En fait, il est un féru d'histoire, tout comme il était, enfant, un passionné de chevaliers et de forteresses en jouets légos, ou qu'il était, adolescent, un expert du jeu Donjons et Dragons. C'est d'ailleurs au fil de sa maîtrise en histoire médiévale qu'il a amorcé une trilogie dont le troisième tome est sorti en mai aux Éditions Joey Cornu, sous le titre Sombre héritage.
Avec les deux premiers volumes (Les Exaltés en 2009 et Abîmes et souffrances en 2010), Gabriel Thériault signe ici une trilogie qui remonte le temps jusqu'en 1080 et qui fait le récit des difficultés à accéder à la paix à l'époque de la chevalerie.
C'est au cours de ses études universitaires qu'il a entrepris cette épopée d'écriture. «À la maîtrise, je voyais bien que les gens ne s'intéressaient pas à cette époque. Je me suis demandé comment je pourrais passer ce savoir en le rendant plus attrayant et je me suis fait prendre par le récit», relate-t-il. «La maîtrise équivaut à deux années de vocation de moine alors il faut être passionné par son sujet!»
Et passionné, il l'est. À preuve, il a fait deux années de latin pour arrimer ses connaissances avec l'époque qu'il désirait visiter, le XIe siècle étant une période très peu documentée, sinon décrite par le clergé et donc en latin, précise l'auteur.
Gabriel Thériault a toujours écrit, même s'il n'a jamais suivi de cours en littérature. Une situation qui ne l'a pas empêché de se mériter une bourse de la relève du Conseil des arts et des lettres du Québec en 2009 pour son roman Les exaltés, de rafler le Prix Gal'Art de la relève professionnelle de l'organisme Culture Centre du Québec pour Abîmes et souffrances en 2010, et de se retrouver finaliste au Prix des Nouvelles voix de la littérature en 2012. «J'étais maître de jeu à Donjons et Dragons. Le jeu de rôle a été l'école de l'imaginaire pour moi», dit-il.
En littérature, il a d'ailleurs voulu insuffler à son oeuvre tous les détails du quotidien de cette époque, palliant le manque de documentation par ses recherches en archéologie, par ses lectures, par une bonne dose de déduction, et par intuition. «J'ai un souci du détail qui est un peu maladif, parfois», avoue-t-il. «Quand on est historien, on a l'obsession de la vérité, contrairement à la fiction, qui offre la liberté pure.»
Grand amateur de romans historiques, Thériault a voulu éviter le piège de plusieurs auteurs qui ont parfois tendance à faire réfléchir leurs personnages avec la mentalité d'aujourd'hui, sans se soucier de la manière de penser qui existait au XIe siècle. «Le rôle de l'historien, c'est de s'imprégner de l'atmosphère mentale du temps pour construire ses personnages et élaborer leurs portraits psychologiques.»
Ceci dit, au-delà de ces passions, Gabriel Thériault a aussi été influencé par le suicide de son grand ami. «Ça a été la bougie d'allumage dans l'urgence d'agir. Je me suis rendu compte qu'on a juste une vie à vivre.»
Son premier tome est d'ailleurs dédié à ce jeune homme, «tombé au champ d'honneur». «Mon épisode de deuil a été sublimé par l'écriture. Mes romans sont assez thérapeutiques d'ailleurs. Toute ma révolte et mes bouillonnements intérieurs y passent. C'est ma façon de transformer une énergie noire en quelque chose de positif.»
Évidemment, les conflits sont au premier plan de ses romans. «J'ai toujours aimé les guerres. Ce sont des moments de démesure qui mettent à nu la nature humaine», observe-t-il. «Il y a le mieux, incarné par les héros, et le mauvais, incarné par les barbares. Et comme dans toutes les catastrophes, il y a aussi bien des élans de solidarité que des gens qui veulent en profiter.»
Dans ses romans, l'auteur visite nécessairement les ramifications de la violence, avec certains passages plus glauques. Même que pour quelques scènes de torture, «je me demandais comment ça se faisait que je pouvais m'imaginer ça, moi...», sourit-il.
L'auteur a réalisé toutefois qu'il n'aime résolument pas le manichéisme, préférant donner un sens aux «méchants», quitte à entraîner le lecteur à verser de leur côté parfois. «J'aime bien jouer avec ça.»
Et son terrain de jeu est vaste, si bien que même si sa trilogie est bouclée désormais, il ne lâche pas la plume.
«J'ai de la matière pour poursuivre un long bout. Je viens de terminer le premier jet de mon quatrième...»
Une saga féodale de plus de 1200 pages
Les férus d'histoire sont généreusement servis par les trois romans de Gabriel Thériault. Ils ont 1219 pages pour se plonger dans une imposante saga féodale en visitant l'univers du jeune moine Rainaut, qui ambitionnera de mettre fin à une importante guerre de pouvoir entre les seigneurs Rochefort et d'Âpremont.
C'est que dans cette lutte à finir, les hommes de l'un saccagent les moissons et les villages de l'autre, au nom du droit féodal, et ce, sans considération pour le peuple, qui se retrouve d'ailleurs bien mal protégé par l'Église. Au menu, on se retrouvera du coup au coeur des assauts, de la vengeance, des désirs d'emprise, de trahisons, de résistance et des grandes difficultés de ceux qui aspirent à la paix.
Depuis 2009, l'auteur ne compte plus les heures qu'il a passées pour construire cette saga, par soirs et fins de semaine, au-delà de son horaire de travail régulier à titre de professionnel de la recherche à l'Université Laval.
Rien toutefois pour l'empêcher de poursuivre l'écriture, de multiplier les projets de romans, et même de se plier au passage aux doléances de certaines. Dans le quatrième tome qui transportera ses lecteurs trois ans après sa trilogie, Gabriel Thériault abordera cette fois des intrigues politiques, et même amoureuses.
Ses amies se plaignaient de ne retrouver aucune fille dans ses bouquins. «Je suis dans une société foncièrement masculine», plaide-t-il. Mais bon. «Dans le quatrième, on aura la femme d'un de mes personnages principaux.»
Mais encore, il travaille présentement sur un roman contemporain, une histoire de déboires amoureux d'un trentenaire. Or si ce sujet est souvent abordé ces temps-ci dans la littérature, il entend bien offrir une approche différente, en écrivant sa fausse autobiographie, dit-il. «Mais j'ai aussi un projet qui tourne autour de la Deuxième Guerre mondiale.»
Gabriel Thériault prendra le temps qu'il faudra pour mettre à terme ses projets. À preuve, le jeune homme a essuyé une vingtaine de refus des maisons d'édition avant de pouvoir donner vie à sa trilogie. «Je suis un gars assez orgueilleux et têtu. Je me relève tout le temps.» Et il surveille. «Les créateurs, on est des éponges. On s'inspire de tout ce qui stimule notre imaginaire.»