Mélyssa Potvin est adepte de cosplay

Mélyssa Potvin, alias Broken Doll, porte bien son... (Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie)

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Mélyssa Potvin, alias Broken Doll, porte bien son nom d'artiste. Avec son style particulier et ses capacités physiques affaiblies par la fibrose kystique, elle a en effet des airs de poupée fragile à la première impression, qui cachent sa grande force intérieure.

Le Progrès-dimanche, Rocket Lavoie

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Un coeur au ligneur sur le coin de l'oeil, une main de squelette dans les cheveux et des collants noirs à la mi-cuisse: même vêtue «normalement», Mélyssa Potvin se fait demander si elle est déguisée. En fait, la jeune femme de Chicoutimi-Nord devient plutôt méconnaissable et ne laisse aucune place à l'ambiguïté lorsqu'elle revêt la peau d'un personnage, étant une adepte du cosplay assez perfectionniste.

Cette forme d'art performance devenue populaire dans les années au 90 au Japon se résume assez facilement: «cos» pour costume et «play» pour jouer un rôle, celui-ci inspiré généralement d'un manga, d'un dessin animé ou d'un jeu vidéo. Au Québec, le phénomène a émergé dans les années 2000 seulement, avec le festival Otakuthon à Montréal notamment qui a rassemblé pour sa dixième édition en 2015 près de 12 000 personnes passionnées par la culture japonaise. Le terme costumade a été proposé par l'Office québécois de la langue française en février 2010 pour traduire cosplay.

Mélyssa y était sous les traits de Soraka, une championne du jeu League of Legends aux pouvoirs impressionnants et aux sabots de chèvre - même les souliers les plus inconfortables seront portés par souci de réalisme. Ses verres de contact blancs avaient fait fureur, malgré qu'ils lui brouillaient la vue. Elle avoue qu'au Saguenay-Lac-Saint-Jean, son loisir est peu connu.

«Ça intrigue les gens», accorde celle au style si particulier qu'elle-même ne sait comment le décrire. Finissante en arts au Cégep de Jonquière en mai dernier, la jeune femme de 20 ans a découvert le cosplay alors qu'elle effectuait des recherches visuelles pour ses projets scolaires. Comme elle écoutait déjà beaucoup de dessins animés japonais, elle a rapidement rallié le courant. L'adepte de cosplay s'est tout de suite sentie intégrée au sein de la communauté lors de sa première convention, alors qu'elle s'était rendue toute seule à Montréal dans la personnalisation humaine d'un Pokémon.

«Je me suis demandé si on pouvait dire que je suis une geek: ça englobe tellement de trucs! Je ne joue vraiment pas aux jeux vidéo, mais j'admire leur graphisme. Je me définirais plus comme une otaku: ça désigne quelqu'un qui est passionné par la culture japonaise. J'aime tout de ce pays: la mode, la langue, la musique...», explique Mélyssa, alias Broken Doll comme artiste et adepte de cosplay.

Il a fallu du temps à la Saguenéenne pour trouver sa voie: à l'école secondaire, elle savait que la couture, la photographie, la coiffure et le maquillage l'intéressaient. Elle a d'ailleurs suivi un cours professionnel dans ce dernier domaine et réalise quelques contrats. «Le cosplay, c'est le passe-temps parfait, car ça travaille chacun de ces aspects!»

Mélyssa peut passer plus d'une quarantaine d'heures seulement pour concevoir un accessoire compliqué, intégrant même des effets d'éclairage. Elle est bien installée dans son atelier au sous-sol, machine à coudre sur une table et ordinateur avec tablette graphique sur une autre, la pièce emplie de mannequins portant costumes et perruques en cours de création. L'artiste montre son album de recherche qui déborde de collages inspirants, de croquis et de concepts de maquillage. Ses études collégiales ont été bien utiles pour développer des techniques et connaître les matériaux, ceux-ci étant de préférence malléables, beaux et abordables. Tout un défi à trouver, surtout en région.

«Adapter un personnage à la réalité, ça demande beaucoup de créativité, insiste-t-elle. Les concepteurs, ils ne pensent pas à la gravité quand ils dessinent... Parfois, on ne sait pas trop comment un vêtement fait pour tenir! Je ne pensais jamais dire ça, mais la quincaillerie est devenue mon terrain de jeu préféré pour trouver du matériel!»

Mélyssa, à droite sur la photo, a réalisé... (Courtoisie, Pierre-Olivier Poirier) - image 2.0

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Mélyssa, à droite sur la photo, a réalisé un duo avec la cosplayeuse montréalaise Mary-Ève Grégoire en s'inspirant d'un clip japonais, Me! Me! Me!

Courtoisie, Pierre-Olivier Poirier

Ralentie par la fibrose kystique

Depuis son plus jeune âge, Mélyssa Potvin doit composer avec la fibrose kystique, une maladie héréditaire qui a amoindri sa capacité pulmonaire jusqu'à 44 % d'une personne normale. «Un mal pour un bien», assure-t-elle avec optimisme, puisqu'elle a ainsi pu découvrir ce qui la passionne vraiment.

