Martin Villeneuve: l'ambition de la science-fiction

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Martin Villeneuve, auteur et réalisateur du long métrage Mars et Avril, qui prendra l'affiche au Québec en septembre 2012.

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'année 2012 s'annonce marquante pour le cinéaste originaire de Gentilly, Martin Villeneuve. Non seulement il présentera au public le tout premier long métrage qu'il a écrit et réalisé, mais il proposera du coup le film de science-fiction le plus important produit au Canada.

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On aperçoit ici Martin Villeneuve en compagnie du comédien principal, Jacques Languirand.

Photo: collection personnelle de Martin Villeneuve

Mars et Avril prendra l'affiche au Québec en septembre 2012, pour transporter les cinéphiles dans un Montréal futuriste en compagnie de personnages incarnés par Jacques Languirand, Caroline Dhavernas, Paul Ahmarani et Robert Lepage, entre autres. Autant d'acteurs qui suivent depuis plusieurs années le parcours de Villeneuve et qui ont volontiers prêté leur art à une production qui risque d'en surprendre plus d'un, visuellement parlant.

Pour donner une idée de grandeur des effets visuels qui se retrouveront dans son film, Martin Villeneuve évoque la centaine de plans d'effets que l'on pouvait retrouver dans des films comme Babine ou Grande Ourse : La clé des possibles alors que Mars et Avril en compte 550.

À la firme montréalaise Vision Globale, spécialisée en effets spéciaux, ils étaient 60 personnes à temps plein là-dessus, note Villeneuve. Le précédent film qui avait requis autant d'effets au sein de cette firme était doté d'un budget de 40 millions $ alors que Martin Villeneuve a réalisé le sien avec 2,3 millions $.

«En chiffres réels, ce film aurait coûté 10 millions $», précise le cinéaste.

«Tous les gens qui ont travaillé sur ce film l'ont fait pour le quart du prix...»

Mars et Avril raconte l'histoire de Jacob Obus (Jacques Languirand), un septuagénaire bien en vue qui tire une musique envoûtante d'instruments inspirés par le corps des femmes, conçus par Arthur (Paul Ahmarani). À son âge vénérable, Obus tombera en amour pour la première fois avec Avril (Caroline Dhavernas), convoitée aussi par Arthur. Le tout arrive au moment où l'Homme s'apprête à conquérir la planète Mars, pendant qu'un petit groupe d'anti-cybernétiques s'affairent à ralentir le cours du temps.

Voilà plus de cinq ans que Martin Villeneuve planche sur ce film, et dix ans que cette histoire a germé dans son imaginaire. Il avait à peine vingt ans quand il a écrit cette fable futuriste, pour en faire d'abord un photo-roman, publié en 2002 avec Jacques Languirand, Paul Ahmarani et Marie-Josée Croze, puis un deuxième tome, publié en 2006 et bénéficiant cette fois de la participation de Robert Lepage, qui ne s'est pas fait prier d'ailleurs.

«J'avais écrit le rôle d'Eugène pour lui... Je lui ai envoyé le premier tome et le texte du

deuxième, ainsi qu'une petite lettre. On s'était donné six mois pour obtenir une réponse mais il m'a rappelé quatre jours plus tard et ça l'intéressait.»  

C'est Robert Lepage encore qui s'est offert d'adapter Mars et Avril au cinéma.

L'année suivante, après voir essuyé une série de refus pour adapter sa trilogie des Dragons sur grand écran, il décidait toutefois de fermer sa compagnie de film.

«Je me suis retrouvé avec un projet financé mais pas de producteur... Il m'a beaucoup encouragé à prendre le relais». Ce que Martin Villeneuve a fait, non sans vertige.

«Ça me semblait plutôt difficile. Autant les livres ont été une école pour moi en langage graphique, autant le long métrage a été une école d'écriture...»

Quand il a envoyé son scénario aux comédiens, tout le monde a répondu présent, sauf Marie-Josée Croze qui ne pouvait se libérer d'un conflit d'horaire. «C'est drôle car c'est Caroline que j'avais en tête à l'origine du photo-roman mais à cette époque, elle faisait trop adolescente pour ce rôle.» C'est une autre amie, Marie-Josée Croze, qui s'était alors offerte pour prendre le relais.

