Entente secrète

 

Denis Bouchard
Le Quotidien

En dépit de toutes les questions qu'elles peuvent soulever, les ententes secrètes existent à la tonne dans les gouvernements. Il s'agit là d'un moyen de s'assurer des investissements et de s'attacher des industries. Le secret à préserver là-dedans a trait aux clauses commerciales, une exigence suprême aux yeux des investisseurs privés.

Dans la foulée du lock-out à l'Usine Alma, une question se pose : quand cela ne fait plus l'affaire d'un groupe de personnes, peut-on exiger de rendre publiques ces ententes ou décider d'y mettre fin? C'est ce qui se passe en ce moment au Saguenay-Lac-Saint-Jean. À vouloir trop éclabousser Rio Tinto, Hydro-Québec et le gouvernement du Québec, la région risque de se retrouver avec de la boue sur ses souliers!

Confiance

Ça ne fait aucun doute que ces ententes secrètes présentent des faiblesses aux plans éthique, politique et économique et que tout réside dans la confiance placée dans les signataires, en l'occurrence le gouvernement du Québec et Rio Tinto Alcan. Pour le contribuable, il devient agaçant de savoir que plusieurs industries détiennent des ententes secrètes les liant à des gouvernements.

D'une part, il y a tout le sentiment de paranoïa, d'appréhension et de doute, au coeur des réactions, et, d'autre part, la perspective que les intérêts des contribuables soient pris en compte, au coeur des préoccupations? Ces questions demeureront toujours présentes, peu importe le type d'entente si elle est entourée d'un secret. Peut-on également concevoir que le secret industriel ou commercial revêt une importance de premier plan pour les investisseurs? Peut-on comprendre que ces derniers veulent s'assurer que la concurrence n'ait pas accès à certaines informations... même dans un conflit qui fait mal à des individus, des entreprises et à toute une région? RTA est en droit d'exiger une enquête. Il y va de sa relation avec le gouvernement du Québec et Hydro-Québec.

Est-ce que la confiance est une notion à géométrie variable? Parce qu'en 2006, au moment de l'annonce de la survie des installations du Complexe Jonquière, il s'en trouvait peu pour décrier les accords secrets, particulièrement du côté des syndicats concernés.

Petit rappel : le Complexe Jonquière ne valait pas cher, à ce moment, et l'usine Vaudreuil autant que l'usine Arvida étaient condamnées à une mort certaine. Alcan, à l'époque, qui avait analysé des scénarios d'investissements partout dans le monde, a plutôt décidé d'utiliser ses avantages au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour relancer le Complexe Jonquière en faisant de lui la plus moderne vitrine technologique de toute l'industrie. En peu de temps, le projet AP50 est devenu l'AP60 et les investissements obligatoires sont passés du simple au double, à 1,2 milliard$.

Peu de secrets

Toujours au sujet de cette annonce, dont l'entente secrète crée un scandale auprès de certains, on a aussi divulgué des informations, tels un prêt de 400 millions$ sans intérêt dont une tranche de 165 millions$ a été utilisée jusqu'à maintenant et des allègements fiscaux de l'ordre de 112 millions$. En fait, il reste peu de choses secrètes. La classification de lock-out ou de grève dans la définition de force majeure choque, certes, mais elle n'a pas encore été invoquée.

Le contrat secret se décline en 25 pages et comporte autant d'exigences que de concessions. À l'instant présent, l'entreprise qui attire le mépris de certains syndicats a dépassé la plupart de ses engagements. Certes, elle y trouve son change et n'agit pas par charité, parce que ce sont plutôt les ressources naturelles, la main d'oeuvre et bien d'autres avantages disponibles dans la région qui l'ont convaincue.

En revanche, la région en a retiré des bénéfices. Pour certains, ce n'est pas suffisant. Pourquoi ça revient dans l'actualité en pleines négociations?

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