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CHRONIQUE / Je ne vous dirai pas jusqu'à quel âge, car ça serait bien trop gênant, mais bon, disons que jusqu'à un âge très gênant, j'ai longtemps cru que l'économie ne me concernait pas.

Vous voyez, j'ai grandi dans une famille monoparentale où j'ai vu ma mère lutter courageusement chaque semaine afin d'arriver à mettre quelque chose sur la table et les rares fois où le mot économie était prononcé, c'était essentiellement pour désigner une épargne de quelques dollars sur un truc qui coûtait relativement cher.

Bref, pas besoin de vous faire un dessin: les économistes de cette planète n'ont jamais rien eu à craindre de ma part. Maintenant, je ne sais plus trop pourquoi, mais un jour, j'ai commencé à m'informer un peu plus à ce sujet. Bien humblement, je vous dirai que mes connaissances en économie sont toujours très limitées, or le peu d'informations que je crois avoir bien assimilé me donne chaque fois le vertige. D'ailleurs, au-delà des ouvrages complexes que l'on peut consulter ici et là à propos de l'économie, certaines oeuvres cinématographiques m'ont aussi servi en guise de compléments d'information.

Par exemple, j'ai récemment eu la très bonne idée de visionner successivement The Big Short ainsi que le long-métrage du cinéaste québécois Robert Morin intitulé Un paradis pour tous. Bien qu'il s'agisse là de deux oeuvres de fiction librement inspirées de faits réels, on peut quand même dénoter qu'elles partagent toutes les deux un important point en commun: une dénonciation de l'espèce d'occultisme qui règne sur l'univers des finances. Et là, n'allez pas croire que je vais me lancer dans un délire conspirationniste ou un truc de fou du genre. Ici, je ne vous parle pas d'occultisme au sens propre, mais bien au sens figuré.

Car voyez-vous, si nous sommes trop nombreux à ne même pas être en mesure de comprendre le moindre concept économique, ça ne semble pas particulièrement relever du hasard. En effet, même si on le dit généralement un peu à la blague, il y a un peu de vrai dans cette idée comme quoi le monde des finances s'est créé un langage d'initiés qui saura très bien faire naître un fort sentiment d'incompétence chez le quidam moyen.

Du coup, si le quidam moyen se bute à des termes, des appellations et à des concepts qui le dépassent complètement, celui-ci n'hésitera pas un seul instant à laisser les cordons de la bourse à un individu ayant le «pouvoir» de maîtriser tous ces concepts.

Alors hop, si ce type qui connaît bien les finances vous dit qu'avec le peu d'argent que vous gagnez, il pourra au mieux vous faire épargner ou gagner un montant x, vous vous direz que c'est déjà ça et puis à la fin,vous vous contenterez des quelques dollars obtenus grâce aux manipulations de ce type alors que ce dernier aura peut-être doublé ou triplé la mise avec votre argent, sans même que vous ne le sachiez jamais. Et là, je ne vous invente rien. Vous n'avez qu'à regarder ce que les dirigeants d'institutions bancaires sont arrivés à se mettre dans les poches en faisant fructifier vos économies, qui ne sont pourtant jamais suffisantes pour avoir droit à une hypothèque ou à un prêt.

Quand on pense à tout ça, on se dit qu'on vit décidément dans un beau monde de fous. Chaque jour, on apprend qu'on perd son boulot, que des programmes sociaux ont été supprimés ou que des familles se retrouvent à la rue et chaque fois, on nous explique tout ça à l'aide de termes complexes que l'on boit passivement.

Je dis ça à la blague, mais quand bien même qu'on vous inventerait des termes, seriez-vous vraiment en mesure de les détecter?

Cela dit, bien que ça va plutôt sonner convenu comme conclusion, il reste qu'il faudra un jour trouver une solution afin de renforcer les connaissances générales de la population quant au monde des finances, car pour le moment, ceux et celles qui profitent du milieu financier en nous laissant joyeusement patauger dans notre merde ont non seulement le champ libre, mais en plus, on ne peut pas leur en vouloir.

Car à la fin, c'est nous qui avons décidé de leur laisser le contrôle. Et si on apprenait maintenant à le reprendre?

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