Musée des Abénakis: la mosaïque de nos ancêtres

L'Ontarienne Esther Bryan est à l'origine de l'immense... (Photo: Stéphane Lessard)

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L'Ontarienne Esther Bryan est à l'origine de l'immense mosaïque qui réunit 263 losanges cousus les uns aux autres.

Photo: Stéphane Lessard

François Houde

François Houde
Le Nouvelliste

(Odanak) Avec un père d'origine slovaque, une mère américaine et elle qui est née en France mais a vécu dans de nombreuses villes dont Trois-Rivières, il est assez normal qu'Esther Bryan soit préoccupée par les notions d'identité. L'Ontarienne aurait pu en traiter dans sa production personnelle de peintre mais elle a plutôt choisi un projet énorme et magnifique qui couvre présentement les murs de la grande salle d'exposition du Musée des Abénakis d'Odanak.

Fibres du monde a pris six ans et demi à se réaliser Cette seule oeuvre a mis à contribution des centaines de personnes sans le moindre sou de subvention pour assurer sa création. Que du coeur, un appel des racines en chacun et toutes sortes de tissus. L'oeuvre est une immense mosaïque de 36 mètres de longueur qui réunit 263 losanges cousus les uns aux autres. Chaque losange représente une des 192 nations du monde qui était représentée au Canada le 1er janvier 2000 et 69 peuples Inuit, Métis et des Premières nations canadiennes.

Or, chacun de ces losanges de textile a été réalisé par un membre de ces communautés avec pour seul paramètre de respecter une grandeur et une forme bien définie d'avance. La mosaïque complétée représente, en quelque sorte, l'arbre généalogique du Canada avec les nations autochtones sur la première rangée du bas et les autres nations sur les rangées supérieures.

L'oeuvre n'est pas gigantesque que dans sa dimension physique. «Nous avons passé six ans et demi à trouver des représentants de chaque nation, à gagner leur confiance et à les encourager à créer une oeuvre qui représente leurs origines, d'expliquer Esther Bryan dans un français encore impeccable, elle qui est une graduée du Three Rivers High School. L'oeuvre n'a aucune connotation politique mais elle est basée sur la notion d'inclusion. On ne voulait pas de drapeaux ou de cartes géographiques parce que ces symboles-là changent avec le temps alors que les personnes, elles, ne changent pas.»

«On voulait travailler avec du textile parce que c'est universel: c'est un élément de base dans la vie de tous, quel que soit le pays. Mais on l'a pris dans le sens large pour donner de la liberté d'expression à chacun de sorte qu'on retrouve des peaux d animaux ou du métal dans les oeuvres.» Le losange représentant la nation abénakise, dont la confection a été confiée à Sylvie Bernard, offre une vision inspirée et très contemporaine avec des matériaux traditionnels comme le cuir et la fourrure.

Esther Bryan vit à Williamstown, tout près de Cornwall, en Ontario. Elle a mobilisé plusieurs des 250 habitants de sa communauté pour réaliser bénévolement ce projet qui, depuis la fin de sa confection, en 2005, a été vu par plus de 1,5 millions de personnes au Canada. L'oeuvre a été présentée lors de la réunion du G-20 de Toronto et aux Jeux olympiques de Vancouver, notamment. La tournée initiale de ses expositions devait durer trois ans: elle en a, jusqu'ici, duré sept et l'agenda est complet pour encore au moins deux autres années à venir. Elle est désormais étudiée dans le cadre du programme scolaire régulier et obligatoire dans l'ensemble du pays.

«Elle véhicule un message d'espoir, explique l'artiste. Elle montre, d'un côté, l'aspect unique de chaque personne ou groupement d'individus mais aussi, qu'il est possible de réunir ces différences pour réaliser de grandes choses. Le message est très fort. Ça dit aussi que les gens ordinaires peuvent changer la société s'ils mettent en commun leurs efforts. Si les gens d'un petit village de 250 personnes peut réaliser un projet de cette ampleur et en faire quelque chose d'aussi impressionnant, imaginez un pays en entier.»

L'oeuvre collective ne doit jamais faire fi des différences des membres entre eux. «Les membres des différentes nations représentées ont des racines différentes qui sont une partie d'eux-même qu'ils ne pourront jamais effacer. C'est fascinant que nous arrivions à former un tout alors qu'il y a tant de diversité parmi les éléments constituants. L'oeuvre existe grâce à l'équilibre entre l'identité personnelle et l'aspect collectif. Les espaces de chacun sont respectés. J'ai choisi la forme de base de l'hexagone pour encadrer chacun des losanges qui composent la courtepointe parce que l'hexagone est la forme qui représente le carbone, l'élément de base de la vie. En plus, quand on réunit les éléments, comme dans une ruche d'abeilles, l'ensemble est très cohérent, très solide.»

«Nous vivons dans un monde marqué par beaucoup de divisions ethniques. Si cette oeuvre peut faire du bien, donner de l'espoir, c'est déjà beaucoup.»

La directrice du Musée des Abénakis d'Odanak, Michelle... (Photo: Stéphane Lessard) - image 2.0

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La directrice du Musée des Abénakis d'Odanak, Michelle Bélanger, à gauche, a été immédiatement séduite par l'oeuvre réalisée sous l'initiative d'Esther Bryan.

Photo: Stéphane Lessard

Sur mesure pour le Musée des Abénakis

«Dès le moment où j'ai vu l'oeuvre au Salon des métiers d'art de Montréal, je me suis tout de suite dit que ça me la prenait au musée!» Michelle Bélanger, directrice générale du Musée des Abénakis, a immédiatement compris que l'oeuvre s'inscrivait à la perfection dans le mandat de l'institution qu'elle dirige.

«Dans la mission du musée, on veut provoquer un dialogue entre les gens des Premières Nations et les visiteurs qui ne sont pas des Premières Nations. À partir de l'oeuvre, il y a un programme éducatif qu'Esther a réalisé et qui permet aux jeunes de découvrir le vrai visage du Canada d'aujourd'hui par la géographie et l'histoire. Nous, avec les visites scolaires en mai et juin, surtout, on a une bonne clientèle de jeunes.»

Le Musée des Abénakis voulait l'exposition pour la saison estivale, sa haute saison de fréquentation mais, au départ, Fibres du monde était promise à une autre destination.

Ça n'a pas fonctionné à l'autre endroit et le Musée d'Odanak en a bénéficié.

«Depuis que je suis arrivée, dit Michelle Bélanger, on a présenté plusieurs oeuvres en art contemporain autochtone parce que c'est aussi dans le mandat du Musée de promouvoir d'autres Premières Nations à travers l'art contemporain. Avec les 70 Premières Nations qui sont représentées dans la mosaïque, on est en plein dans notre cible. Ça ne sort pas du cadre habituel et nos visiteurs apprécient particulièrement les expositions à saveur plus contemporaine.»

Fibres du monde sera présentée jusqu'au 8 octobre 2012 et on offre également, sur place, un catalogue magnifique de l'exposition dans lequel on raconte l'histoire de la fabrication de Fibres du monde, certes, mais également de chacun des 263 losanges de tissus qui la composent. En parallèle avec cette exposition, les visiteurs pourront aussi admirer l'exposition Les Treize Lunes de la Collective des vannières d'Odanak.

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