Le deuil sous toutes ses formes

S'il existe un sujet universel, c'est bien la mort. À un moment ou à un autre,... (Archives AFP)

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

S'il existe un sujet universel, c'est bien la mort. À un moment ou à un autre, nous y serons tous confrontés, qu'il s'agisse du décès d'un proche ou de notre propre trépas. Cette «fatalité» est devenue le sujet de prédilection de la professeure et chercheuse de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Nicole Bouchard, qui s'est longuement penchée sur la question des rites de passage. Les attentats terroristes du 13 novembre à Paris, qui ont causé la mort de 130 personnes et blessé des dizaines d'autres, rendent la question du deuil et des rites de passage encore plus actuelle et pertinente.

Ce qui s'est passé à Paris n'est pas un deuil ordinaire, c'est un deuil de guerre. Des jeunes vies fauchées de manière violente, des corps mutilés, des visions d'horreur qui ne sont pas sans rappeler les ravages provoqués par les grands conflits de l'histoire.

«Ces événements ont très peu à voir avec nos deuils personnels, même les plus tragiques que nous vivons [...]. La guerre met en scène des jeunes qui laissent leur vie sur le champ de bataille. Ces morts prématurées brisent le cycle des générations. Pour des parents, la mort d'un enfant est une blessure irréparable que seule leur propre mort pourra apaiser», fait valoir Nicole Bouchard, qui a écrit un long texte sur le portail Internet Passage, soutenu par l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), dans la foulée des événements survenus en France.

La chercheuse rappelle que pour chaque personne morte à Paris, des centaines sont touchées. Si l'on ajoute à cela les intervenants du domaine médical et psychosocial impliqués, le cercle du deuil peut toucher 500 000 personnes. La douleur s'accumule et devient incommensurable.

«Ces milliers de proches des victimes sont toutes des personnes à risque. Elles auront besoin d'aide quand La Marseillaise se sera tue», illustre-t-elle.

Nicole Bouchard fait évidemment référence au vent de sympathie qui souffle sur le globe depuis plus d'une semaine, alors que la communauté internationale se réclame d'être Paris.

Quelques jours après les horribles événements, on constate aussi le phénomène de l'«héroïsation» des victimes. Les gens ont besoin de récits qui glorifient les disparus. C'est une façon de rendre supportable l'insupportable et pour un temps, cela permet de donner un sens à la tragédie.

Mais comme l'indique Nicole Bouchard, arrive un temps où tout cela doit cesser, pour que puisse se vivre le deuil.

«On a vu les gens sortir et aller déposer des fleurs parce qu'ils ne peuvent pas rester dans l'inaction. Ensuite, il y a eu l'entre-deux, le ''tout le monde au bistro''. Les gens ne voulaient pas s'enfermer dans la douleur, mais sur les terrasses, on voyait qu'ils avaient des visages de morts», pointe-t-elle.

Selon la spécialiste, les cadres rituels se sont perdus au fil du temps, notamment parce que l'église ne joue plus le rôle qu'elle campait autrefois. Devant l'absence de rites de passage à proprement dit, les gens peinent à vivre le deuil d'un être cher de façon efficace.

«Les deuils personnels sont de moins en moins bien vécus. Quand les deuils collectifs arrivent comme ça, on est donc encore plus touchés. Avec chaque gerbe de fleurs que l'on dépose, on pleure bien plus nos propres morts, que l'on n'a pas eu le temps de célébrer», conclut-elle.

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