Tout le succès réside dans l'ingéniosité à «réenrichir» le territoire et les populations actuelles et futures concernées qui se verront privées à jamais de ressources utiles à leur développement. Par ailleurs, le gouvernement du Québec n'a pas à supporter le risque d'affaires des compagnies minières, car il a des responsabilités sociales et environnementales envers les collectivités et les territoires qui accueillent ces projets. C'est pourquoi un prix fixe de base à la tonne de minerai doit être déterminé afin de couvrir ces frais, auquel prix devrait s'ajouter les redevances en fonction de la profitabilité des projets.
Le Plan Nord actuel n'a pas fait l'objet d'un diagnostic de développement durable, ni d'aucune planification basée sur les principes de développement durable, contrairement à ce qu'on prétend. Le Plan Nord, dans sa forme actuelle, n'est pas un plan, c'est la continuité du passé qui consiste à céder nos ressources aux entreprises minières sur la base d'un calcul des redevances très aléatoire et incertain dépendant de la volatilité de la valeur des minerais sur les marchés et de la capacité des entreprises à déplacer leurs profits d'un pays à l'autre.
Si nos ressources non renouvelables n'ont pas encore assez de valeur pour générer une exploitation de manière à couvrir les frais environnementaux, économiques et sociaux tout en procurant une répartition équitable de la richesse avec les générations futures, c'est sans doute le signal qu'il nous faut attendre avant de disposer d'un patrimoine qui appartient à toutes nos générations futures. Quoi qu'il arrive, elles ne cesseront pas de prendre de la valeur.
En conséquence il nous faut un Plan de gestion du territoire nordique basé sur une gestion de nos ressources naturelles non renouvelables fondé sur les principes de développement durable, plus particulièrement sur ceux de précaution, de prévention et d'équité avec les générations futures. Il nous faut un plan de développement construit autour d'une gouvernance participative, du développement local et communautaire ainsi que l'équité entre les peuples. En aucun temps l'intérêt privé ne devra conduire à l'élaboration de politique publique.
Bref, un plan de développement des matières extractives non renouvelables qui repose sur une mécanique de répartition des bénéfices sur l'ensemble des populations concernées, actuelles et futures, et une dynamisation des territoires proportionnelle aux prélèvements effectués en maximisant les retombées locales entre autres par la première transformation.
Raymond Rouleau,
président de la Fondation du développement durable
Saguenay-Lac-Saint-Jean