Pourtant, la région n'en est encore qu'aux premiers balbutiements dans l'organisation des services destinés aux personnes atteintes, puisque seule une poignée de bénévoles oeuvrent auprès des personnes atteintes.
Parmi elles figure Patsy Noël. Éducatrice au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI), elle a décidé, il y a huit ans, de consacrer du temps de bénévolat aux personnes atteintes et à leurs proches en cofondant le comité Enfaim.
À l'occasion de la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires, Mme Noël remarque que, depuis deux ans, le phénomène de l'anorexie (qui affecte surtout les femmes) touche aussi les hommes avec le développement de la bigorexie. Ce comportement incite les hommes à vouloir développer démesurément leur musculature afin de diminuer l'apport graisseux de leur corps.
La consommation de diurétiques, laxatifs et autres produits présents dans les cas d'anorexie se traduit par la consommation de protéines, des produits anabolisants circulant dans les gymnases. «C'est un phénomène nouveau, une mode dont on parle peu parce que les jeunes hommes parlent peu», explique Mme Noël.
Pourtant, selon elle, les conséquences de la bigorexie sont aussi nocives ou sinon pires, puisque l'abus des protéines peut avoir des impacts permanents sur les systèmes immunitaire et reproductif des jeunes hommes.
Anorexie
En huit ans de bénévolat, Mme Noël constate les ravages causés par l'anorexie. Celle-ci entraîne de l'ostéoporose prématurée, des troubles de dentition, à l'estomac et aux intestins en raison de la consommation abusive de divers produits. Figurent également les conséquences sociales: isolement, perte d'emploi, faiblesse et abandon des relations sexuelles, etc.
«Je pense que l'anorexie est une réaction psychologique à un phénomène. Cette réaction est souvent causée à la puberté par une peine d'amour, du harcèlement ou de l'intimidation. Ça peut être la jeune fille qui se fait traiter de "p'tite grosse" qui commence à se mettre au régime de façon obsessionnelle.»
Enfaim commence toutefois à se tailler une place dans la région. «Notre rôle est de fournir de l'information, de l'écoute et de diriger les gens tout au long du traitement avec l'aide de médecins, diététiciennes et psychologues. Nous organisons des groupes de discussion pour les parents et les anorexiques afin de discuter d'image personnelle, pour apprendre à nous apprécier et à nous connaître à travers la formation "Derrière le miroir". On croit qu'on a pu accomplir de petits miracles puisqu'il y a des gens venus chez nous qu'on n'a plus revus», affirme-t-elle.
(La suite dans la version papier du Quotidien)