«Les thèmes sont toujours les mêmes, je suis fidèle à moi-même», concède l'auteur-compositeur-interprète louisianais, résumant ainsi la cohérence de ses préoccupations, des messages qu'il livre et des causes pour lesquelles il milite depuis des décennies.
L'enjeu de l'identité culturelle n'est jamais bien loin dans le discours de Zachary Richard. Si on ne l'aborde pas soi-même comme item de discussion, son spectre émerge en filigrane plus ou moins foncé dans les réflexions de cet ambassadeur de la culture francophone en territoire minoritaire.
Descendant des générations d'Acadiens chassés des actuelles maritimes par les Anglais en 1755, le diplômé en histoire de l'Université Tulane de la Nouvelle-Orléans a à coeur la défense de son héritage cadien.
Cette sensibilité nourrit ses prises de positions sur des sujets d'actualité qui se déploient ici, au Québec, sa terre d'adoption à temps partiel depuis le milieu des années 1970.
Depuis 2002, Zachary Richard tient un blogue sur lequel il partage ses réflexions et promeut ses idéaux écologiques ou politiques. Le 5 septembre dernier, il publiait un billet sur l'issue de la soirée électorale québécoise au Métropolis alors que la première ministre fraîchement élue prononçait son discours.
«J'ai été extrêmement bouleversé par l'idée qu'on pouvait en arriver à haïr à cause de la langue qu'on parle. Je trouve ça extrêmement dérangeant, surtout à un moment où Montréal s'anglicise davantage. Je trouve ça troublant et provocant, et ça m'inspire encore la résistance. Nous, les francophones hors Québec en Amérique, nous avons l'habitude de se faire marcher sur les pieds. Au Québec, les gens ont le luxe d'imaginer un abri permanent contre l'assimilation. Ça vient vite, l'assimilation», explique-t-il au bout du fil, pour ajouter à l'indignation déjà exprimée sur son blogue.
L'identité québécoise a aussi fait l'objet d'un de ses écrits en juin, à la veille de la fête nationale. Les manifestations étudiantes à Montréal ont également été commentées par l'artiste et militant au début de juin, dans un texte dans lequel il écrit «mon Québec». «Un de mes dadas est d'essayer d'embêter Monsanto aussi!», ajoute l'homme de 62 ans en faisant allusion à ses nombreux écrits dénonçant les pratiques de l'entreprise américaine spécialisée en biotechnologies, qui produit notamment des pesticides contestés et met de l'avant des organismes génétiquement modifiés.
«Oui, j'ai des opinions. Je suis assez content de les avoir, alors il est important de les défendre», soutient l'écologiste qui vit sur une terre boisée de quelque 600 arbres près de Lafayette. Mais outre l'aspect véhicule d'opinion, le blogue de Zachary Richard lui permet de perfectionner son français, dans un esprit logique avec son combat pour la survie de cette langue, la maternelle et unique de ses grands-parents.
«Le blogue a commencé avec l'idée d'améliorer mon français. Je suis ''victime'' de la syntaxe anglaise, qui était la langue de mon éducation. Je suis très bilingue depuis toujours, mais avec une maîtrise plus évidente de la langue anglaise. Je ne manque pas une occasion de la parfaire. C'est un beau défi, une belle langue, avec des possibilités de subtilités pas accessibles en anglais», note l'Américain qui s'est établi une première fois au Québec au milieu des années 1970 avant de retourner en Lousiane en 1981 et de revenir de nombreuses fois pour des séjours plus ou moins prolongés.
Zachary Richard multiplie les canaux via lesquels il peut promouvoir la langue de ses ancêtres et son combat contre l'assimilation. Il a notamment fondé l'Action cadienne en 1996, une organisation vouée à la valorisation de la langue française et de la culture cadienne en Lousiane. Il a aussi collaboré à la rédaction de L'histoire des Acadiennes et des Acadiens de la Louisiane, un livre récemment publié et dédié aux élèves en immersion française.
L'artiste aux multiples facettes a par ailleurs agi soit comme producteur, compositeur ou narrateur de plusieurs documentaires traitant tantôt de la diaspora acadienne, tantôt de la migration aviaire en Amérique du Nord. Il a aussi fondé Gulf Aid Acadiana en réaction à la marée noire qui a souillé le Golfe du Mexique en 2010, et avait auparavant créé Solidarité Louisiane en soutien aux musiciens affectés par les ouragans de 2005.
Zachary Richard a nommé son 20e album Le fou. Cette troisième chanson du disque fait référence au fou de bassan, le premier oiseau à avoir été «secouru» de la marée noire causée par le bris d'un puits de forage dans le golfe du Mexique en 2010. Son texte nomme entre autres Jacques Cartier, l'île Bonaventure, ainsi que les golfes du Saint-Laurent et du Mexique. Cette chanson à elle seule révèle les préoccupations, les combats et aussi l'appartenance culturelle métissée de ce Louisianais aussi artiste que militant.
L'auteur-compositeur-interprète ouvre son nouvel opus avec Laisse le vent souffler, qui évoque explicitement les ouragans ayant frappé son État natal, mais qui illustre par ailleurs le concept de la résistance à travers ce citoyen qui refuse de quitter sa maison malgré les ordres d'évacuation. La ballade de Jean Saint Malo porte aussi les couleurs de la Louisiane en faisant référence aux marrons, ces esclaves en fuite dans la Louisiane coloniale. Chef d'une révolte espagnole, Jean Saint Malo intervenait pour forcer la libération des esclave des plantations et a dirigé une communauté de marrons sur les rives du lac Borgne avant d'être pendu en 1784.
Une autre chanson mérite qu'on s'y attarde, Orignal ou Caribou, coécrite avec son petit-fils Émile Cullin et Florent Vollant. Oui, son petit-fils de 12 ans, le fils de sa fille Sarah avec lequel il prépare un album. «Voir le style de mon panache/Et la couleur de mes yeux/Pour savoir mon territoire/Et comprendre mon voeu», concluent les vers de cet autre hymne qui parle aussi d'identité.
L'album Le fou a été coréalisé par Nicolas Petrowski et Zachary Richard et enregistré à Montréal, Lafayette et la Nouvelle-Orléans. «Tout est assez évident dans la musique. Tout est assez simple. Avec Nicolas Petrowski, on a fait un choix très réfléchi pour aller vers la simplicité. On a voulu créer des atmosphères accessibles, vraies, sincères, de tendance acoustique. On a cherché à mettre les chansons en valeur. On avait commencé avec 26 chansons, pour en arriver à 13», décrit celui qui a entrepris une tournée québécoise jeudi à l'Assomption.
Vingt-trois spectacles sont à l'horaire du chanteur jusqu'au 30 novembre. Il s'arrêtera à la salle J.-Antonio-Thompson de Trois-Rivières le 28 octobre et au Centre des arts de Shawinigan le 15 novembre. «Je chante comme je respire. Arrêter de chanter serait comme arrêter de respirer. Ce serait embêtant...!», commente l'homme qui a subi un accident vasculaire cérébral à l'automne 2010.