Son avocat, Dominic Bouchard, croit qu'il y a un doute à ce sujet et qu'il n'a aucune conscience de ce qui s'est passé parce que, selon toute vraisemblance, il aurait été drogué à son insu dans un bar de Jonquière. S'il existe un doute, croit l'avocat, il doit bénéficier à l'accusé qui doit être acquitté de 11 chefs pour avoir tenu la police en haleine au cours de la nuit du 28 juillet.
La procureure de la Couronne, Me Marie-Josée Hamelin-Gagnon, croit plutôt que le militaire faisait la fête après avoir pris un verre avec son frère. Son taux d'alcoolémie évalué à 159 milligrammes par cent millilitres de sang pourrait expliquer son agressivité au volant.
Deux experts ont témoigné. Celui de la défense, André Robitalle, n'exclut pas la possibilité qu'un hallucinogène ou un stimulant illégal apparenté aux méthamphétamines puisse avoir été absorbé à son insu dans un des deux bars où il était encore conscient.
Le toxicologue du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale, Jacques Tremblay, est d'un avis différent: «Pas besoin d'une drogue pour avoir n'importe quel comportement», a-t-il expliqué pendant son témoignage à distance retransmis par vidéoconférence. Ce qui l'a le plus surpris, c'est le calme de l'accusé quand celui-ci a réalisé qu'il ne pourrait échapper aux policiers. André-Pierre a été coincé dans un cul-de-sac et a tenté de s'échapper en avançant et reculant à une quarantaine de reprises son véhicule. Un policier a fracassé la vitre de la porte du conducteur et l'a aspergé de poivre de Cayenne. Le militaire a changé radicalement d'attitude et a invité les policiers à ne pas y aller «trop fort» parce qu'il est du même côté qu'eux. Une fois maîtrisé, il a collaboré avec eux.
Virée
En juillet 2010, André-Pierre Côté a appris qu'il quitterait le pays en direction de l'Afghanistan. Me Bouchard a indiqué au tribunal que cette étape était souhaitée par le militaire. Il est revenu au Saguenay pour participer à un souper familial au cours duquel il n'aurait pris qu'un verre de vin. Puis, il s'est déplacé au bar du Motel Richelieu où il a consommé une bière et a échangé quelques paroles avec un groupe peu recommandable attablé un peu plus loin. Le militaire a été reconduit par son frère au bar le Campus, a retiré 200$ à un guichet automatique et consommé à nouveau. Ne rencontrant aucune connaissance, il a pris un taxi en direction du Motel Richelieu, y a passé quelques instants et s'est redéplacé, cette fois en direction de Chicoutimi. Pendant le trajet, il se serait senti comme dans un rêve et aurait perdu graduellement contact avec la réalité. Il a appris le lendemain qu'il avait volé une auto et conduit de manière dangereuse.
L'expert Tremblay croit qu'aucun de ces comportements n'est compatible avec la version du militaire parce que l'effet d'une drogue et de l'alcool se serait dissipé graduellement et non pas rapidement, d'un seul coup. Le comportement serait cependant compatible avec une intoxication moyenne à l'alcool, comme les taux le révèlent. Il ne se risque pas à d'autres hypothèses pour expliquer l'agressivité du conducteur parce que ces hypothèses relèvent plus de la psychologie que de son champ de compétence, la toxicologie.
Le juge Rosaire Larouche de la Cour du Québec a entendu en mars dernier les témoignages de l'accusé, de son frère et d'un supérieur hiérarchique du militaire, ainsi que ceux des policiers. Après avoir entendu un expert en défense, il a donné un délai à la Couronne pour produire une contre-expertise.
Le magistrat rendra son verdict le 30 novembre prochain.
Slemelin@lequotidien.com