Lors de la grève étudiante de 2005, moins de dix votes ont séparé les deux camps au Cégep de Jonquière.
Mathieu Morin, porte-parole du oui à la grève renouvelable, et Laurence Gagnon, porte-parole du non à la grève renouvelable, ont débattu et ont répondu aux questions des quelque 200 étudiants présents.
Mathieu Morin, extrêmement bien préparé pour l'occasion, affirme qu'il s'agit d'une «occasion de marquer l'histoire, comme les étudiants l'ont fait lors de la grève de 2005». Selon le jeune étudiant en journalisme, la hausse de 1625$ équivaut à 160 heures travaillées au salaire minimum.
Laurence Gagnon s'inquiétait quant à elle des compétences en moins qu'auront les étudiants lors de leur entrée sur le marché du travail.
Les données dites par les deux protagonistes ont souvent été suivies d'applaudissements.
Le camp du oui a affirmé que la grève est la seule et unique façon de contrer une hausse de 1625$ sur cinq ans imposée par le gouvernement Charest. «L'avantage avec la grève, c'est que ça nous force à nous asseoir et à régler cela par une entente.» Selon ce camp, tous les autres moyens ont été épuisés (pétitions, bed-in, etc.)
Mme Gagnon s'est fait rappeler que son groupe a écrit des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «il y a d'autres solutions». Comme le camp du non regroupe des étudiants en faveur et d'autres contre la hausse des frais de scolarité (mais qui sont tous contre la grève), Laurence Gagnon a affirmé ne pas pouvoir proposer, hier, d'autres solutions. «J'ai décidé de représenter ce camp il y a trois semaines. Je n'ai pas le privilège d'être payée par des associations.»
Dave Méthot, qui étudie en Technique d'environnement, hygiène et sécurité au travail, aurait préféré que les étudiants fassent des grèves tournantes et votent par technique, et non pas en bloc. Les résultats ne sont pas ventilés selon les techniques, mais bien par Cégep. Mathieu Morin a expliqué qu'une loi fait en sorte qu'il est impossible de faire des négociations comme à l'université (par faculté) au Cégep.
La plupart des gens dans la foule, si l'on se fie aux questions posées, étudiaient en Art et technologie des médias.
«Ne pourrions-nous pas porter casquette et t-shirt, comme cela s'est déjà fait en Ontario?», a demandé Catherine, une élève de deuxième année en radio.
«La grève a fait ses preuves depuis 1968. Nous croyons qu'il s'agit du seul moyen efficace rendu à ce stade», a remarqué Mathieu Morin. Laurence Gagnon semblait pour sa part en accord avec Catherine.
Le dernier étudiant à se présenter au micro, Étienne Béland, avait décidé de ne pas passer inaperçu. Torse nu, cape rouge sur le dos, bandeau rouge sur la tête et armure à la main, sa position ne faisait nul doute. En entrevue après le débat, il a expliqué faire partie des sept spartiates de la «légion de l'éducation». «Nous souhaitons que les gens se ''fassent une tête'' sur le sujet. Je pense qu'il y a 40% des gens qui sont contre la grève et 40% pour. Le 20% qui reste est très important, souligne l'étudiant en travail social. Selon moi, les responsables du camp du non n'ont pas toujours répondu à des questions qui étaient pourtant pertinentes.» Sans surprise, cette affirmation a été dite à propos des deux camps, selon la position des interviewés.
Très, très partagé
Aux «pas perdus», la salle commune au Cégep de Jonquière, les opinions étaient très partagées à la suite du débat.
Lucie Langlais et Joanie Lajoie, toutes deux en travail social, sont pour la grève. «Nous savons que c'est moins cher ailleurs. Ici, au Québec, on a le droit de s'instruire. Le nombre d'universitaires va baisser si les coûts augmentent trop», affirme Joanie. «Tu peux avoir moins d'argent, mais ça ne veut pas dire que tu seras un moins bon professionnel, soutient Lucie. C'est bien qu'ici ce soit accessible. Ça doit le rester.»
Marc-Olivier Demers et Adel Aziz (sciences humaines) sont contre la grève. «J'ai hâte d'avoir fini mon cégep. Je ne veux pas être retardé par cette grève. De toute façon, s'il n'y a pas de hausse, nous allons payer ailleurs, plus tard. Je travaille pour payer mes études. Il suffit de travailler un peu plus!»
Adel Aziz pointe quant à lui le fait que les étudiants québécois paient moins que leurs homologues des autres provinces. «S'il y a un gel, il y a aussi un gel de la qualité de l'enseignement. Je suis prêt à payer plus cher pour avoir un meilleur enseignement.»
Les 3000 étudiants pourront se prononcer sur un mandat de grève du 22 au 24 février. Les étudiants du Cégep de Saint-Félicien ont déjà voté pour la grève.
Kbelley-Murray@lequotidien.com