La renaissance de Victor Dallaire

Le sculpteur Victor Dallaire... (Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque)

Agrandir

Le sculpteur Victor Dallaire

Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Coté
Le Quotidien
Sculpture de Victoir Dallaire... (Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque) - image 2.0

Agrandir

Sculpture de Victoir Dallaire

Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque

«Peut-être que les madones ont aidé», lance Victor Dallaire en riant.

Tout au long de sa convalescence, Victor Dallaire... (Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque) - image 3.0

Agrandir

Tout au long de sa convalescence, Victor Dallaire a compté sur l'appui indéfectible de son épouse, Madeleine Coulombe. Ils sont photographiés dans leur maison, près d'une porte où le sculpteur a représenté les membres de sa famille.

Progrès-dimanche, Jeannot Lévesque

Auteur de nombreuses oeuvres imprégnées de l'esprit religieux, le sculpteur a vécu le genre d'expérience qui transforme les mécréants en mystiques, les artistes en dévots. Pendant un peu plus d'un an, il a combattu un cancer de l'oesophage qui l'a laissé affaibli, sans toutefois altérer son moral.

«J'ai toujours eu comme devise qu'il ne fallait pas lâcher. Aujourd'hui, je suis en rémission et je recommence tranquillement à travailler, mais je ne cours plus après les clients. Ceux que je vois, ils me suivent depuis un bout de temps», a confié Victor Dallaire mercredi, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.

Maintenant âgé de 73 ans, il vient de reprendre un tableau amorcé avant le terrible diagnostic, prononcé en janvier 2015. Lui qui avait espacé les visites dans son atelier, qui n'avait plus la force de sculpter, a recommencé à tailler la grande pièce de tilleul qui repose sur le plancher, une oeuvre destinée à une pourvoirie.

«Des fois, j'allais dans la boutique, mais je me contentais de regarder mes oeuvres et de faire des croquis. C'est sûr que le travail m'a manqué», rapporte le Baieriverain. Il était donc heureux de renouer avec la création récemment. De dix minutes en dix minutes, la dextérité est revenue, tout comme le désir de compléter son tableau.

«J'ai commencé par faire un coin, en haut, et mes mains étaient ankylosées. Il y a aussi le fait que t'es moins sûr de toi quand tu tombes malade comme ça. Je me demandais si je pourrais finir cette pièce, mais aujourd'hui, ça va bien», estime Victor Dallaire.

Le client souhaitait voir des représentants de la faune boréale et il ne sera pas déçu. L'oeuvre comprend un orignal, un ours, un loup, un lièvre, un chevreuil, voire un carcajou, entre autres bêtes. Certaines silhouettes sont à peine esquissées, alors que d'autres bas-reliefs trahissent le souci du détail qui a toujours caractérisé l'artiste.

«C'est l'un des tableaux où j'ai mis le plus grand nombre d'animaux. J'ai confiance de le livrer à l'automne, pendant la saison de la chasse», note Victor Dallaire. En parallèle, il donnera des cours à quelques élèves, une pratique qui l'a tenu occupé pendant une douzaine d'années, à Jonquière. Seule sa santé déclinante l'a obligé à y renoncer.

Si on ajoute la rétrospective présentée jusqu'au 2 octobre à La Pulperie de Chicoutimi, une exposition intitulée Le bois dans l'âme, on voit que ce printemps est, plus que jamais, synonyme de renaissance. Le soleil est revenu dehors, de même qu'à l'intérieur de la maison de Grande-Baie où l'artiste réside depuis 42 ans.

«Victor est sur la récupération et comme il aime le soleil, l'énergie va revenir», anticipe son épouse, Madeleine Coulombe. Aussi sereine que son vieux complice, elle est rassurée lorsqu'il fait des saucettes dans son atelier, qu'il enfonce ses outils dans le bois tendre. Parce qu'à chaque fois, c'est sa ligne de vie qui s'allonge.

Victor Dallaire ne fait pas dans la dentelle lorsqu'il dépeint l'adolescent qui, un jour, a abouti au collège Saint-Joseph de Grande-Baie. Il parle d'un jeune qui n'était pas adapté à l'école traditionnelle. Ses perspectives de carrière semblaient limitées, avant qu'un enseignant plus vite que les autres l'aide à trouver sa vocation.

Cet homme est l'abbé Isidore Bergeron, un professeur d'art qui aimait accueillir les étudiants dans son atelier, où il avait rassemblé plein d'outils permettant de travailler le bois. «Toutes les cruches, l'abbé les prenait et il les redécollait», décrit l'artiste, qui s'inclut dans le lot.

Lui qui traînait toujours un couteau de poche pour gosser des bouts de bois, qui le faisait même avec des lames de rasoir «empruntées» à son père, était fait pour s'entendre avec l'abbé Isidore. Très tôt, celui-ci lui a demandé de réaliser des sculptures, ce qui lui a permis de mesurer le talent de l'adolescent.

