Il faut évidemment dénoncer des conditions empruntées au tiers-monde et baliser l'espace de la sous-traitance, mais les PME méritent le soutien populaire. Elles ouvrent la voie de l'avenir. Dans l'industrie de l'aluminium, les mastodontes guerroient pour s'accaparer la meilleure part des marchés avec les armes de la technologie toujours poussée plus loin et l'énergie au meilleur prix. àç
Certes, les innovations et la robotisation grugent la main-d'oeuvre. On l'a souvent rappelé: dans les années 1950, plus de 12 000 personnes travaillaient à Arvida. Le complexe du même ensemble acheté par Rio Tinto s'étend maintenant dans toute la région, produit bien davantage, mais avec deux fois moins d'employés.
Les privilégiés...
Tout comme l'ensemble de la population, les lock-outés d'aujourd'hui déplorent que dans l'économie contemporaine, les emplois sont sacrifiés sur l'autel d'une rentabilité maximum. Le secteur public, dont les patrons-politiciens soumis aux pressions populaires, échappe à cette loi implacable. Mais quand la gérance des États devient trop gélatineuse comme en Grèce, en Italie et en Espagne, c'est la catastrophe.
La grande entreprise qui a déversé une corne d'abondance sur la région au début du siècle dernier en exploitant la forêt boréale et le potentiel énergétique, nous avait prévenus d'un réalignement majeur du système au détriment de l'emploi. C'était au Sommet économique régional de 1984.
Alcan et les papetières avaient provoqué toute une commotion en prédisant que la modernisation des usines se solderait par un plafonnement de la main-d'oeuvre. La solution s'est rapidement imposée. Il fallait construire un réseau de PME suffisamment innovatrices pour accéder aux marchés extérieurs.
L'UQAC et le Cégep de Jonquière amorcèrent le mouvement. Pierre Bouchard, le fondateur de STAS, s'y associa. Alcan apporta l'appui indispensable de la grande entreprise et finalement l'AAC, l'Association de l'aluminium du Canada, confirma l'adhésion unanime de tous les producteurs canadiens dont évidemment Alcoa-Québec. Puis Québec cautionna avec les deniers de l'État l'établissement, à Chicoutimi, d'un centre provincial de recherche et de développement de l'aluminium.
L'exception
Au terme de laborieuses négociations avec les mandarins qui n'appréciaient pas cette tentative de décentralisation, le gouvernement accepta finalement, une décennie après le mémorable Sommet de Saint-Félicien tenue en 1993, la présence chez nous du seul centre de liaison et de transfert technologique à l'extérieur de Montréal et de Québec.
Le conseil d'administration du Centre québécois de recherche et de développement sur l'aluminium (CQRDA) représente l'ensemble du Québec tout comme le comité scientifique qui évalue les demandes d'aide financière à des projets de recherche sur l'amélioration de procédés ou la conception de nouveaux produits. C'est ainsi qu'une multitude de PME de l'aluminium se sont développées partout au Québec. Dans la Vallée de l'aluminium, le mouvement génère plus de 2000 emplois.
Au cocktail-dinatoire annuel de l'AAC servi à Montréal, le 21 octobre 2010, le nouveau président Jean Simard a semé l'inquiétude en voulant étendre à tout le Québec le concept de la Vallée en la dissimulant derrière le paravent d'une grappe de l'aluminium. Le président de la Société de la Vallée de l'aluminium, Arthur Gobeil, s'y est vivement opposé. Car cette grappe de l'aluminium, elle existe déjà sous l'appellation de Trans-AL , un réseau de PME fondé par le Chicoutimien Jean Paré, mais qui est présentement présidé par Jacques Caya, le PDG des Industries Jaro de Drummondville.
Devant cette résistance des Bleuets, ces irréductibles Gaulois du Québec, Jean Simard utilise un stratagème vieux comme Machiavel et la Grèce antique. Il sème la division en opposant notamment la Vallée et le CQRDA. Il faudrait plutôt consolider le modèle dont Pierre-Karl Péladeau, le grand patron de Quebecor, a implicitement reconnu la valeur en félicitant Michel Boudreault, le PDG de Sotrem-Maltech, un fleuron de l'entrepreneurship régional, au dîner de la Chambre de commerce du Saguenay, jeudi dernier.