L'église Saint-James se refait une beauté

  • L'église Saint-James et son presbytère au printemps 2015 avant les travaux de restauration. (François Gervais, Le Nouvelliste)

    Plein écran

    L'église Saint-James et son presbytère au printemps 2015 avant les travaux de restauration.

    François Gervais, Le Nouvelliste

  • 1 / 2
  • L'église Saint-James et le presbytère à la suite des travaux de restauration. Il ne reste que quelques travaux d'aménagement paysager à réaliser sur le terrain de ces bâtiments du Régime français. (François Gervais, Le Nouvelliste)

    Plein écran

    L'église Saint-James et le presbytère à la suite des travaux de restauration. Il ne reste que quelques travaux d'aménagement paysager à réaliser sur le terrain de ces bâtiments du Régime français.

    François Gervais, Le Nouvelliste

  • 2 / 2

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Trois-Rivières) Le panorama de la rue des Ursulines est plus beau que jamais. Cette image de carte postale caractéristique du Vieux- Trois-Rivières s'est refait une beauté avec la restauration de l'église Saint-James et de son presbytère. Ces travaux complexes réalisés sur ces bâtiments du Régime français ont coûté 3,7 millions $.

Le Nouvelliste s'est entretenu avec Marie-Josée Deschênes, l'architecte responsable de l'aspect historique de la restauration, afin de mieux comprendre les travaux de restauration réalisés à l'église Saint-James et son presbytère.

D'emblée, l'architecte spécialisée en architecture historique avoue qu'elle n'a pas souvent l'opportunité, voire la chance, de travailler sur un bâtiment érigé durant le Régime français. Le presbytère, l'ancien couvent des Récollets, a été construit en 1742.

Quelques années plus tard, en 1754, voilà que la communauté religieuse érigeait une chapelle, devenue, à la suite de la Conquête britannique, une église anglicane. Le complexe est classé site patrimonial depuis 2012.

Si le panorama de la rue des Ursulines est déjà une image de carte postale reconnue de Trois-Rivières, la restauration du complexe de l'église Saint-James n'a fait que l'embellir. Le coup d'oeil vaut le détour.

«Ce projet permet de faire découvrir Trois-Rivières. [...] On a mis en valeur ce secteur de Trois-Rivières qui était déjà magnifique», affirme d'emblée Marie-Josée Deschênes.

«En marge du projet, nous avons accueilli une quarantaine d'architectes professionnels du patrimoine de l'Association for preservation technology (APT) ainsi qu'un groupe de passionnés d'architecture historique de la Société historique de Bellechasse. Et tous ces gens découvrent à quel point c'est beau le Vieux-Trois-Rivières. C'est une vitrine.»

Malgré l'âge des deux bâtiments, l'architecte spécialisée en bâtiments historiques souligne que les travailleurs n'ont heureusement pas eu de mauvaises surprises compliquant les travaux menés sous la supervision de la firme Régis Côté et associés. Cela aurait pu être le cas lorsque l'on intervient sur des bâtiments datant du Régime français.

La première intervention réalisée consistait à dégager les bâtiments, notamment de la végétation dense qui les cachait. «Le presbytère, qui est le bâtiment le plus ancien, n'était plus visible depuis plusieurs années. Le fait de le dégager permet de voir son architecture. L'enduit de couleur crème plutôt que gris assez foncé comme avant nous rappelle que ce sont des bâtiments du Régime français, comme le couvent des Ursulines [situé devant]», explique l'architecte Marie-Josée Deschênes.

L'enjeu entre l'efficacité, l'authenticité et le respect de l'histoire tumultueuse des bâtiments était au coeur de la réflexion des professionnels qui ont oeuvré sur la restauration. Il était essentiel de respecter l'évolution des bâtiments, construits sous le Régime français par les Récollets puis utilisé par les Britanniques comme hôpital, bâtiment administratif, palais de justice, prison et lieu de culte anglican. Très peu de bâtiments au Québec ont connu une telle évolution. Les interventions ont été guidées notamment par les anciennes photographies.

«Nous avons tenté du mieux qu'on pouvait de respecter l'évolution des bâtiments. [...] Une des spécificités de ces bâtiments, c'est justement l'hybridation entre les façons française et anglaise de construire», souligne Mme Deschênes. «Ce sont des bâtiments du Régime français, mais ils ont été transformés par les Anglais. Le presbytère devait à l'origine avoir des fenêtres à carreaux, mais on a installé plus tard des fenêtres à guillotine. Nous avons donc décidé de garder ces fenêtres. Les fenêtres sont restaurées, nous n'en avons changé que quelques-unes.»

D'ailleurs, ce souci de respecter les différentes étapes de l'évolution de ces bâtiments a influencé le choix pour l'enduit extérieur. Lors du Régime français, les pierres de la structure des bâtiments étaient normalement recouvertes d'un enduit de chaux. Chose certaine, le mortier utilisé pour ériger l'église Saint-James n'était pas conçu pour être à l'air libre. Des tests réalisés par une conservatrice experte l'ont démontré, note Marie-Josée Deschênes.