«En fait, les deux ont été mes colocataires», dit-il.

Au-delà de la solide brochette de comédiens, Martin Villeneuve a aussi bénéficié de la collaboration du réputé bédéiste belge François Schuiten à la conception visuelle et de Benoît Charest à la musique, sans oublier son frère, Denis Villeneuve. Il s'est offert au moment où Martin le consultait pour trouver un conseiller à la scénarisation. «Je voulais que tout soit béton», note Martin. «Denis a apporté la petite couche de vernis.»

«2010 a été l'année la plus difficile de ma vie»

Aujourd'hui que Mars et Avril est pratiquement complété et qu'il est attendu de plusieurs, Martin Villeneuve avoue que son premier long métrage a frôlé la catastrophe, menacé en cours de processus de ne jamais pouvoir être terminé à moins de faire passer son financement de 1,2 à 2,3 millions$. C'est à cette tâche qu'il s'est affairé en 2010, après le tournage, avec la pression de tout ce qui avait déjà été investi en temps, en argent et collaborations diverses.

«2010 a été l'année la plus difficile de ma vie, et de loin. J'ai passé par toute la gamme des émotions, de la peur la plus intense à la joie la plus grande, mais avec une angoisse tout le long.» Coïncidence, il a vécu le tout pendant l'année où son frère Denis était en pleine course aux Oscars. «C'était une période de hauts contrastes car j'étais aussi très heureux pour lui.»

Mars et Avril a été tourné en 22 jours, majoritairement à Montréal, et en trois temps. Au départ, le tournage devait avoir lieu en septembre 2008, mais a dû être retardé au printemps 2009. Or à cette date, Robert Lepage n'était plus disponible.

«À la blague, dans une réunion de production, j'ai suggéré qu'on fasse un hologramme de lui...» Blague qui est toutefois devenue l'alternative choisie. «Quelques semaines plus tard, je l'ai croisé à l'aéroport par hasard et je lui ai pitché l'idée. Ça l'intéressait encore plus... Sauf que ça présentait des défis monumentaux.» Même que des ingénieurs ont planché sur le travail, en développant une technologie de pointe. «Tout le film a été à la remorque de cette technologie-là.»

C'est dire que le tournage de Robert Lepage, en septembre 2008, n'impliquait que sa tête, alors que dans le film, son corps est joué par le mime Jean Asselin. La grande majorité du long-métrage a été filmé sur fond vert, ce qui permet d'ajouter effets spéciaux et images par la suite. «Robert était dans un cylindre vert, habillé en vert alors que Jean Asselin jouait avec une cagoule verte. Toutes ses répliques et ses mouvements devaient être représentatifs de ce que Robert avait fait», raconte Martin Villeneuve.

Le tout aura nécessité une année complète de montage. En ajoutant une dernière scène avec Robert Lepage, tournée en mars dernier, Martin Villeneuve est parvenu à finaliser le montage cet été.

Le film sera fin prêt le 3 février, ce qui lui laisse de la latitude pour répondre aux offres qui lui proviennent actuellement de la part de festivals, avant la sortie en salles. Déjà la bande-annonce crée son effet au Québec, mais aussi aux États-Unis, où l'on retrouve un grand nombre d'adeptes de science-fiction. «On a eu 30 000 clics sur la bande-annonce en une semaine. Les Américains ont été les premiers à réagir et j'ai déjà une belle couverture médiatique aux États-Unis», se réjouit le jeune cinéaste.

Martin Villeneuve souhaite toutefois rejoindre un public plus vaste que les adeptes de science-fiction. «Mon film n'est pas une science-fiction de type Star Wars. C'est davantage une fable poétique. Ce que j'espère, c'est que les Québécois vont aller le voir car ce sera le premier du genre.»

Désormais que la pression est retombée et qu'une projection d'équipe est prévue le mois prochain, il est serein. «Si j'avais su dans quoi je m'embarquais, je n'aurais jamais fait ce film mais maintenant, je ne regrette absolument rien.»

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