurs, dont la ouananiche. Ce sont des systèmes pratiquement commerciaux qui sont mis en place dans des plans d'eau qui ne se comparent pas au lac Saint-Jean.

En matière de reproduction naturelle, les Américains de la côte est ont tenté de réintroduire de l'éperlan dans des ruisseaux qui avaient été endommagés par des travaux de construction et réaménagés. Les expériences ne sont pas concluantes.

Dans le fleuve et le Saguenay, les éperlans se reproduisent en eau profonde. Au lac Saint-Jean, on note une reproduction sur des hauts fonds et non en profondeur. Il y a aussi une autre différence qui rend le système encore beaucoup plus difficile à comprendre, autant pour la logique scientifique que pour tout projet éventuel d'aménagement.

«Normalement, l'éperlan se reproduit sur des fonds de gravier. Le gravier de bonne dimension permet une très bonne circulation de l'oxygène qui favorise le développement des oeufs. Selon les données recueillies sur le lac Saint-Jean, il existe quatre populations d'éperlans arc-en-ciel (deux d'éperlans normaux et deux d'éperlans nains). Ces populations sont réparties dans deux zones du lac Saint-Jean. On pourrait s'attendre à ce que les éperlans qui vivent dans des zones ou il y a des fonds de gravier sont les plus productifs alors que ce n'est pas le cas», explique al biologiste.

«Nous savons que la région la plus productive pour soutenir le stock d'éperlan de tout le lac Saint-Jean se situe dans l'intersection des sorties des rivières Ashuapmushuan et Mistassini et à la sortie de la rivière Péribonka. Dans ces deux endroits, nous sommes sur des fonds de sable qui offrent une moins bonne circulation d'oxygène pour le développement des oeufs», reprend la biologiste pour bien illustrer la complexité de l'équation à résoudre pour les gestionnaires de la pêche.

Des études réalisées par le spécialiste Pascal Sirois de l'UQAC ont démontré hors de tout doute que le lac Saint-Jean produit assez de nourriture pour soutenir des stocks supérieurs d'éperlans aux années ou il y a surabondance du petit poisson fourrager. La période de reproduction est quant à elle tributaire de la température de l'eau et a toujours lieu au printemps.

Comme la nature est imparfaite, il y a des fluctuations dans le cycle de reproduction des éperlans. Certaines années, l'éperlan est en grande abondance dans le lac Saint-Jean alors que d'autres, il y a une véritable cassure. Ces fluctuations ont un impact direct sur la qualité de la pêche puisque l'éperlan constitue la base de l'alimentation du saumon d'eau douce. Il est donc primordial pour les biologistes de comprendre les facteurs qui influencent ces fluctuations.

Puisque l'éperlan se reproduit sur des fonds de sable, il y a de fortes probabilités que la force des courants, au moment de la reproduction, le niveau d'eau et le déplacement des fonds sablonneux aient un rapport avec les résultats de la reproduction annuelle.

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