À cette époque, il était toutefois loin de s'imaginer qu'il écrirait un jour pour plusieurs humoristes du Québec, encore moins qu'il cosignerait une série télé, comme il le proposera cet automne à TVA avec la comédie dramatique Un sur 2, mettant en vedette Céline Bonnier et Claude Legault.
Ce Trifluvien d'origine est le scripteur qui a tour à tour mis des gags dans la bouche des Claudine Mercier, Laurent Paquin et Les mecs comiques, entre autres, ou qui a prêté son imaginaire aux textes de Bob Gratton, ma vie, my life, Et Dieu créa Laflaque, 3 fois rien, Fun noir et Histoire de filles, pour ne nommer qu'eux. Jusqu'à tout récemment, il était le script-éditeur de l'émission radiophonique À la semaine prochaine sur les ondes de Radio-Canada.
Avec le recul, il est conscient qu'il lui aura fallu monter les marches une par une pour arriver aujourd'hui à vivre d'un métier dont il n'aurait même jamais osé rêver il y a une vingtaine d'années. Et pourtant, cette orientation vers l'écriture était passablement floue au départ dans sa ligne de mire, voire inexistante.
En quittant Trois-Rivières pour Montréal, il a plutôt étudié pour devenir animateur à la radio, une avenue qu'il a abandonnée mais qui a eu l'avantage de le diriger vers un cours d'écriture humoristique avec François Avard. C'est ce dernier qui lui a vivement suggéré de s'inscrire à l'École nationale de l'humour à temps plein, ce qu'il a fait, avec pour résultat que l'élève a commencé à écrire pour l'émission L'Écuyer avant même d'avoir terminé son cours.
«C'est ce qui a déclenché tout le reste», observe Daniel Chiasson. Parmi ses premiers contrats, il a écrit pour Claudine Mercier, qui a récolté cette année-là le Félix du spectacle de l'année en humour. «Ça n'a jamais lâché par la suite en humour.»
Or les choses semblent prendre un nouveau virage ces dernières années, si bien que la dramatique prend de plus en plus de place au chapitre de ses intérêts. L'humour demeure, mais davantage comme assaisonnement pour épicer une comédie dramatique comme Un sur 2, qu'il a écrite avec son fidèle complice à l'écriture Donald Bouthillette.
Il y a des années que le tandem Chiasson-Bouthillette tente de faire passer l'un de ses projets au petit écran. Cette fois, ce sont les producteurs Anne Boyer et Michel D'Astous (auteurs de Yamaska, Le gentleman, etc.) qui ont adopté le travail des deux scénaristes.
«C'est un bonheur de travailler avec eux. Ce sont de bons auteurs avec des réflexes d'artistes. Leur accueil a été génial et à partir de ce moment-là, les choses ont déboulé.»
Ce sont eux qui ont recruté Claude Legault à la distribution. «Anne Boyer nous a sorti ce nom de son chapeau... Ça, ça a été un gros accélérateur». Et c'est Claude Legault qui a proposé Céline Bonnier, avec qui il avait joué dans le film French Kiss. Daniel Chiasson a eu l'occasion de voir le résultat sur le plateau de tournage et a été épaté par la chimie de ce duo.
Lors de la lecture des textes par les comédiens, Daniel Chiasson a enfin vu son imaginaire prendre vie. Aujourd'hui, il se croise les doigts pour avoir la chance de continuer dans cette voie. «De plus en plus, je m'en vais vers les dramatiques et mes propres projets. C'est là où je me retrouve le plus», dit-il. «Quand tu commences dans le métier, c'est ce à quoi tu rêves. Mais ce qui m'a aidé à avancer, dans le fond, c'est de ne pas trop rêver et de me concentrer sur ce que j'avais à faire.»
Il a beau savoir qu'il ne retournera jamais enseigner devant une classe, s'il avait une dernière consigne à donner aux jeunes, «je ne leur dirais pas des phrases du genre: croyez en vos rêves. Je leur dirais: Travaillez...»
Au jour de l'entrevue, Daniel Chiasson avait visionné les trois premiers épisodes de sa série Un sur 2 et était drôlement heureux du résultat. L'idée de départ était pourtant tout autre.
Donald Bouthillette et Daniel Chiasson avaient d'abord écrit sur les réseaux de rencontre d'aujourd'hui et proposaient plusieurs personnages qui finissaient par se croiser à la manière d'un film chorale.
Au fil de la série, l'histoire a toutefois pris une autre tangente pour cibler spécialement sur Michel et Luce (Claude Legault et Céline Bonnier), un couple dans la quarantaine qui éclatera lorsque Michel commettra la gaffe. Après avoir brisé son couple pour aller roucouler pendant trois mois avec une autre, il tentera de retrouver sa place auprès de Luce, convaincu désormais qu'elle est bel et bien la femme de sa vie. Mais les choses ne seront pas si simples.
Dès le 25 septembre, on aura droit à dix épisodes de 30 minutes mais à ce jour, le tandem est déjà à l'écriture des 20 autres demi-heures qui prendront l'antenne à l'automne et à l'hiver 2013-2014 si leur série plaît aux téléspectateurs de TVA.
Le public se questionnera à savoir si Michel et Luce redeviendront un couple digne de ce nom un jour, une réponse que même les deux auteurs ignorent actuellement. «On souhaite tous qu'ils reviennent ensemble mais comme auteur, il faut que tu puisses suivre le courant...» Or voilà, il peut arriver bien des revirements en cours d'écriture.
À ce jour, Daniel Chiasson connaît un certain trac. «J'aimerais bien pouvoir dire: voilà, c'est ce que j'ai à vous offrir, mais dans la vraie vie, je souhaite quand même que ce soit un succès, ne serait-ce que pour pouvoir continuer. Parce qu'on a beaucoup d'autres idées de projets...»
Écrire en tandem
Donald Bouthillette et Daniel Chiasson se sont rencontrés à l'École nationale de l'humour, se sont retrouvés sur l'écriture de Fun noir, et ne se sont pas vraiment quitter par la suite. Plus qu'une histoire d'amitié, Chiasson parle plutôt d'une importante complémentarité. «Donald a un talent naturel comique alors que moi, j'ai plus de structure et je dois travailler plus fort.»
Leur travail en commun se fait pour le synopsis et le «scène à scène» après quoi ils se partageront la tâche pour créer les dialogues chacun de leur côté. L'un prend les scènes paires, l'autre les impaires. Pas de chicane. Cette façon de faire peut se réaliser du fait qu'ils connaissent tellement leurs personnages rendus là, qu'ils vont savoir comment les faire réagir. «Même que des fois, on ne se souvient même pas qui a écrit quoi.»
Daniel Chiasson adore l'écriture en tandem. «On lance une étincelle de départ et on attend de voir si le feu prend. À deux, il se passe de quoi, c'est plus que ''1 + 1'' en écriture.» Mais encore. «Quand je travaillais seul, j'étais obsédé par mes projets alors qu'à deux, je peux mettre le bouton à off. Depuis que j'écris avec lui je me repose, ça vaut bien 50 % de la paye!», rigole-t-il.