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Les agriculteurs n'ont pas été rassurés par Lebel

Des dizaines de producteurs laitiers ont rencontré le... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Des dizaines de producteurs laitiers ont rencontré le ministre Denis Lebel, hier, dont Michel Potvin et Pierre Girard. Mais les propos du député ne les ont pas rassurés.

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Laura Lévesque
Le Quotidien

Le système de gestion de l'offre est plus menacé que jamais, craignent des producteurs laitiers de la région, qui n'ont pas été rassurés par les propos du ministre Denis Lebel, lors des rencontres privées tenues hier à Saint-Bruno et Normandin.

Après une première brèche causée par l'entente de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne, les négociations entourant le futur partenariat transpacifique ouvrent également la porte à l'arrivée de produits supplémentaires, dont les fromages. Une ouverture qui affaiblira une fois de plus le système canadien de gestion de l'offre, dénonce Pierre Girard, producteur baieriverain. «J'étais déjà inquiet, mais là, je suis plus nerveux. Denis Lebel a été le plus franc qu'on a rencontré. Il ne nous a pas flattés dans le sens du poil. Il a dit que le gouvernement était obligé de céder des choses pour que l'entente fonctionne», raconte M. Girard, qui a rencontré M. Lebel à Saint-Bruno, hier matin.

«Le mot que le ministre a le plus utilisé est compensations. Comme si dans sa tête, c'était déjà prévu qu'on allait sacrifier notre secteur», constate Simon Boily, agriculteur de Saint-Félicien, qui a discuté avec le député hier après-midi à Normandin, en compagnie de plusieurs autres producteurs laitiers.

L'ouverture des marchés peut sembler alléchante pour les entreprises canadiennes qui souhaitent exporter, mais l'agriculture d'ici ne peut compétitionner avec les autres pays, estime Pierre Turcotte, de Saint-Bruno.

«La panique commence à s'installer. Oui, le Canada veut avec cette entente avoir un marché de 800 millions de consommateurs. C'est bien beau tout ça. Mais dans notre pays, on n'est pas compétitif sur le marché mondial. On est dans le nord, dans le froid. Les bâtiments, le chauffage, ça coûtent cher. En Australie, par exemple, il y a des troupeaux en pâturage à l'année. Comment voulez-vous qu'on se battre contre ça?», lance-t-il, rappelant que l'agriculture canadienne est l'une des moins subventionnées au monde.

Déjà fragilisé par l'arrivée imminente de nouveaux fromages européens, le système de quotas ne survivra pas à une nouvelle ouverture du marché, croit le producteur laitier de Jonquière, Michel Potvin.

«Notre système de quotas, c'est comme un barrage. Si tu fais un trou d'un pied dedans, c'est fini. C'est ça, la gestion de l'offre. Et là, il en a fait un gros.»

«Le système de gestion c'est le plus équitable au monde. Il est basé sur la répartition de la richesse. Tous les gens qui travaillent pour nous font partie des coûts de production. C'est le système le plus juste. Donc quand je vois des gens comme Denis Lebel se fermer les yeux, je trouve ça dégueulasse. C'est incroyable de même penser enlever ou nuire à un tel système», ajoute M. Potvin, visiblement en rogne.

Non-sens

Le gouvernement conservateur rappelle depuis quelques jours son intention de conserver le système de gestion de l'offre. Un non-sens si on continue de l'ouvrir, croit Michel Potvin, estimant que les pays en négociation demanderont au minimum la même ouverture que le Canada a eue avec l'Europe.

«Le système ne pourra durer longtemps après ça. Parce que tu ne peux pas maintenir un système dans lequel tu achètes des quotas et que le prix baisse et que tu n'as pas d'augmentation de production. Si le prix est 75$ le 100 litres, on ne peut pas baisser à 60$ puis maintenir les quotas. Ça va être nous autres même qui allons demander d'enlever les quotas. Parce que tant qu'à crever, on va leur dire, "laissez nous produire"» prévoit Michel Potvin.

Certains croient qu'une ouverture des marchés ferait baisser le prix des produits. Ce qui est faux, selon Pierre Girard. Les prix pourraient même monter, selon l'agriculteur.

«Il y a des gens qui disent que le système de gestion de l'offre coûte de l'argent au consommateur. Mais dans les pays où ce système a sauté, le prix du lait n'a pas baissé. Les coûts de production, oui, mais le prix au détail a augmenté dans ces pays», donne en exemple l'agriculteur baieriverain.

Les agriculteurs ne comptent pas rester les bras croisés devant cette possibilité.

«On ne se fera pas faire le même coup qu'avec l'entente avec l'Europe. On commence par alerter les producteurs, la population. On verra par la suite quel sera notre plan», laisse tomber M. Girard.

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