Abandon de la fluoration: une victoire pour tous

François Bélisle... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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François Bélisle

François Gervais, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Pour le conseiller municipal du district Pointe-du-Lac François Bélisle, la décision prise lundi soir par le conseil municipal est une victoire pour tous les citoyens de Trois-Rivières.

M. Bélisle, qui avait demandé en juin dernier à ce que la Ville aille en consultation populaire pour régler la question de l'acceptabilité sociale une fois pour toutes, estime que la décision de Trois-Rivières vient probablement de mettre un terme au programme québécois de fluoration de l'eau potable.

«Ça vient de mettre un sérieux clou dans le cercueil du maintien de ce programme. C'était devenu ridicule car on aurait dit que le combat se faisait à Trois-Rivières pour l'ensemble du Québec, mais ce n'était pas à nous de porter ce combat-là», croit-il.

Pour François Bélisle, il appartenait au ministère de la Santé et des Services sociaux d'imposer une telle mesure s'il s'agissait réellement d'un enjeu de santé publique.

«Le ministère n'a jamais voulu mettre ses culottes pour l'imposer. Mais la réalité, c'est que ça ne lève pas. Cet argent pourrait être tellement mieux investi dans d'autres mesures, dans la présence plus importante d'hygiénistes dentaires dans les écoles, dans des mesures préventives pour amener les enfants à se brosser les dents et à adopter de saines habitudes alimentaires», croit François Bélisle.

Sa demande de consultation publique en juin dernier s'était finalement soldée par un compromis demandant au ministère de la Santé de démontrer l'acceptabilité sociale de la mesure, Or, c'est justement cette absence de démonstration aux yeux du maire qui a mis un terme à la mesure et qui a mené à la décision prise lundi soir par le conseil.

Pour François Bélisle, la décision du conseil et du maire démontre une grande écoute du message envoyé par la population. «J'ai le triomphe modeste, mais la raison l'a emporté. Près de 20 000 personnes avaient signé une pétition, ce n'est pas rien. Je suis un élu et je suis là pour servir les citoyens, et ce qui me fait plaisir aujourd'hui, c'est de constater que la Ville a écouté ses citoyens. Tout le monde est gagnant», soutient-il.

L'étude se poursuit

Les parents qui avaient donné leur accord afin que leur enfant participe à la vaste étude menée dans une douzaine d'écoles de la région au sujet des effets de la fluoration de l'eau potable pourront poursuivre les mesures entreprises dans cette étude, du moins pour le moment.

Selon le Dr Christian Caron, qui dirige cette étude auprès de 500 élèves de Trois-Rivières et de 500 élèves de Shawinigan, le volet 1 de cette étude demeure pertinent, étant donné qu'il visait à recueillir des données avant que les enfants de Trois-Rivières ne commencent à consommer de l'eau potable fluorée. Les mêmes vérifications seraient faites sur les enfants de Shawinigan, mais également sur des élèves de Châteauguay, là où l'eau est fluorée depuis de nombreuses années.

Ainsi, si le chercheur ne pourra pas aller recueillir des données sur les enfants qui auront commencé à boire de l'eau potable fluorée, il pourra au moins se servir de l'échantillon de Trois-Rivières comme ville témoin par rapport aux données observées à Châteauguay.

«Il y a des données très intéressantes à aller chercher au cours de ce volet, notamment quant au contrôle des biais de causes de carie et de protection de carie», croit le Dr Caron.

Toutefois, le ministère et l'équipe de chercheurs réévalueront ultérieurement la pertinence de poursuivre l'étude à Trois-Rivières pour les autres volets de la recherche, étant donné que l'objectif était de recueillir des données sur les enfants qui commençaient à consommer de l'eau fluorée.

«Ce qui est plus déplorable, c'est que nous avions une chance unique de déterminer des données à propos d'enfants qui n'avaient jamais reçu la fluoration et qui débutaient, et évaluer les données d'année en année en dehors de tout biais. Ça aurait certainement clarifié de nombreuses questions, des mythes et des idées que nous avions sur le sujet. C'est un rendez-vous manqué, et comme chercheur ça me désole beaucoup», confie le Dr Caron.

Le volet 1 de l'étude devrait se poursuivre environ jusqu'au mois de mars, estime Christian Caron. Par la suite, le tout sera réévalué avec le ministère et les parents d'enfants participant à l'étude seront tenus informés de la suite des choses.

Sylvie Tardif... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 3.0

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Sylvie Tardif

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

«Dommage pour les enfants»

La coordonnatrice de COMSEP et ancienne conseillère municipale Sylvie Tardif accueille avec déception l'abandon de la fluoration de l'eau. Selon elle, ce sont les enfants en situation de pauvreté qui vont écoper de cette décision.

«Je comprends le maire d'avoir pris cette décision, j'aurais probablement fait la même chose à sa place. Et les opposants ont mené une campagne bien montée, ils ont bien travaillé. Mais au bout du compte, c'était une mesure de santé publique universelle qui allait surtout être bénéfique aux enfants pauvres. C'est dommage pour les enfants», croit Mme Tardif qui, lorsqu'elle était conseillère, avait voté en faveur de la fluoration pour cette raison.

L'ex-politicienne comprend que ça aurait été lourd pour les conseillers municipaux en faveur de la mesure de porter ça durant leur porte-à-porte en cette année électorale. 

«On espère maintenant que les opposants à la fluoration mettront autant d'énergies dans la demande pour des mesures de prévention destinées aux enfants, mais pour le moment, elle ne viendra pas cette campagne d'éducation populaire. On est devant un vide. Et de telles campagnes n'auront jamais l'impact que la fluoration aurait eu dans les milieux défavorisés», signale Mme Tardif, qui mentionne tout de même que l'organisme COMSEP a volontairement choisi de ne pas mener cette lutte, notamment en raison de son manque de ressources et des trop nombreuses coupes à son budget de fonctionnement.

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