«Les 100 premiers jours d'un ministre sont totalement différents de ceux d'un ambassadeur, remarque le Jonquiérois de passage en sol saguenéen. Comme ministre, cette période fait foi de tout. C'est là que tu t'engages. Comme ambassadeur, je suis surtout en mode apprentissage. Je ne maîtrise pas encore à 100% le travail, je le dis sans gêne. J'apprends de nouvelles choses à tous les jours. Je suis assoiffé d'acquisitions de connaissances. C'est donc une chance unique pour moi.»
La mission de l'UNESCO, telle qu'on peut la lire sur le site internet de l'organisation, est de contribuer à l'édification de la paix, à l'élimination de la pauvreté, au développement durable et au dialogue interculturel par l'éducation, les sciences, la culture, la communication et l'information. Ce sont 195 pays qui en sont membres.
«J'ai beaucoup apprécié m'intéresser au volet des sciences naturelles. J'ai écouté des conférences de plusieurs experts, en outre sur les océans, les tsunamis, et sur le droit des citoyens à avoir accès à l'eau potable», note l'homme qui a accepté de faire des entrevues avec les médias parce qu'il juge que «l'UNESCO doit être connue, et que c'est important d'en parler.»
Inconnu
Plusieurs choses ont changé dans la vie de Jean-Pierre Blackburn et de sa «douce», Ginette Laforest, lorsque le politicien de carrière a accepté le poste à Paris. L'une d'entre elles est l'anonymat. «Au Saguenay, je ne peux pas marcher 10 mètres sans me faire dire bonjour - et c'est correct. À Paris, personne ne me connaît. En fait, la première fois que je me suis fait saluer, c'était il y a 15 jours. Trois travailleurs de STAS m'ont reconnu! J'étais content de leur parler. Ce qu'il y a de bien, aussi, c'est que nous pouvons voyager dans Paris toutes les fins de semaine. Nous apprécions vraiment la ville.»
La vie d'ambassadeur
La grosse vie, celle d'ambassadeur? «Premièrement, il faut dire que l'on ne mesure pas le bonheur à la grosseur de la résidence. De plus, le vin ne coule pas à flots, comme certains pourraient le croire. Nous vivons bien, c'est certain. Mais non, il n'y a pas de réceptions à tous les jours. Et comme nous sommes plusieurs ambassadeurs, ça risque d'être long avant que je les connaisse tous. Je le dis, je suis aux premiers balbutiements de mon mandat de quatre ans.»
Lorsqu'il arrive à son bureau, le matin, le délégué permanent du Canada auprès de l'UNESCO lit la multitude de courriels qu'il reçoit quotidiennement. «Tous les matins, je suis renversée de la quantité de courriels que je reçois. Ils concernent chacune des missions de l'UNESCO. Durant la journée, nous avons souvent des réunions avec des experts. J'essaie de créer des liens avec d'autres ambassadeurs. Je tente bien entendu de maîtriser les dossiers le plus rapidement possible.»
Après un petit arrêt au Saguenay pour souligner les 94 ans de son père Gustave, Jean-Pierre Blackburn ira passer quelques jours à Ottawa pour l'Assemblée générale de la Commission canadienne de l'UNESCO.
Kbelley-Murray@lequotidien.com
Les débuts de Jean-Pierre Blackburn à l'UNESCO ont coïncidé avec des coupes budgétaires importantes, les États-Unis ayant décidé d'interrompre leur cotisation, qui représente 22% du budget total, en raison de l'adhésion de la Palestine. Des coupures de 188 M$ sont effectuées. L'UNESCO a admis la Palestine comme membre à part entière par 107 voix pour, 52 abstentions et 14 voix contre. Le Canada était contre, mais maintient sa contribution (10 M$).
Jean-Pierre Blackburn et sa femme ont presque l'impression d'être au Saguenay, lorsqu'ils déambulent dans les rues proches de leur résidence parisienne. «Nous vivons à deux pas de la rue Saint-Dominique et du pont d'Alma. La rue voisine de la nôtre est la rue Marceau, comme Gilles Marceau, que j'ai défait aux élections fédérales de 1984.» Ginette Laforest est née sur la rue Saint-Dominique à Jonquière et, comme le rappelle M. Blackburn, il était député de la circonscription fédérale de Jonquière-Alma!
L'ancien député a été impressionné par la culture politique des Français, alors qu'il a eu la chance de vivre chez les cousins pendant la course à la présidence remportée par François Hollande. «Tous les Français sont politisés! Si tu es dans le taxi 30 minutes, et que tu commences une discussion politique, le chauffeur te parlera de politique pendant 30 minutes! C'est vraiment avec émerveillement que j'ai vu des débats auxquels ont assisté de 40 à 70 000 personnes. On ne voit pas ça ici. Ils ont tous des drapeaux de leur candidat, crient, applaudient...»
Une des choses qu'il a dû apprendre, c'est de vivre à «l'heure française». Lève-tôt, Jean-Pierre Blackburn espérait commencer ses journées à 7h30. «Je suis habitué de les commencer à 6h15. Mais bon, ce n'est pas dans la culture française! Finalement, j'arrive à 8h30, et le reste du personnel arrive à 9h30 ou 10h. Il faut dire qu'ils dînent (ou déjeunent, dans leur cas) plus tard, soit vers 13h.»
Jean-Pierre Blackburn quittera la France pour assister à la 36e session du comité du Patrimoine mondial, à Saint-Petersbourg en Russie, du 28 mai au 6 juillet. «La candidature de Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse, sera étudiée. Dans l'éventualité où ce site est nommé, je trouve primordial d'être sur place.» Ce lieu commémore la vie des Acadiens et leur déportation.
Roland Poirier, bien connu pour son implication au sein du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida, a téléphoné à Jean-Pierre Blackburn. «Où es-tu?», lui a demandé l'ambassadeur à l'UNESCO. «Devant ta résidence.» M. Poirier, ses nièces et ses soeurs ont passé le matin du Pâques avec l'ancien député et sa conjointe.