Margie Gillis: danser d'abord pour la condition humaine

Figure de proue de la danse contemporaine sur... (Photo: Michael Slobodian)

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Figure de proue de la danse contemporaine sur la scène internationale, la danseuse et chorégraphe Margie Gillis a créé plus d'une centaine d'oeuvres au fil de sa carrière. À Trois-Rivières, elle présentera deux courtes pièces, dont une quasi inédite.

Photo: Michael Slobodian

Linda Corbo

Linda Corbo
Le Nouvelliste

La grande dame de la danse s'amènera cette semaine à Trois-Rivières. Margie Gillis sera sur scène aux trois galas du Festival international Danse Encore, jeudi, vendredi et samedi soirs, trois rendez-vous qu'elle honorera avec deux courtes pièces, la première sur une musique de Leonard Cohen et la seconde sur les notes de Haendel et la voix de la soprano Suzie LeBlanc.

Elle qui a foulé les planches de la salle J.-Antonio-Thompson à au moins trois reprises au fil de sa longue carrière, elle participera pour la première fois au FiDE. «C'est un festival dont j'ai souvent entendu parler, que je ne connais pas très bien personnellement mais chaque fois que je vais à Trois-Rivières, je suis heureuse d'être dans une ville qui aime la poésie et la littérature. C'est dans la sensibilité des gens», dit-elle.

Margie Gillis se réjouit d'ailleurs d'y demeurer trois jours cette fois, et se promet bien de profiter de l'ambiance qui tourbillonnera autour de la danse. D'ailleurs dans sa propre création, la chorégraphe dit retrouver un brin de poésie. «Je crée de toutes petites pièces, comme des poèmes. Je suis plus poète que romancière en fait», sourit-elle. «Mais même quand je fais des pièces plus longues, je veux toujours que ce soit aussi solide que de la poésie...»

La première pièce qu'elle présentera fera honneur à la chanson Suzanne, de Leonard Cohen. Cette pièce, elle ne l'a interprétée qu'une seule fois pour le bien d'une émission de télévision en compagnie de Jorane, dont elle a emprunté la voix et le violoncelle. «Je ne l'ai jamais fait devant un public. C'est tout nouveau et c'est une pièce très poétique», commente Mme Gillis. «C'est la sensualité de la vie et de cette femme (dont parle la chanson) et c'est quelque chose de sauvage.»

Margie Gillis considère qu'on n'a pas besoin d'habiter une région isolée et rude pour avoir besoin de ce «souffle sauvage». «C'est un gros besoin pour mordre dans la vie. L'intelligence, le coeur et le corps sont tous des éléments dont on a besoin pour découvrir le monde. Personnellement, j'aime beaucoup l'intelligence mais ce n'est pas assez.»

La deuxième pièce s'intitule pour sa part Complex simplicity of love. «C'est une chanson d'amour et de liberté du coeur. Un triomphe sur la tristesse», dit-elle. «J'aime beaucoup les points de transformation émotionnelle. Ce qui m'intéresse le plus dans la danse, c'est de me retrouver aux sources d'une énergie qui nous transforme et qui nous guérit.» Avec cette pièce, elle a constitué un duo pour un, qu'elle danse avec elle-même.

La condition humaine avant tout

Margie Gillis aura 59 ans dans deux mois et elle danse encore et toujours. D'aussi loin qu'elle se rappelle, elle a toujours dansé pour comprendre le monde, pour se comprendre elle-même, et pour sonder tous les angles de la condition humaine, qu'elle place au tout premier chapitre de ses priorités.

Au fil des ans, l'artiste a tour à tour prêté sa voix et ses énergies à Greenpeace, Oxfam, Planned Parenthood Foundation (organisme pro-choix) et à la lutte contre le sida, entre autres. Bref les causes, ça lui connaît. Aujourd'hui, tout comme elle est sensible aux discours qui proviennent d'Occupy Wall Street jusqu'à explorer le thème de l'équité des marchés financiers dans la danse, la Montréalaise regarde avec intérêt ce qui se passe au sein de sa ville et au Québec.

