C'est qui le gars du 21 Price ?

Bien des gens se demandent qui vit dans le bloc du 21 Price à Chicoutimi par... (Archives Michel Tremblay)

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Roger Blackburn
Le Quotidien

(Chicoutimi) Bien des gens se demandent qui vit dans le bloc du 21 Price à Chicoutimi par les temps qui courent.

Le gars du 21 Price a environ 50 ans. Il vit seul, car il est divorcé. Sa fille va lui dire bonjour de temps en temps. Dans sa chambre, près du lit, il y a un vieux cadran en métal qu'il remonte à la main. Il met l'alarme quand il doit se réveiller le matin, parce que parfois il a des obligations.

Il est sur le bien-être social et il fait des petites «jobines» de temps en temps. Il est alcoolique, il boit souvent, un peu plus le premier du mois. Heureusement il a le vin joyeux, c'est un gars gentil et il n'a pas un tempérament violent. Il a toujours des histoires à raconter, il a déjà été jeune et travailleur. Il a même déjà travaillé dans les chantiers hydroélectriques dans le Nord, bien avant le Plan Nord. C'est un gars fort sympathique, généreux qui prend soin des autres.

Il a déjà conduit une moto, plusieurs autos, même des décapotables. C'est un excellent pêcheur, il n'a pas une chair à moustiques, il est fait fort. L'hiver, il te prête ses mitaines quand tu es gelé des mains, lui il n'a jamais froid. Il est prêt à tout pour te faire plaisir. Il réparait les vélos de ses jeunes frères à la maison. Il a déjà sauté à l'eau pour sauver un enfant qui se noyait dans la rivière à Shipshaw.

De temps en temps il se lie d'amitié avec un nouveau locataire du 21 Price qui lui paye une bière à l'occasion. Des fois il subit une mauvaise influence. C'est sa famille qui le sort d'embarras quand il s'empêtre jusqu'au cou. La famille, ça aide toujours.

Les draps chiffonnés de son lit ne sont pas toujours propres, dans sa chambre ça sent la misère, la difficulté, la solitude, le tabac. Parfois il dort l'après-midi pour cuver son vin de la matinée. Il est heureux, il rit tout le temps, il aime la vie, il se contente de peu.

Le premier du mois, il doit la moitié de son chèque au restaurateur d'en face où il mange des hot-dogs à crédit. Avec l'autre moitié, il paye son loyer déjà en retard, achète de la bière et du tabac.

Il a de la famille dans le coin. Certains jours de semaine il rend visite à sa vieille mère qui le garde à souper et l'invite à venir plus souvent. C'est elle qui paie son compte de téléphone, elle veut être capable de lui parler et de savoir comment il va. Elle a fait bloquer les interurbains parce que ses amis locataires viennent téléphoner dans sa chambre. C'est sa vieille mère aussi qui paye le câble pour qu'il puisse écouter la télé.

Certains jours il part avec ses frères pour rénover un chalet, bâtir un camp de pêche, réparer une voiture défectueuse, peindre un appartement ou déménager un neveu. Il est capable de changer les freins d'une voiture et de réparer un carburateur de motoneige. Il sourit souvent, il exagère tout le temps, il a bon caractère, les enfants l'apprécient. Il aime les chiens, il en avait dans le temps... Dans le temps où il ne vivait pas au 21 Price...

Un jour son ardoise est pleine, rien ne va plus. La famille règle les comptes et lui trouve un appartement pour le sortir de ce milieu. Sa vieille mère lui fait porter un sac d'épicerie régulièrement. Elle sait ce qu'il ferait avec de l'argent.

Il tente quelques fois la réintégration sociale avec des projets du gouvernement, ça ne fonctionne pas. Il est courtois, poli, mais mésadapté social. Il s'est «béessisé» avec les années. Un jour, il a eu un accident cérébral vasculaire. Il est mort en novembre 2002, à l'âge de 57 ans. Le gars du 21 Price, c'était mon frère Michel, on l'aimait beaucoup malgré tout. Si la vie avait pu lui sourire autant que lui.

Lundi de la relâche

Lundi dernier, je fais mon grand discours de la relâche dans la maison. «J'espère que vous ne passerez pas la semaine dans la maison à jouer au Nintendo. J'espère que vous irez jouer dehors», que je clamais aux ados dans la chaumière.

Surprise, sur l'heure du midi, une note sur le comptoir: «Suis partie patiner à la Place du citoyen avec une amie, de retour en fin d'après-midi». Ah bon, le message a passé, que je me dis.

De retour en fin d'après-midi je m'informe de la sortie. «C'est une ''joke'' la patinoire de la Place du citoyen! Après trois tours autour du sapin de Noël, on est étourdies. Là on se dit qu'on serait aussi bien d'aller à la bibliothèque, pour passer le reste de l'après-midi. On se présente à la bibliothèque, mais la bibliothèque est fermée le lundi». Fermé le lundi de la semaine de relâche, ils font exprès, que je me dis. Pour ce qui est de la Place du citoyen, j'ai pouffé de rire. Je vous prédis que c'est le dernier hiver de cette rondelle de glace.

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