«J'ai complété mon cégep en trois ans au lieu de deux. Je ressentais beaucoup de pression, j'avais l'impression que ma vie n'avançait pas. Je travaillais en même temps et je tombais souvent malade, ce qui me faisait manquer les cours pendant deux semaines facilement. Un rhume se transforme vite en pneumonie avec la fibrose et à la limite, on peut en mourir. Je voulais aller étudier à Montréal, mais ma santé ne me le permettait pas. Maintenant, je vais à mon rythme», raconte celle qui aimerait bien développer sa propre marque de vêtements et vendre ses conceptions en ligne.

Mélyssa reprendrait son nom d'artiste: Broken Doll. Il va comme un gant à la cosplayeuse aux allures de poupée fragile, qui a même suivi un cours de couture pour atteindre son objectif. «Quand je vais me lancer, tout va être bien préparé. Je suis bien entourée et je commence tranquillement», indique la jeune femme, qui pratique aussi le baladi. Elle conçoit d'ailleurs ses propres costumes de danse et songe à fabriquer ceux des autres élèves de l'école. «Je dois seulement trouver une façon que ce soit rentable.»

Rencontrée vendredi à son domicile, la voix un peu enrhumée, mais toujours enjouée, Mélyssa confie qu'elle n'a parfois que la force de manger et dormir. Elle venait cependant de recevoir une bonne tape dans le dos: sa page Facebook Broken Doll - Cosplay a atteint les 1000 abonnés la semaine dernière. «Ça me confirme que ce que je fais a de l'allure!»

Certains réussissent même à gagner leur vie de cette façon tant ils sont populaires, comme Jessica Nigri, Yaya Han ou Kamui qui seront au prochain Comiccon à Québec, en produisant des affiches, en écrivant des livres, en vendant des accessoires ou en participant à d'autres projets.

«Je ne pense pas que ce soit possible au Québec, encore moins au Saguenay, mais on peut toujours rêver!», songe Mélyssa Potvin.

Mélyssa Potvin s'est mise dans la peau de... (Courtoisie, Michaelle Charette) - image 3.0

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Mélyssa Potvin s'est mise dans la peau de Soraka, un personnage du jeu League of Legends dont elle s'est inspirée pour créer sa propre version lors du festival Otakuthon l'été dernier.

Courtoisie, Michaelle Charette

Bientôt un évènement dans la région

Après l'Otakuthon à Montréal depuis une dizaine d'années et le Comiccon à Québec depuis deux ans, qui lui intègre aussi les superhéros, la région devrait avoir cet été son premier festival du genre: la convention de culture geek de Saguenay.

L'évènement SagGeek a été créé sur Facebook par Adrénaline 24 Productions, une organisation spécialisée en animation sur mesure et connue pour créer des scénarios interactifs intenses pour les participants, comme une simulation d'invasion de zombies. Si tout va bien, le Centre des congrès du Delta à Jonquière accueillera les passionnés de jeux vidéo, de mangas, de cosplay et de bandes dessinées le 16 juillet, où un salon d'exposants et plusieurs activités seront organisés.

Soucieuse du détail, la cosplayeuse Mélyssa Potvin sait déjà ce qu'elle portera: en fait, elle a des projets pour les festivals des deux prochaines années. Étant donné ses capacités physiques affaiblies par la fibrose kystique, elle doit se préparer plus longtemps. «Je suis allée à une convention il y a deux semaines même si je ne me sentais pas vraiment en forme, je ne pouvais pas manquer ça!»

L'artiste apprécie ce type d'évènements pour le réseautage et les compétences qui se développent. «Tout le monde est vraiment gentil. En discutant, on apprend de nouvelles techniques et on peut évoluer dans notre démarche.»

Sous son pseudonyme Broken Doll, elle devrait participer à une première mascarade: un concours où les cosplayeurs sont évalués pour leur costume et leur performance. «C'est là qu'on sort notre côté plus théâtral: il y en a qui dansent, qui chantent, qui mettent en scène une bataille... Tout est permis!»

Mélyssa apprécie pouvoir montrer d'autres facettes de sa personnalité selon le rôle qu'elle joue. Sa seule limite est de ne pas trop en dévoiler. «La plupart des personnages féminins des jeux vidéo et des mangas sont très peu vêtus... Si tu décides d'aller dans une convention comme ça, il faut l'assumer!»

L'originalité est également un aspect très important. «Le jeu League of Legends est un peu surexploité... Ça devient redondant quand tu vois 20 fois le même personnage dans le même évènement! C'est pourquoi j'avais créé une nouvelle version de Soraka. Elle n'existe pas normalement en bleu et blanc comme je l'ai conçue.»

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