Cette décision inattendue permet de tourner la page sur une saga qui s'était amorcée au printemps 2009 et qui avait causé passablement de vagues dans les derniers mois du règne de l'ex-mairesse, Lise Landry.
En avril cette année-là, la Corporation du Parc de l'Île Melville avait accordé le contrat pour la construction de son nouveau pavillon d'accueil à Maison S. Turner. L'ex-présidente de la Chambre de commerce et d'industrie de Shawinigan, Renée Tremblay, avait publiquement déploré qu'une entente de gré à gré survienne avec une entreprise de Trois-Rivières pour un mandat qui aurait très bien pu être réalisé par un constructeur local.
Cette sortie avait suscité un questionnement à la Ville de Shawinigan. En tant que propriétaire des immobilisations du Parc de l'Île Melville, elle était tenue de procéder par appel d'offres.
Le 28 avril, la Corporation décide de reprendre le processus et invite des entreprises à présenter une soumission avant le 1er mai. Trois d'entre elles acceptent l'invitation. L'offre de Construction André Magny, à 227 000 $, bat les deux autres.
Par contre, cette proposition surpasse de près de 40 000 $ celle déjà conclue avec Maisons S. Turner, qui n'avait pas participé à cet appel d'offres. La Corporation du Parc de l'Île Melville décide donc de maintenir son plan initial et de confier le mandat à l'entreprise trifluvienne.
Outré, l'homme d'affaires André Magny exige un dédommagement pour avoir travaillé sur une soumission qui ne visait, selon lui, qu'à sauver les apparences.
Devant la menace de poursuite, la Ville met sur la glace l'acquisition du pavillon préfabriqué conçu par Maisons S. Turner. Pris entre deux feux, les employés devront accueillir les visiteurs à l'intérieur d'une remorque recyclée durant deux étés.
En juin 2009, Mme Landry demande et obtient la démission du président de la Corporation du Parc de l'Île Melville, Yves Bordeleau. Le nouveau conseil municipal hérite de la patate chaude en novembre et un mois plus tard, il décide qu'il reprendra à nouveau tout le processus d'appel d'offres.
Cette décision implique un bris de contrat avec Maisons S. Turner. L'entreprise trifluvienne n'apprécie pas la démarche. Le 25 janvier 2010, elle dépose une requête pour forcer l'exécution d'une créance de 96 525 $, la pénalité qui était prévue en cas de résiliation.
Deux mois plus tard, Construction André Magny entre également dans la danse en réclamant un peu plus de 50 000 $ en dommages compensatoires et punitifs à la Corporation du Parc de l'Île Melville et à sa directrice générale, Marie-Louise Tardif.
Le 31 mai 2010, Construction Mario Gélinas obtient le contrat pour la réalisation du pavillon d'accueil. Sa soumission prévoyait l'acquisition de la maison préfabriquée de Maisons S. Turner qui dormait à Pointe-du-Lac depuis un an.
Les nouveaux bureaux administratifs sont finalement livrés à l'automne 2010. Maisons S. Turner et la Ville s'entendent sur un dédommagement de 8000 $ pour régler le litige en suspens.
De son côté, André Magny semblait déterminé à aller au bout du processus, visiblement vexé de s'être senti berné. Alors que trois jours d'audience étaient prévus cette semaine, il a finalement décidé de rendre les armes.
Point démontré
Me Stéphane Roof mentionne que son client avait déjà gagné son point dans cette histoire, car la Ville de Shawinigan avait dû reprendre l'appel d'offres en mai 2010 pour rendre sa démarche de construction d'un pavillon conforme.
«Le processus a été malhabile, mais entre ça et la mauvaise foi, il y avait toute une marche difficile à prouver», souligne Me Roof. «Au sens du Code civil, ce n'est pas parce qu'une personne se trompe qu'elle commet une faute. C'est pourquoi la recommandation de se désister a été faite.»
Du côté du Parc de l'Île Melville, le président, Serge Aubry, se félicite d'avoir tenu son bout dans ce dossier complexe.
«La semaine dernière, leur avocat nous avait proposé une offre de règlement de 25 000 $», raconte-t-il. «Nous avons refusé catégoriquement. Dans notre esprit, nous ne lui devions pas un sou. Nous étions déterminés à aller jusqu'au bout.»
Mme Tardif, fortement secouée au début de cette saga, est visiblement soulagée d'avoir classé cette affaire.
«Le stress était tombé depuis le temps que ça dure, mais au début, ça m'a fâchée en raison des propos mensongers qui avaient été tenus», déplore-t-elle. «C'était venu chercher un peu de mon oxygène!»
Le Parc de l'Île Melville a quand même laissé des frais d'avocat d'environ 8000 $ dans cette histoire.