Broadway sur des Forges

Les Productions de la 42e rue ont été... (Photo: Stéphane Lessard)

Agrandir

Les Productions de la 42e rue ont été fondées par ce quatuor qui a eu la piqûre pour les comédies musicales par l'intermédiaire des comédies musicales de fin d'années présentées par le STR et le CMI. Ce sont, de gauche à droite: Guy Leclerc, Philippe Champagne, Manon Carrier et William Lévesque.

Photo: Stéphane Lessard

Partager

François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Une bulle de Broadway à Trois-Rivières. Voilà comment les membres du conseil d'administration des Productions de la 42e rue présentent leur travail. L'image est jolie mais la conviction qu'ils mettent à la défendre suggère qu'elle est également bien ancrée dans le réel.

Le groupe trifluvien se spécialise dans la présentation de comédies musicales de Broadway. Avec les moyens financiers très limités que permet notre marché mais beaucoup du talent et, surtout, une profonde passion. Les instigateurs ont tous, à l'adolescence, pris part aux comédies musicales présentées au Séminaire de Trois-Rivières et au Collège Marie-de-l'Incarnation. L'idée de former une troupe est née au lendemain de la fête qui en célébrait le 30e anniversaire alors qu'on avait monté une production avec des anciens.

«On y a goûté de nouveau et on a eu la piqûre, se rappelle Manon Carrier, coordonnatrice de la troupe. Quand on s'est retrouvés, on a tous senti profondément qu'on devait se lancer dans l'aventure d'en produire sur une base régulière. Surtout avec l'abondance de talents qu'il y a dans la région.»

Depuis leur première production, à l'été 2010, quatre autres spectacles ont vu le jour. Le groupe a adopté une approche qui consiste à présenter en hiver un collage de chansons tirées de comédies musicales et, à l'été, en monter une, intégralement.

Les 26 et 27 janvier, à 20 h et 14 h respectivement, on offrira Si Broadway m'était conté..., une revue des grandes comédies musicales. L'été prochain, ce sera Evita.

Énormes défis, on s'en doute. Pourtant, les promoteurs sont convaincus de faire honneur aux oeuvres choisies. «Personne chez nous n'est professionnel mais ça ne veut pas dire que ce ne sont pas des interprètes ou des musiciens talentueux. Ce sont souvent des gens qui ont étudié en musique mais qui n'en ont pas fait une carrière. On monte des comédies musicales par passion.»

«On n'a aucun scrupule à monter nos spectacles, clame le député fédéral Robert Aubin, qui s'adonne lui aussi à ce passe-temps pour échapper aux vicissitudes de la vie politique. Il ne fait pas de doute dans notre esprit que nos productions sont aussi fortes que des productions professionnelles de Montréal. Nous, en plus, on a un orchestre en direct avec des musiciens extraordinaires plutôt que les bandes préenregistrées. Il n'y a pas une seule de nos productions où on n'a pas eu des gens pour nous féliciter pour la qualité de l'orchestre.»

À l'intérieur de nos limites

Comme il est exclu de tenter d'imiter la démesure des productions originales, on a recours à l'évocation et on fait preuve d'imagination pour recréer les justes ambiances. «Nos artistes sont bénévoles, dit le trésorier Guy Leclerc. Quand on n'a pas de gros budgets à respecter, on peut se permettre d'aller plus loin dans l'imagination, de briser certaines barrières.»

«On connaît nos capacités en termes techniques et financiers, dit William Lévesque, président des Productions de la 42e rue. On n'essaie pas de faire ce qu'on ne peut pas faire. Notre souci premier est de conserver une haute qualité en laissant tomber le fla-fla qui n'est pas essentiel. On fait les décors que notre budget nous permet, mais jamais on ne fera de murs en carton.»

«Nous adorons les comédies musicales: on se fait plaisir et on permet aux gens d'ici d'y avoir accès pour moins du quart du prix d'un spectacle sur Broadway sans compter le voyage à New York. En plus, on les leur offre en français.»

Et comment s'y prennent-ils? «On a établi notre méthode de travail, dit Manon Carrier. Chacun des interprètes est très autonome. La plus grosse partie du boulot se fait individuellement. On choisit des gens dégourdis et passionnés. Ils investissent pratiquement tout leur temps de loisir dans ce projet-là pour leur plaisir et aussi la satisfaction d'un résultat final de qualité. Notre bassin ne se limite pas exclusivement à la Mauricie puisque plusieurs de nos artistes sont originaires d'ici mais habitent désormais hors de la région. Ils viennent aux répétitions aux deux semaines.»

«Plusieurs enseignent la musique et on leur offre l'occasion de donner libre cours à leur talent et à leur passion mais personne n'a sa chaise réservée. Pour chaque production, on procède à des auditions et on choisit les interprètes en fonction des rôles à remplir. Ce qu'on cherche d'abord et avant tout, c'est du talent. Des gens qui chantent bien, qui dansent bien et qui savent jouer, il y en a. Nous, on fixe le cadre pour qu'ils puissent le faire.»

Jusqu'ici, le public s'est montré enthousiaste. «On est encore jeune, plaide Guy Leclerc, trésorier de la troupe. Il faut se donner le temps de se faire connaître. En présentant toujours des spectacles de qualité élevée, on est en train de se créer un public qui va nous suivre pour des années à venir. Dans le futur, on pourrait penser à jouer à la salle Thompson, par exemple, mais pour l'instant, c'est encore la salle Anaïs-Allard-Rousseau qui nous convient le mieux.»

Les répétitions vont bon train en vue du... (Photo: Stéphane Lessard) - image 2.0

Agrandir

Les répétitions vont bon train en vue du spectacle Si Broadway m'était conté... des 26 et 27 janvier à la Maison de la culture. Manon Carrier sera au nombre des interprètes dans un extrait de la comédie musicale Avenue Q.

Photo: Stéphane Lessard

En affaires comme en affaires

Ce n'est pas parce qu'une comédie musicale créée sur Broadway ou dans le West End de Londres est produite par une troupe d'amateurs dans une petite salle du Québec qu'elle échappe aux règles de l'industrie. Les Productions de la

42e rue doivent payer des droits pour chaque comédie musicale qu'ils présentent.

«Il y a quelques petites boîtes qui gèrent les droits pour les ayant-droits et c'est avec eux qu'il faut négocier, explique William Lévesque. Il faut les contacter et préciser les dates de nos représentations, l'endroit, la grandeur de la salle, etc. pour calculer le montant des droits à payer. En général, ça se situe autour de 10 à 15 % de nos revenus aux guichets.»

«Dans l'ensemble des États-Unis, il se produit environ 60 000 de ces comédies musicales par année. C'est une grosse industrie et la question des droits est importante.»

«Les prix diffèrent selon les productions et pour certaines, les droits ne sont tout simplement pas disponibles. Souvent, c'est parce qu'elles en sont encore à leur première présentation sur Broadway et les droits ne deviendront disponibles que plus tard. C'est forcément un facteur qui intervient dans le choix des productions que nous montons.»

«Non seulement faut-il acheter ces droits, précise Robert Aubin, mais avec les droits viennent aussi les partitions que nous sommes tenus de respecter. Dans notre cas, comme on ne présente que des pièces en français, on traduit et on doit faire approuver la traduction. C'est assez lourd comme processus et c'est pourquoi les membres du conseil d'administration de la troupe ont une charge de travail considérable à accomplir.»

La conclusion unanime des membres de l'équipe, c'est: «Il faut vraiment aimer ça.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer