Rodrigue Gagné habite pratiquement en face de la sortie du pont couvert de L'Anse-Saint-Jean. Il est propriétaire d'un hangar gris et rouge situé en bordure de la rivière. Il a donc vu plusieurs crues printanières et il croit que le niveau est monté encore plus haut, en début de semaine, que lors du déluge de juillet 1996.
«Pendant le déluge, l'eau avait grugé les rives de la rivière. Cette fois, les murs de pierre contiennent l'eau, mais le niveau monte assez haut. Une chance qu'ils ont remonté le pont lors des travaux qui ont suivi le déluge puisqu'il serait sans doute parti à nouveau dans les derniers jours», reprend ce citoyen, pointant du doigt un morceau de glace demeuré sur le dessus du pilier central.
La résidence du citoyen n'a pas été affectée malgré le passage à quelques mètres d'un ruisseau qui permet l'écoulement des eaux de la montagne située de l'autre côté de la route principale: «Mon système de drainage a été suffisant. Les pompes n'ont pas décollé. Mes voisins ont eu des problèmes plus graves, mais ils ont déjà commencé à nettoyer.»
Rodrigue Gagné avait d'autres raisons de s'inquiéter de cette crue soudaine et abondante. Il habite à côté du pont depuis de nombreuses années et n'aurait pas aimé que ce monument historique soit une fois de plus emporté par les débordements de la nature. «Je ne suis pas convaincu que le gouvernement aurait encore payé pour réinstaller le pont sur les piliers.»
Les occupants des résidences évacuées ont eu l'autorisation de réintégrer leur propriété pour la nuit puisque dès le départ de l'embâcle, le niveau de la rivière Saint-Jean a diminué assez rapidement même si les apports d'eau se maintenaient.
Au moment du passage du Quotidien sur les lieux, le niveau d'eau avait redescendu de quelques pieds sous la barre du niveau de rehaussement du pilier après le déluge. Le pont ne présentait aucun signe de bris ou de déplacement sur les piliers. Le ministère des Transports du Québec a dépêché sur les lieux des spécialistes qui ont finalement autorisé l'ouverture du pont à la circulation à 11h, hier matin.
Le maire de la municipalité, Claude Boucher, a de son côté confirmé qu'une demande d'aide financière sera transmise au gouvernement du Québec. En plus de dépenses de l'ordre, approximativement, de 20 000$ engagées pour gérer la situation d'urgence, la municipalité doit procéder à des travaux de réfection de la chaussée du chemin Périgny. Hier, le maire n'était pas en mesure d'évaluer le coût des dommages.
«Ce n'est pas simple de faire une demande de soutien dans le cadre des programmes de la sécurité civile. Nous allons quand même faire des réclamations en raison des coûts des travaux qui dureront au moins deux jours», a conclu le maire.
Sur l'heure du midi, hier, tous les secteurs de la municipalité de L'Anse-Saint-Jean étaient accessibles par la route de façon sécuritaire.