«En ce moment, on se questionne sur quelle sorte de société on veut et moi, j'aime ça. Il faut que cette question soit présente pour avoir une société vivante», note-t-elle.

Si elle n'est pas dans la rue actuellement, c'est qu'elle n'aime pas la violence qui s'y est retrouvée et pour le côté légal qu'elle ne veut pas enfreindre. Elle préfère encore danser. «J'ai commencé à créer une petite danse, une improvisation avec un carré rouge sur mon plancher.» Elle ne sait pas encore si elle l'offrira à un public un jour mais ce n'est certes pas exclu.

Le mouvement toujours

Cette pionnière de la danse contemporaine a multiplié les blessures, a usé ses genoux à danser sur des planchers de ciment, rien toutefois pour ne pas poursuivre son art. «C'est l'humanité dans le mouvement qui m'intéresse et je suis très curieuse du corps quand il vieillit», dit-elle.

Sa mère est une ancienne athlète olympique de ski qui a aujourd'hui 90 ans et qui ne fait que commencer à «changer ses intérêts», dit-elle dans un éclat de rire. «Elle est formidable...»

Margie Gillis exerce son corps pratiquement tous les jours avec des techniques diverses, du yoga jusqu'au Pilates en passant par le «continuum», un mouvement minuscule qui va de pair avec la méditation. Son art s'étend désormais à toutes les vertus qu'elle recèle, incluant la résolution de conflit par le mouvement, qui fera l'objet d'un livre publié cet automne et dont elle signe deux chapitres.

À l'approche de la soixantaine, elle continue à danser ici et là, à dispenser son art à la réputée Juilliard School de New York et à sonder dans les mouvements toutes les ramifications de l'âme humaine, pierre angulaire de son art.

Un an après l'entrevue de malheur

Margie Gillis compte plus d'une centaine d'oeuvres à son actif, qu'elle a créées et interprétées. Elle a partagé son art en Asie, en Inde, en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique du nord et en Amérique du sud. Elle est la première Occidentale à avoir introduit la danse moderne en Chine en 1979, après la révolution culturelle. Elle est une pionnière de la danse contemporaine, bref une sommité dans son domaine.

C'est dire à quel point les gens qui étaient le moindrement conscients de son apport à la danse et aux arts en général ont été outrés lorsque, sur la chaîne d'information Sun News, la journaliste Krista Erickson s'est livrée à une entrevue malheureuse avec Margie Gillis l'an dernier.

Dans cette entrevue, l'animatrice ridiculisait sa gestuelle et critiquait le fait que la dame de la danse ait récolté des bourses décernées par le gouvernement fédéral. Le tout avait d'ailleurs été réalisé avec une arrogance qui a fait le tour de la planète et qui avait valu plus de 6600 plaintes au CRTC.

La chose se passait le 1er juin 2011. Un an plus tard, Margie Gillis voit avec le recul de quelle manière cette entrevue l'a propulsée sur la scène politique. Ce qu'elle retient toutefois, c'est la somme des messages qu'elle a reçus, des appuis qui lui sont parvenus du monde entier et pas que des gens interpellés par le milieu des arts, mais de tous les milieux, comme en font foi certains messages de la part de soldats.

«Ce que je retiens c'est qu'au Canada, on a des différences mais on veut trouver une façon d'avoir des idées différentes dans le respect», dit-elle. «Je ne savais pas, avant l'entrevue, que je serais attaquée. Depuis un an, j'ai fait beaucoup de réflexions.»

Margie Gillis a été prise de court. «Je suis plus confortable sur une scène», sourit-elle. «Je n'aime pas beaucoup être en avant, j'aime mieux être au milieu... Mais plusieurs fois dans ma vie, j'ai été dans cette position et il faut avoir le courage d'y faire face. Je pense que cette histoire, ça a été un cadeau.»

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