Profession: pianiste

Le pianiste Olivier Hébert-Bouchard partage son temps entre... (Photo: Émilie O'Connor)

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Le pianiste Olivier Hébert-Bouchard partage son temps entre son emploi d'accompagnateur pour les conservatoires de Montréal et Québec et son nouveau projet Plaisirs non-coupables.Détails

Photo: Émilie O'Connor

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Kim Alarie
Le Nouvelliste

Entre les études et la vie professionnelle, la marche est parfois haute. Même armé de talent et de volonté! Le pianiste Olivier Hébert-Bouchard peut en témoigner, lui qui a récemment découvert que les exigences de la «vraie vie» vont bien au-delà de l'excellence des performances et des connaissances musicales.

Revenu au bercail depuis deux ans, après avoir étudié à la Manhattan School of music à New York, le jeune pianiste s'installe dans une vie professionnelle qui lui demande, malgré son enthousiasme débordant, une certaine adaptation.

«Les études c'est une chose mais la vie, c'est autre chose. Les professeurs nous préparent du mieux qu'ils peuvent mais il y a des aspects qu'on ne peut pas aborder dans une salle de classe. Pour la préparation au niveau de l'instrument, il n'y a aucun problème mais pour obtenir un contrat, par exemple, il faut s'arranger avec ses troubles. Ce n'est pas nécessairement facile de jauger les gens et de savoir comment réagir pour décrocher l'emploi. Il ne faut pas avoir l'air stressé et gérer ses émotions. Pour moi, ça, c'était plus difficile», analyse l'ancien élève du Conservatoire de musique de Trois-Rivières.

La compétition est forte et le désir de travailler, pressant. Même quand le nouveau venu dans le milieu professionnel de la musique classique parvient à décrocher un emploi, la partie ne fait que commencer. Les contraintes sont plus exigeantes, ou à tout le moins différentes, de ce qu'il a toujours connu dans le milieu académique. Il faut livrer la marchandise mais dans des délais beaucoup plus serrés. «Au lieu de préparer un ou deux récitals par année, je dois en préparer entre 70 à 110 et ce n'est jamais les mêmes pièces! C'est parfois plus d'un par semaine», affirme celui qui a remporté une compétition internationale de piano en Espagne en décembre dernier.

Ce sentiment de manquer de temps a frappé de plein fouet le dynamique pianiste qui en est venu à questionner son avenir. «C'est un coup à prendre. Pendant quelques semaines je me suis vraiment demandé si ça allait être comme ça jusqu'à ma retraite?», ajoutant que la passion a depuis supplanté le doute.

À cet égard, l'expérience acquise dans la Grosse pomme a été des plus formatrices et pas uniquement du côté académique. Rapidement arrivé au bout de ses ressources financières, le Trifluvien ne disait jamais non à un projet qui lui permettait de gagner quelques dollars. Cette disponibilité le sortait de sa zone de confort et le préparait en douce au marché du travail.

«Pour arrondir les fins de mois, je sautais sur tous les petits emplois que je pouvais trouver sur le campus. Je faisais n'importe quoi, de l'accompagnement, de la musique de chambre, de l'improvisation, du piano d'orchestre, n'importe quoi! C'est ce qui m'a aidé à gérer ma nervosité. À force d'être pitché dans plein de situations différentes, tu finis par avoir plus d'expérience dans la manière de te préparer», explique-t-il.

Équilibre et diversité

Pour un jeune musicien de cette envergure, la stabilité est à la fois une bénédiction et un piège. Le jeune surdoué ne cache pas qu'il aime bien la sécurité financière que son emploi d'accompagnateur pour les conservatoires de Montréal et Québec lui procure. Il peut ainsi choisir des projets parallèles en faisant moins de compromis. Pour lui, tout est en fait une question d'équilibre et de diversité.

«Mes idoles pianistes, ce sont des gens qui font ce qu'ils veulent, qui ne se privent pas et qui le font très bien parce qu'ils sont passionnés. J'ai toujours voulu être comme ça. Je paniquais à l'idée d'accepter un contrat qui prenait 100 % de mon temps et je refusais parce que je ne voulais pas me restreindre à un créneau. Je l'ai parfois regretté... On peut faire ce métier en faisant plus d'argent mais ce n'est pas ce qui m'intéresse», raconte-t-il.

La tâche d'accompagnateur, aussi stable financièrement soit-elle, est parfois vue de manière négative, comme un rôle effacé et de second ordre. Olivier Hébert-Bouchard ne perçoit pas les choses de la même façon. Il y reconnaît plutôt une manière unique de transmettre son expérience à ses jeunes collègues.

«Comme pianiste accompagnateur, tu es là pour aider le produit et pas pour être en arrière et faire le truc que personne écoute. Ça servirait à rien! Même si on ne dit rien, on apporte quelque chose à l'élève, on lui permet de prendre conscience de certaines choses. C'est une question d'énergie et de volonté de partage», explique le volubile musicien.

Faire plafonner les sens

Si la musique l'habite depuis qu'il a six ans, son amour pour la bonne bouffe date de son récent passage dans la Grosse pomme.

«À New York, il fallait faire attention et acheter intelligemment. J'aime manger convenablement et ça finit par coûter cher. Et il y a un endroit merveilleux, c'est le Chinatown!» L'expérimentation était, si l'on en croit son enthousiasme à la raconter, un processus agréable qui a attisé son désir d'exotisme.

C'est en mariant ses deux passions qu'est né Plaisirs non-coupables, une série de onze concerts (un par mois, avec une pause en juillet) agrémentés de pâtisseries gastronomiques et d'une exposition en art visuel qui sera lancée le 19 janvier avec son complice Kevin Bélanger, un tubiste avec qui il partage la direction artistique du projet.

«Kevin a la volonté de faire connaître le tuba. Plaisirs non-coupables est aussi un prétexte pour faire découvrir son instrument. On voulait avoir un médium dédramatisant.»

La programmation sera très diversifiée. Chaque concert qui se tiendra dans le salon d'une maison privée du secteur Pointe-du-Lac a un thème qui oriente les choix musicaux et la carte des desserts dans laquelle les produits locaux auront une place de choix. Une soirée est même dédiée à la musique classique faite au Canada.

L'aspect convivial était très important pour celui qui s'occupera également de concocter les petits plats. Outre sa volonté de sortir des sentiers battus, il souhaite offrir au public de la région un produit différent.

«Le côté austère de la musique classique me déplaît un peu. Je ne fais pas de la musique pour me présenter avec un tuxédo sur scène et avoir l'air fendant. Je fais ça pour que les gens découvrent des choses. Je veux lancer une anecdote qui les intrigue et qui va leur donner le goût d'en connaître davantage.»

Le salon, qui peut accueillir plus d'une cinquantaine de personnes, sera agrémenté des oeuvres de Maxime Dubois pour la première portion de la saison. Les portes s'ouvrent vers 19 h 15, ce qui permettra aux visiteurs qui le souhaitent de discuter avec les musiciens et d'admirer l'exposition. Le premier concert sera présenté samedi le 19 janvier sous le thème des Viennoiseries et regroupera des oeuvres de Mozart, Beethoven, Schubert, Brahams, Strauss ainsi que Berg.

Info: lesplaisirsnoncoupables.wordpress.com

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