«Il me demandait de reproduire des pièces provenant de Montréal et mes copies étaient identiques. L'abbé les montrait aux autres pour les motiver», se souvient Victor Dallaire. Son professeur croyait tellement en lui qu'il a sollicité - et obtenu - une bourse du ministère de la Culture du Québec.

C'est ainsi que le jeune homme a abouti à Saint-Jean-Port-Joli, le patelin des frères Bourgault. Ils ont répondu au frère Isidore qu'il n'y avait pas d'école chez eux, mais dans le Québec de cette époque, ça ne représentait pas un obstacle insurmontable.

«L'abbé a dit aux frères Bourgault, qu'on appelait les trois bérets, de trouver des choses à me faire produire, rapporte Victor Dallaire. C'est comme ça qu'ils m'ont gardé et que je suis devenu le premier élève de leur école, qui a été fondée ce jour-là.»

André, celui qui l'avait accueilli chez lui, est décédé peu de temps après, à la suite d'un accident de la route. C'est donc Médard et Jean-Julien, respectivement spécialisés dans l'art religieux et la confection de tableaux en relief, qui ont encadré sa formation pendant deux ans.

«Il faisaient des bancs d'églises, puisqu'on en construisait encore dans ce temps-là. J'ai aussi réparé beaucoup d'anges au cours de mon séjour», fait observer le Baieriverain en souriant. Il devait rester un an, mais grâce à un concours auquel était rattachée une bourse de 1400 $, une deuxième année a été ajoutée.

Les Bourgault étaient de bons professeurs, affirme leur ancien élève. Ils étaient prêts à l'embaucher à la fin de sa formation, mais à un moment donné, le désir de retourner au Saguenay est devenu trop fort. Le sculpteur a emménagé chez son père, où il a ouvert son premier atelier.

C'est ainsi que le jeune homme qui semblait condamné à la marginalité, dont l'avenir était apparemment bouché, quelques années plus tôt, a amorcé une longue et belle carrière en tant qu'artiste et enseignant. Du même coup, il a donné raison à l'abbé Isidore, le premier qui a cru en son potentiel.

Trois jalons d'une carrière exemplaire

Quand Victor Dallaire jette un regard sur sa carrière de sculpteur, plusieurs projets remontent à la surface. Certains lui ont procuré un surcroît de notoriété, alors que d'autres lui ont fait vivre des expériences gratifiantes. En voici trois qui ont balisé ce parcours exemplaire.

Rivière-Éternité

Il est impossible de visiter l'exposition de crèches de Noël de Rivière-Éternité sans remarquer la forte présence du Baieriverain. Le fondateur de l'événement, le regretté Jean-Marie Couet, lui avait accordé sa confiance, ce qu'illustrent les nombreuses commandes réalisées au fil des ans.

«Ça m'a donné de la visibilité et de l'expérience, puisque c'est là, entre autres, que j'ai commencé à travailler avec une scie mécanique, rapporte Victor Dallaire. Je m'en étais servi pour créer un totem installé près de l'église. J'ai adapté l'outil afin de préparer l'arbre, qui mesurait 35 pieds.»

Une autre oeuvre qui a fait date est la Crèche éternitoise. Cette oeuvre ambitieuse comprend des animaux, ainsi que des personnes associées à l'exposition annuelle. «J'ai intégré monsieur Couet et moi aussi, je suis dedans. Je porte une tuque et j'ai une poche sur le dos», précise l'artiste.

La Crèche du Déluge

Ce tableau a été réalisé dans la foulée du Déluge de 1996, un événement que Victor Dallaire a vécu aux premières loges. Son quartier était évacué, mais lui a tenu à rester à son domicile. L'oeuvre a été réalisée en 1997, toujours à la demande de Jean-Marie Couet, et se trouve au Musée du Fjord de La Baie.

«J'ai voulu montrer les personnes qui ont perdu leur maison, ce qui n'a pas été mon cas. Pour y arriver, j'ai fait des croquis en partant du lac Ha! Ha!. J'ai continué jusqu'à Grande-Baie», souligne le sculpteur.

L'appel de l'Europe

Parmi les expériences que retient Victor Dallaire, les voyages en Europe occupent une place privilégiée. Pendant 22 ans, il a séjourné là-bas, surtout en France, mais aussi dans les pays voisins. On l'invitait à travailler dans des lieux publics, souvent à l'occasion de festivals tenus à l'approche des Fêtes.

«J'ai même réalisé des oeuvres à l'intérieur d'une grotte, les Troglodydes de Saumur. J'ai fait des bonhommes portant des tuques. Mon nom est là, inscrit dans la pierre», relate le Baieriverain avec un brin de fierté dans la voix.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer