Damien Robitaille: le français à défendre

Damien Robitaille a grandi dans la petite localité... (Photo: Jocelyn Michel)

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Damien Robitaille a grandi dans la petite localité de Lafontaine en Ontario. Né dans une famille bilingue, il a choisi le français comme langue d'expression artistique.

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Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Contrairement à certains francophones qui souhaitent conquérir le monde en chantant en anglais, Damien Robitaille, lui, a opté pour le français pour se distinguer, «être un peu exotique».

Élevé en Ontario par un père francophone et une mère anglophone, l'auteur-compositeur-interprète aurait pu privilégier l'anglais comme langue d'expression artistique et on ne lui en aurait pas tenu rigueur - non pas que chanter en anglais soit mal! Mais pour lui, le choix s'est imposé sans dilemme.

«C'est une question identitaire. C'est pour protéger la culture», résume le trentenaire qui a grandi à Lafontaine, une petite communauté francophone située à environ 150 kilomètres au nord de Toronto, tout près du lac Huron.

«J'ai perdu mon père à l'âge de 13 ans. Il était pour moi, dans ma famille, la présence francophone. Peut-être que je chante en français pour faire revivre mon père... Il y a une partie de ça», confie celui qui a commencé à composer des chansons à 15 ans et «plus sérieusement» à 19 ans.

«Le village où j'ai grandi, c'est comme un petit village gaulois! On est entourés d'anglais, on est noyés dans cette mer anglophone. Je suis allé à l'école en français toute ma vie sauf à l'université, et mes premières chansons, je les ai écrites en français. C'était naturel», ajoute-t-il dans des considérations plus sociales. Enfin, dans une dimension plus artistique, Damien Robitaille affirme: «J'aime faire les choses différemment. Chanter en français me permet d'être un peu exotique!»

Les concours

Le Franco-ontarien a commencé l'étude du piano classique à huit ans. Il s'est par la suite initié à la guitare, à la trompette et au violon. Après son secondaire, il s'est inscrit à l'Université Wilfrid-Laurier à Waterloo en piano classique.

En 2003, à 21 ans, il a enregistré un album de ses compositions, et a décidé de se consacrer à la chanson en laissant ses études de musique classique.

«C'est ce qui m'allumait le plus, chanter. La musique classique, j'ai aimé ça; j'ai aimé les deux années passées à l'université, mais c'était plus un passe-temps. Je n'aimais pas beaucoup le côté académique. À l'école, j'étais très distrait... Ma grande force, ma passion, c'était la chanson», raconte-t-il.

À 18 ans, il s'était présenté aux auditions du concours Ontario Pop, sans être retenu. En 2003, sa seconde participation, plus remarquée, l'a mené en finale du concours, lui accordant entre autres une bourse d'études pour l'École nationale de la chanson de Granby. Pendant son séjour de neuf mois en Montérégie, l'auteur-compositeur-interprète a pu perfectionner son art - et son français - auprès de mentors comme Robert Léger et Luc de Larochellière.

En 2004, on l'a vu et entendu aux finales des festivals de la chanson de Saint-Ambroise et de Granby. À Granby, il a remporté pas moins de six prix dont ceux des Francofolies, du ROSEQ (Réseau des organisateurs de spectacles de l'est du Québec) et du Réseau Ontario. L'année suivante, l'artiste installé à Montréal a remporté les honneurs des Francouvertes. Un premier «vrai» album (L'homme qui me ressemble) est paru en octobre 2006.

«Quand tu as le désir de faire quelque chose, tu vas trouver ton chemin. Mais c'est certain que les concours ont facilité mon cheminement. C'est comme dans le jeu vidéo Super Mario Bros, quand tu peux sauter des étapes... les concours m'ont fait sauter des étapes! Les concours ont été de bonnes expériences, ont permis une belle exposition et de me faire de bons contacts», soutient Damien Robitaille en commentant l'influence et l'importance des concours dans son parcours.

Un autre album a été réalisé en 2009 (Homme autonome) et un troisième en octobre dernier (Omniprésent). D'album en album, l'artiste a exposé une créativité qui mélange les genres pour donner une mouture unique, souvent évocatrice d'une saveur rétro et parfois teintée d'un kitsch assumé.

L'auteur-compositeur-interprète sera en spectacle le jeudi 28 février... - image 2.0

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L'auteur-compositeur-interprète sera en spectacle le jeudi 28 février à la salle Anaïs-Allard-Rousseau. Il y présentera les chansons de son troisième album, Omniprésent.

Le français sans frontières

Pour Damien Robitaille, le choix de chanter en français est lié à l'identité. À l'hommage à cette identité et à sa préservation. Même si le marché francophone peut sembler plus limité que l'anglophone, l'auteur-compositeur-interprète franco-ontarien a eu l'occasion de franchir les frontières et de partager ses chansons outre-atlantique. Dès 2006, il chantait à Paris et Douai en France, ainsi qu'à Charleroi et Spa en Belgique, entre autres.

Les années suivantes furent aussi remplies de voyages en France, en Belgique et en Suisse. À travers ses participations à divers festivals et événements, Damien Robitaille a pu découvrir des endroits allant de la capitale au petit bled, de Le Quesnoy à Genève en passant par Figeac, Montauban, Capbreton, Lausanne, Saint-Germain-en-Laye, Laval, Pully, Payerne, La Rochelle...

Le Franco-ontarien a aussi chanté en Argentine. «Mon but est d'écrire des chansons. Mais je rêve aussi des États-Unis! Même si je chante en français...», laisse-t-il entendre. Damien Robitaille a d'ailleurs pu s'initier à l'héritage canadien-français qui subsiste de l'autre côté de la frontière canadienne lors du tournage en 2012 d'un documentaire en compagnie du réalisateur Bruno Boulianne, à paraître cette année.

«C'est un documentaire qui traite de la francophonie à travers les États-Unis. On a fait un road trip de la Nouvelle-Angleterre à la Californie. Quand on pense aux francophones aux États-Unis, on pense à la Louisiane. Mais c'est plus vaste que ça. Par exemple au XIXe siècle, il y a eu un exode du Québec vers la Nouvelle-Angleterre, mais aussi vers le Michigan, et plus à l'ouest. J'ai entre autres appris que deux des premiers maires de Los Angeles étaient d'origine francophone: Prudent Beaudry et Damien Marchesseault», explique-t-il.

Aussi, chanter en français n'empêche pas de colorer les musiques de rythmes d'ailleurs. Le dernier album de Damien Robitaille porte une signature latino, pleinement endossée. Le spectacle qu'il présentera le 28 février à la salle Anaïs-Allard-Rousseau s'irisera de cet éclat, de cette chaleur qui ramène à l'exotisme qu'il évoquait lui-même en justifiant son choix de chanter en français.

«On a seulement fait deux spectacles jusqu'à maintenant (lundi passé). Le spectacle est tout frais sorti du four. On met le crèmage dessus! C'est très percussif, c'est un rythme très pétillant. J'ai un batteur et un percussionniste cubain», décrit le chanteur et musicien qui jouera de la guitare et des claviers et sera aussi accompagné par un bassiste et un autre claviériste.

La tournée s'est amorcée le 15 février à Saint-Eustache. Une douzaine de dates sont prévues avant la première montréalaise le 4 avril au Métropolis. Damien Robitaille sera à Shawinigan le 20 avril.

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