Sacrifions-nous notre santé sur l'autel de la beauté? Invités au dernier Bar des sciences, conférence mensuelle organisée par le Cégep de Jonquière, le Dr Marc Dufresne, chirurgien-plasticien, Mario Leone, chercheur en kinésiologie, et Jacynthe Dion, professeur-chercheur en psychologie, ont tenté d'y répondre. Plusieurs dizaines de participants ont assisté à cette rencontre tenue mardi dernier à la Voie Maltée de Jonquière.
Et visiblement, les gens de la région ne sont pas épargnés par l'obsession de la beauté. Heureusement, on est loin de celle qui fait rage en Californie, où la chirurgie esthétique n'est plus un luxe.
«Nous sommes encore très raisonnables ici. On n'assiste pas au phénomène californien et on ne voit pas des adolescentes qui demandent des implants mammaires. J'ai une superbe clientèle», a exprimé le Dr Marc Dufresne, chef du service de chirurgie plastique du CSSS de Chicoutimi. Mais ce dernier admet que certaines demandes dépassent parfois ses limites.
«Il y a deux sortes de chirurgiens. Ceux qui opèrent ce que les gens demandent et ceux qui opèrent ce qu'ils pensent être bon. Moi, je suis dans la deuxième catégorie. Si la demande n'a ni queue ni tête, je ne le fais pas. Je me permets de refuser. Et ça arrive quand même assez souvent. Par exemple, une jeune fille qui veut des seins, mais qui veut un enfant bientôt, je vais lui dire d'attendre. Même chose pour les gens qui veulent un ''lifting'' (déridage) alors qu'ils n'ont que deux rides», a répondu le chirurgien-plasticien.
Côté musculation, l'exagération est aussi courante. Certains hommes abusent de substances pour obtenir de plus imposants pectoraux ou biceps.
«L'entraînement est bon, même recommandé. Mais le problème c'est que certains localisent des régions musculaires. Les pectoraux et les biceps sont à la mode. Les jambes, par contre, ce n'est pas important. Mais cette façon de faire peut causer un déséquilibre musculo-squelettique. Ça peut entraîner des problèmes au niveau des articulations», a précisé Mario Leone, chercheur en kinésiologie à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
«J'ai déjà enlevé un chapelet d'hormones à un homme qui voulait des biceps», a renchéri le Dr Dufresne, en parlant de l'abus de ces substances.
Image chez les jeunes
Et cette quête de la beauté commence à un bien jeune âge. Selon une étude menée auprès de 3000 enfants par Mario Leone et Jacinthe Dion, psychologue et professeur en psychologie à l'UQAC, la moitié des jeunes filles entre six et 12 ans se préoccupent de leur image corporelle. Et la plupart d'entre elles veulent maigrir.
Les parents et l'entourage social de l'enfant ont une grande influence sur l'enfant et sur sa perception de son image corporelle. Mais les médias ont une grande part de responsabilité, estime Jacynthe Dion.
«Nous sommes dans une société de performance. Tout le monde veut être beau et parfait. Mais les modèles présentés sont inatteignables», plaide Mme Dion.