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Aménager la forêt en s'inspirant de la nature

Une centaine d'experts et des scientifiques sont réunis... (Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Une centaine d'experts et des scientifiques sont réunis au Saguenay cette semaine pour discuter de l'aménagement et de l'exploitation de la forêt boréale.

Le Quotidien, Jeannot Lévesque

(CHICOUTIMI) Est-il possible de procéder à l'aménagement des forêts, incluant l'exploitation, en se guidant sur les grandes perturbations naturelles qui ont de tout temps affecté la forêt boréale qui fait le tour de l'hémisphère nord et dont la principale caractéristique est son couvert de résineux.

Un peu plus d'une centaine de personnes, dont plusieurs scientifiques oeuvrant dans une multitude de disciplines, discutent pendant toute la semaine de ce sujet complexe dans le cadre de la Conférence internationale sur la dynamique des perturbations dans les forêts boréales. L'idée de départ étant d'en arriver à un aménagement forestier devant permettre de combler les besoins économiques des collectivités tout en assurant le maintien de la plus grande biodiversité possible.

Le biologiste Hubert Morin, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et spécialiste de la forêt boréale, estime qu'il s'agit d'une grande question à une époque où l'exploitation des grandes forêts commerciales est scrutée par les scientifiques. À l'autre bout de la lorgnette, indique-t-il, on croit qu'il ne faudrait pas soumettre ces écosystèmes particuliers à des perturbations qu'elles n'ont jamais connues.

« Est-ce qu'une grande coupe à blanc est une perturbation plus importante pour la forêt qu'un grand feu de forêt. La perception peut être différente pour un autochtone », illustre Hubert Morin, pour faire ressortir qu'en plus des dimensions purement scientifiques sur la biodiversité, l'aménagement forestier doit aussi tenir compte des dimensions sociales.

Il faut toutefois signaler que les grandes perturbations naturelles que sont les feux de forêt et le chablis ont aussi des impacts sur la forêt boréale. Un feu de forêt de très grande intensité peut avoir autant d'impact sur le couvert végétal que les chenilles ou les roues de la machinerie lourde servant à la récolte du bois. Dans les deux cas, la perturbation permettra l'émergence d'un arbre qui a besoin de ces conditions pour croître, comme l'épinette, alors que le sapin a besoin d'un autre type de sol.

Les chercheurs évaluent donc les différentes pratiques en fonction des milieux spécifiques. Au Québec, la cible visée correspond à la forêt préindustrielle. Il s'agit donc de la grande forêt commerciale boréale dans l'état qu'elle était il y a un peu plus de 150 ans. Selon Daniel Lord, directeur du Consortium de recherche sur la forêt boréale, il existe encore aujourd'hui des superficies forestières importantes qui sont constituées de cette forêt préindustrielle.

Les pays scandinaves ont quant à eux généré des forêts constituées de grandes plantations. Ces forêts ont permis d'atteindre de plus grands volumes de production tout en diminuant tout l'aspect de la biodiversité. La Russie compte également une forêt préindustrielle. Celle-ci permet aux Scandinaves de constater à quoi ressemblait leur forêt avant qu'elle ne soit remplacée par la forêt aménagée systématiquement.

Les pays d'Europe ont vécu une période de foresterie intensive avec une production de ressources ligneuses maximisée. Aujourd'hui, ils évaluent les avantages d'un retour vers des forêts naturelles et la présence de différentes espèces. Selon Daniel lord, il faut tenter de trouver l'équilibre entre la biodiversité de la forêt et son apport économique. Les deux ne sont pas incompatibles, selon le directeur du consortium.

Les modes de gouvernance des forêts constituent un autre enjeu important dans les pays industrialisés puisqu'ils ont un impact direct sur la façon dont la forêt est aménagée. Le Québec effectue un virage, en 2011, avec l'entrée en vigueur d'un nouveau régime forestier. À partir de cette année (des expériences ont été réalisées), les entreprises qui exploitent la forêt devront construire des modèles basés sur le principe des grandes perturbations naturelles.

« Il faut toujours rechercher à utiliser les meilleurs outils en fonction du terrain sur lequel nous nous trouvons », indique Daniel Lord.

Hubert Morin admet que la conférence qui se déroule à l'UQAC en ce moment est très loin en amont de la réalité du terrain d'aujourd'hui. Par contre, dans 10, 15 ou 25 ans, les travaux réalisés aujourd'hui par les chercheurs guideront les pratiques d'aménagement forestier.

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