«Lorsque nous avons enlevé l'enduit de ciment qui était microfissuré à la grandeur des bâtiments, on a découvert que les pierres n'avaient jamais été rejointées ou qu'elles l'avaient été il y a longtemps avec les mêmes couleurs. C'est ce qui a guidé le choix de la couleur de l'enduit actuel à base de chaux», précise Mme Deschênes qui avoue que le bâtiment était très joli lorsque les pierres étaient apparentes.

«Il y a 100 ans, il n'y avait pas de couleur artificielle. Nous trouvions qu'il valait mieux avoir un enduit qui représentait les couleurs naturelles et refaire les faux joints pour rappeler la volonté des Anglais d'imiter la pierre de taille. Au final, je considère qu'esthétiquement et de façon logique, ça se marie bien. Et l'enduit est fait de façon industrielle, mais à l'ancienne.»

La toiture de cuivre qui datait possiblement des années 30 ou 40 a aussi été remplacée par une toiture en acier galvalume. Les travaux ont démontré que la toiture d'origine du presbytère, et possiblement de la chapelle, était en bardeaux de cèdre. La pente du toit de l'église a toutefois été modifiée au début du 19e siècle - l'inclinaison du toit de la chapelle des Récollets était plus importante - alors qu'elle était utilisée par l'Église d'Angleterre. «On ne pouvait pas se permettre le cuivre. Mais le cuivre devient gris avec le temps, comme celui des Ursulines. Alors c'est acceptable le galvalume. Une toiture à la canadienne est beaucoup plus performante et moins chère qu'une toiture à baguettes», estime l'architecte spécialisée.

Fraîchement restaurés, ces bâtiments seront à nouveau ouverts au public l'été prochain à l'occasion de visites patrimoniales.

La Corporation de développement culturel de Trois-Rivières souhaite restaurer l'intérieur des deux bâtiments, mais ce projet n'est pas prévu dans un proche avenir. Le porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, Yvan Toutant, indique que cette deuxième phase de restauration de l'église et du presbytère est en préparation. «Aucune subvention n'a encore été demandée. On espère que le projet sera prêt à être déposé avant la fin de l'année 2016, mais ce n'est pas certain», précise Yvan Toutant.

La fin d'une légende?

Les travaux de restauration de l'église Saint-James et de son presbytère pourraient invalider une légende vieille de 200 ans. En 1790, un autochtone nommé Noël Plaçoa ou Placa (selon le site Internet de la Ville de Trois-Rivières) aurait été accusé injustement de meurtre puis pendu sur le mur nord-est de l'ancien couvent des Récollets (bâtiment devenu le presbytère de l'église anglicane), alors que ce bâtiment était un palais de justice et une prison commune.

L'autochtone aurait alors proféré une malédiction. Il aurait, toujours selon la légende, prononcé cette phrase: «Grand Esprit. Tu sais que je ne suis pas coupable. Et pour le prouver, le mur de pierre de cet édifice ne tiendra jamais».

Durant la nuit suivant l'exécution, le mur se serait effondré. Depuis, ce mur du bâtiment aurait souvent été fissuré. Une vingtaine d'années plus tard, un autre autochtone aurait confessé le meurtre pour lequel Plaçoa aurait été pendu. Or, voilà que les travaux ont démontré qu'une grande fenêtre ou une porte a déjà été aménagée sur ce mur. «Nous l'avons regardé de fond en comble ce mur. Et il y avait encore une ouverture avec de gros morceaux de bois qui l'encadrait», explique Marie-Josée Deschênes.

«Ce grand trou n'avait pas été très bien fait. Cette ouverture, ça peut faire un siècle ou plus que ça affaiblit la maçonnerie. Il y avait aussi de l'infiltration d'eau.»

Les travaux de restauration ont permis de corriger le problème. Selon l'architecte spécialisé en bâtiments patrimoniaux, cela devrait mettre un terme à la légende du pendu. «On va toutefois en avoir le coeur net dans 25 ans», dit-elle.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer
  • Église Saint-James
    L'église Saint-James et son presbytère au printemps 2015 avant les travaux de restauration. (François Gervais, Le Nouvelliste)

    François Gervais, Le Nouvelliste

    L'église Saint-James et son presbytère au printemps 2015 avant les travaux de restauration.

  • Église Saint-James
    L'église Saint-James et le presbytère à la suite des travaux de restauration. Il ne reste que quelques travaux d'aménagement paysager à réaliser sur le terrain de ces bâtiments du Régime français. (François Gervais, Le Nouvelliste)

    François Gervais, Le Nouvelliste

    L'église Saint-James et le presbytère à la suite des travaux de restauration. Il ne reste que quelques travaux d'aménagement paysager à réaliser sur le terrain de ces bâtiments du Régime français.