Un nouveau périple pour Fred Pellerin

Fred Pellerin... (Photo: Sylvain Mayer)

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Fred Pellerin

Photo: Sylvain Mayer

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François Houde
Le Nouvelliste

(Saint-Élie-de-Caxton) Lors du tournage de Babine, en 2007, Fred Pellerin avait squatté le plateau de tournage, participant à toutes les étapes de la fabrication du film. Il voulait tout savoir, être témoin de la transformation de ses mots en images. L'an dernier, pendant le tournage d'Ésimésac, il est resté à la maison. A-t-il l'impression que le film lui appartient moins?

«Non, répond-il, catégorique. J'étais moins là sur le plateau pour jouer le parasite parce que le tournage se passait plus loin, mais les rushes arrivaient à la maison aux deux jours. Pour les premiers assemblages, les bouts de musique, etc., Luc m'a tenu proche, proche. Dans le contrat, il n'y a rien qui disait qu'il devait le faire mais ça, c'est l'amitié qui le dit.»

«Moi, je suis allé là parce que c'est l'fun; je ne suis pas obligé de faire des films. Demain, si ce n'est plus drôle, je n'en ferai plus. Ce n'est pas mon objectif de faire des films. C'est venu comme un enfargement dans mon parcours. Mais là, je trippe comme un enfant. Moi, je crée des fantasmes dans la vie: j'écris des contes. Quelqu'un m'a dit: on pourrait les mettre sur un écran de 30 pieds de large et tu verrais ce que ça donne. Évidemment que j'ai dit oui à ça.»

«Dès le début, c'était clair avec Luc. Ce n'est pas parce qu'on avait fait Babine qu'il accepterait d'en faire un autre. Il voulait lire le scénario pour savoir si ça l'intéressait. Ça lui a plu mais il a voulu qu'on retravaille ensemble. On lisait 40 pages ensemble et on changeait toutes sortes de choses dans l'intrigue, dans les personnages, etc. Il me proposait des choses, je réécrivais, je le lui envoyais, etc.»

Par exemple, il y a un tournoi de dames dans le film comme il y en avait un dans le conte. On s'en souvient, il prenait beaucoup de place dans Comme une odeur de muscles. Eh bien, les deux compères ont pensé l'éliminer complètement du scénario. Sauf que sur l'ensemble du récit, ça ne fonctionnait pas comme ils le voulaient.

«On a sacrifié un autre morceau à la place, dit Fred. C'est un moment où Ésimésac soulève le village: ça c'était pas simple à filmer! Mais à chaque changement, il fallait revoir le scénario pour amener ou enlever l'élément et tester si tout le reste fonctionnait ailleurs. On fonctionnait à tâtons, finalement.»

Le propos d'abord

«Ici, raconte le raconteur, j'ai d'abord décidé d'un propos de fond, de quelque chose que je voulais dire. J'ai pris Comme une odeur de muscles et j'ai enlevé la colonne vertébrale du conte pour lui greffer celle-là à la place. Il y a donc des choses qui disparaissaient d'elles-même. Le conte original impliquait quatre trames de conte autour de l'homme fort tandis qu'ici, j'ai une seule et même trame. Dans Babine, c'était encore plusieurs petits contes mis bout à bout alors que cette fois, je tenais à ce que ce soit une seule et même histoire que j'ai nourrie avec des éléments de mon conte Comme une odeur de muscles.»

Ésimésac traite de la confrontation entre les projets collectifs et individuels. Le scénariste jette aussi quelques pépites sur le choc des générations, sur la notion du crédit, sur la pseudo-modernité confrontée aux procédés traditionnels. Mais tout se résout dans une scène finale forte et émouvante qui met en lumière la force du collectif pour changer les choses. Cela vous rappellerait-il un quelconque printemps?

«La chose étrange avec ce film, c'est qu'il a été écrit il y a quatre ans et que contrairement aux contes que je présente en spectacle, il est arrivé un moment où je ne pouvais plus le modifier. Pourtant, aujourd'hui, le lien avec l'actualité est évident et c'est ce dont tout le monde me parle alors que ce n'était même pas mon propos en 2004 quand je l'ai écrit.»

«Je ne suis pas habitué de faire de la prémonition: c'est un nouvel artisanat que je développe. Ma critique de fond portait sur l'élaboration d'un système social basé sur la piastre et l'illusion de la piastre et non pas sur les bouleversements sociaux. C'est un peu freakant. Il va falloir que je retourne lire ce que j'ai écrit voir si je n'aurais pas écrit d'autres prémonitions sans le savoir.»

Le plus troublant, c'est qu'au moment de présenter son scénario aux organismes subventionnaires, les jurys étaient inquiets qu'il s'agisse d'un film historique et Fred a dû se débattre pour les convaincre de la pertinence actuelle de son sujet. Sans savoir à quel point il avait raison. «Il est même question d'enveloppes brunes dans le film! Il y a une série de coïncidences étranges, je trouve.»

«Je m'aperçois donc que le film me permet de dire ce que j'ai à dire mais il me fait aussi dire des choses que je ne cherchais pas à dire. Si je voulais écrire ce que j'ai à dire aujourd'hui sur ce qui se passe dans l'actualité, j'écrirais De peigne et de misère, ce que j'ai fait.»

«Je suis très content de ce choix-là»

Entre Babine et Ésimésac, il y a quatre ans, mais il y a surtout deux visions cinématographiques. Il y a un passage de l'intérieur des studios aux vastes extérieurs de Harrington, dans les Laurentides, avec un village de cabanes grandeur nature. «Je suis très content de ce choix-là, dit le scénariste. Ça fait deux films très différents mais je trouve que la dose de vérité qu'il a ajouté, Picard, ça donne de la force au film. La saleté, la poussière, la profondeur dans l'image qui permet de voir un nuage au loin, c'est très efficace.»

«On avait deux scénarios possibles concernant les jardins que cultivent les personnages du film: ou bien ils vivraient une sécheresse, ou bien il y aurait des inondations, selon la température pendant le tournage. On a eu une sécheresse et ça rentrait parfaitement dans le scénario qu'on avait en mains. S'il s'était mis à pleuvoir, il nous aurait fallu plancher une couple de nuits pour ajuster les affaires mais ça aurait marché aussi.»

«Luc m'a toujours consulté directement pour un paquet de petits détails. Je me souviens que la script-éditeuse m'a appelé à un moment donné pour s'assurer d'une prononciation de mots: elle voulait savoir si les comédiens devaient prononcer «Qu'ils communizent» ou «Qu'ils communissent».

À un autre moment, alors qu'on appelle le forgeron Riopel «Forgeron» tout le long du film, il y a une scène où Luc décide que son personnage doit l'appeler par son prénom. Il aurait bien pu l'appeler n'importe comment mais il a préféré m'appeler, en plein milieu de la scène, pour me le demander. Le vrai forgeron s'appelait Arsène alors, ç'a été Arsène.»

«Ça a l'air de rien mais ça témoigne de beaucoup. Parce que Luc, il sait que le Caxton, pour moi, ce n'est pas un film: c'est un grand projet. Et que ces choses-là sont parties importantes de la solidité du tout: chaque conte, chaque film, s'inscrit à l'intérieur de mon grand projet.»

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