La compassion pour les victimes nous pousse à les suivre sur des chemins tordus. Les politiciens sont rarement courageux, capables de raisonner le chagrin légitime. Ceux du Québec, unanimement, veulent restaurer le registre des armes d'épaule aboli par Stephen Harper.
Un tribunal vient de «sauver» les données du registre. Sauvetage hautement symbolique!
Heureux, parce qu'il ne permet pas au fédéral d'envoyer paître une province qui veut faire les choses autrement. Mais aussi désolant: le registre ne vaut rien. Depuis cinq ans, il n'est plus à jour et nécessitera une fortune pour le restaurer.
J'espère qu'on tiendra auparavant un débat serein, ouvert et raisonnable.
Deux registres
Ceux qui y tiennent prétendent faussement que le Québec deviendra sans lui un «far-west», où chacun risque de canarder les autres. Archifaux, crient les associations de chasseurs québécoises. Mais nul ne veut les entendre. Le Bloc québécois a refusé de les représenter lors de la création du registre. Dans les commissions parlementaires, on les programme aux heures peu propices à la couverture journalistique.
Pourtant ce système n'a empêché ni Gill, ni Bain, de déraper avec des armes légales. De plus, il existe deux autres registres qui font le même boulot.
Pour acheter une arme, il faut d'abord avoir un permis de possession/acquisition. On remet un formulaire en personne au surveillant des armes à feu de la province (la Sûreté du Québec chez nous), avec photo récente, références, et preuve que le cours de maniement a été réussi. La police enquête, vérifie les antécédents. Le permis est valide cinq ans, et lors du renouvellement, on revérifie tout. Cette étape sert à filtrer les inaptes, les dangereux. On en révoque 2000 par an, surtout dans les périodes de divorce. On en refuse 330.
En plus, les vendeurs d'armes doivent noter les coordonnées de leurs acheteurs, et les numéros des armes et munitions achetées. Il y a donc déjà deux registres que l'on peut croiser, et que nul ne remet en cause.
Le troisième n'est que dédoublement. Il a servi d'exutoire social au drame de Polytechnique et... devait permettre une taxation. L'enregistrement des voitures aussi sert à gérer les assurances, et taxer. Quand on révoque un permis de conduire au Québec, on ne saisit pas toutes les bagnoles d'une maison. Idem pour les armes à feu.
Toute une autre batterie de lois, que nul ne conteste, encadre les armes à autorisation restreinte, revolvers, pistolets, fusils automatiques, etc.
Chiffres
Les tenants du registre brandissent des chiffres: le taux de crimes par arme à feu a baissé de 40% depuis l'adoption du registre. Oui, mais cela a coïncidé avec la fin de la guerre des motards. Les statistiques mêlent tout: les fusils de chasse et les armes qu'utilisent les crapules pour s'exterminer entre elles. Et ces chiffres vont exploser avec l'actuelle guerre intestine du crime organisé. Rien à voir avec le registre. Ni avec les chasseurs.
Le registre ne coûte «que» 4 millions et demi par an à administrer, ajoute-t-on. Mais il a fallu 2 milliards de$ pour l'implanter, et Québec devra tout rebâtir.
N'investirions-nous pas mieux cet argent en distribution de barrures qui bloquent les gâchettes ou encore en santé mentale? Kimveer Gill avait consulté un CLSC, mais son esprit malade n'a pas attendu le prochain rendez-vous...
Chaque fois que je doute de ce registre, des excités m'accusent d'être à la solde du lobby des armes à feu. En réalité, comme bien des femmes, j'ai une sainte horreur des armes. Mais j'ai aussi une sainte horreur de la manipulation et du gaspillage.