Benoît Brière: le polyvalent

Benoît Brière... (Photo: La Presse, Bernard Brault)

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Benoît Brière

Photo: La Presse, Bernard Brault

Marie-Josée Montminy
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans la catégorie des «chics types» à interviewer, Benoît Brière se démarque. Même au bout du fil, dans un contexte moins spontanément chaleureux que le face-à-face, le comédien ne déçoit pas la journaliste qui l'imaginait affable, exempt de vanité, généreux et sensible.

Aussi volubile pour évoquer son cheminement personnel que pour décrire Le boss est mort, la pièce qu'il présentera à Trois-Rivières mardi et mercredi, il laisse intacte la perception du bon gars, celui qu'on apprécierait comme ami.

Plusieurs artistes confient avoir carburé à la passion de la scène dès leur plus jeune âge. Pour Benoît Brière, le sentier n'a pas été aussi direct. C'est après quatre ans au cégep en sciences administratives et une session à l'université avec l'idée de devenir comptable, que le natif de Longueuil a finalement cédé à son instinct et a choisi le théâtre. C'était un 4 janvier, précise-t-il en parlant de cette journée où son intérêt pour les arts a triomphé des justifications cérébrales qui l'avaient mené vers les chiffres.

«L'accident de parcours n'a pas été d'être comédien! En secondaire trois, tu vas soit vers les sciences, soit vers la musique. Là, tu te demandes: ''Qu'est-ce qui va faire en sorte que je gagne mon pain de façon plus stable?'' Et quand ça a été le temps de choisir un programme au cégep, celui qui était le moins contingenté et qui était le plus court, c'était les sciences administratives. Je l'ai fait en quatre ans, pas parce que je n'étais pas doué; j'étais une bolle, mais assise à l'arrière de la classe, chummy chummy avec les bums...», raconte-t-il.

On comprend que c'était davantage une motivation rationnelle qui avait guidé le jeune Brière vers les sciences comptables. Parce que l'art a aussi coloré la vie de celui qui s'est initié à la danse folklorique à l'âge de cinq ans et a poursuivi son parcours avec Les Mutins de Longueuil pendant 15 ans.

«J'ai amadoué la scène par les pieds, avant d'y mettre la tête aussi!», image-t-il avant d'ajouter: «Nous avons fait beaucoup de spectacles, beaucoup de voyages avec Les Mutins. J'attribue à ça les prémisses de quelque chose qui allait éclore plus tard». Benoît Brière a aussi possédé une guitare et a joué de la clarinette pendant trois ans, en plus de se décrire comme «un grand sportif», ayant notamment pratiqué l'intercrosse.

Donc oui, l'art était présent dans la vie de Benoît Brière, un enfant que ses parents («les meilleurs du monde», clame-t-il) amenaient régulièrement voir des spectacles, dont ceux d'Yvon Deschamps ou de Jean Lapointe, entre autres.

Il raconte même que sa mère avait participé à une tribune téléphonique, à la radio, à laquelle Jean Lapointe était invité. Mme Brière a dit à Jean Lapointe qu'elle avait un fils prédisposé à la performance artistique, et «qu'elle ne savait pas trop quoi faire avec ça». Le chanteur et comédien lui aurait dit quelque chose comme: «Laissez-le le réaliser par lui-même, ne le poussez pas, car il pourrait perdre cette spontanéité si importante». «Je devais avoir sept, huit ans. Ma mère a attendu jusqu'à mes 21 ans!», sourit le comédien.

Ces 21 ans, c'est lorsque Benoît Brière a choisi le jeu, et a suivi un an de cours avec Charlotte Boisjoli avant de tenter sa chance aux auditions de l'École nationale de théâtre du Canada, sans grande confiance en ses chances d'y être accepté. Ce qu'il fut, à son premier essai.

«Ce qui était une espèce d'histoire d'amour camouflée est devenue une grande passion», analyse celui qui, depuis sa sortie de l'école en 1991, a multiplié les rôles variés sur scène, ainsi qu'aux petit et grand écrans.

Sur scène, il a été l'Hosanna de Michel Tremblay, l'Albin de La cage aux folles, le M. Jourdain du Bourgeois gentilhomme de Molière, le Bousille du Bousille et les justes de Gatien Gélinas, le Figaro du Barbier de Séville, le Napoléon d'Une partie avec l'Empereur... Au cinéma on l'a vu dans Louis 19, Joyeux calvaire, La grande séduction, Le sens de l'humour... et  la télé dans Cher Olivier (dans le rôle d'Olivier Guimond), Juliette Pomerleau et Musée Eden, entre autres.

Dans la peau du gars de la shop

Depuis le 15 février 2011, Benoît Brière incarne le personnage du gars de la shop imaginé par Yvon Deschamps à la fin des années 1960 et au début des années 1970. La pièce Le boss est mort, dont la tournée s'arrêtera à la salle Thompson mardi et mercredi, met en scène un Benoît Brière solo, dans une création inspirée du répertoire de monologues ou sketches basés autour du personnage.

Le comédien rappelle que comme son premier succès à sa sortie de l'école de théâtre fut une comédie, il a tout de suite été marqué de l'étiquette comique. «Comme au Québec on doit être le plus versatile possible, j'ai fait autant de drames que de comédies. Mais la majorité des distributeurs, agents ou directeurs ont continué à me voir comme un acteur comique. Dès mes débuts, Gilbert Rozon (de Juste pour rire) m'a dit: «Il faut que tu fasses un one man show». Pas de problème, en autant que ce soit d'une facture théâtrale», relate-t-il en citant comme modèles La tragédie comique d'Yves Hunstad, ou certaines productions de Michel Boujenah.

«J'admire les stand up, mais moi, j'ai besoin d'une histoire, d'un fil qui nous amène dans toutes sortes d'émotions», formule celui qui a trouvé parfaite chaussure à son pied avec la proposition d'Yvon Deschamps. C'est l'humoriste qui a contacté le comédien pour lui parler de son idée de créer une pièce de théâtre basée sur le personnage du gars de la shop. Séduit par le défi, Benoît Brière a décidé de suivre Yvon Deschamps dans le projet, en suggérant Dominic Champagne pour la mise en scène.

Le scénographe Michel Crête s'est joint au trio pour créer ce que le comédien appelle le «foursome» qui, pendant plus d'un an et demi, tel un groupe d'archéologues (l'analogie est encore de Benoît Brière), a «décortiqué tous les textes pour voir ce que ça pouvait donner». Ce que ça a donné, le comédien n'hésite pas à le décrire comme son «plus beau cadeau professionnel à date».

Le boss est mort illustre le désarroi et les remises en question de l'ouvrier d'usine qui idolâtrait son patron qui vient de trépasser. Benoît Brière y retrouve ce qu'il recherchait dans un éventuel concept de one man show: une histoire qui permet de passer du rire aux larmes. Même si le personnage a été imaginé dans le contexte du tournant des années 1970, la pièce conserve tout de même ses propriétés universelles et intemporelles.

«Nous avons gardé ce qu'il y a de plus personnel dans le personnage. Les thèmes parlent d'amour, de sexualité, de doute, de honte. Et des unions (les syndicats), aussi. Et ça, ça  reste d'actualité, ce qui est presque dommage», commente-t-il.

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