Un égout à ciel ouvert

À l'extrémité de la conduite principale qui dessert... (Photo: Ève Guillemette)

Agrandir

À l'extrémité de la conduite principale qui dessert les résidents de l'ancien centre de ski, on peut constater la présence de substances suspectes et des résidus de papier hygiénique qui suivent le courant.

Photo: Ève Guillemette

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Guy Veillette
Le Nouvelliste

(Saint-Mathieu-du-Parc) Après des années de tergiversations et d'études, la Municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc entend régler l'embarrassant problème de traitement des eaux usées d'une cinquantaine de propriétés du secteur de l'ancien centre de ski.

Depuis toujours, ces rejets aboutissent directement dans la rivière Shawinigan en toute impunité.

Ce soir, les résidents de ce secteur sont convoqués à une assemblée d'information au centre communautaire de Saint-Mathieu-du-Parc. Le maire, Claude Mayrand, explique que deux scénarios seront alors proposés. La firme Roy & Vézina précisera les coûts reliés à chacun d'eux.

Le plan le plus simple, mais possiblement aussi le plus dispendieux, consisterait à se raccorder au réseau public de Shawinigan.

Sinon, l'aménagement d'une immense fosse septique représenterait une alternative, mais M. Mayrand rappelle qu'il faut prendre en considération les coûts de traitement et d'entretien d'un équipement pareil.

Le conseil municipal mathieusaintois tient à régler ce problème au moment où il se lance dans d'importants travaux de réfection de conduites d'égouts et d'aqueduc dans le même secteur. Évalué pour le moment à 1,6 million $, ce chantier débutera le 27 septembre.

Le gouvernement du Québec défraiera plus de 80 % de la facture, grâce au Programme de renouvellement des conduites du ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire.

Or, ce remplacement de tuyaux ne réglera pas le problème de traitement.

«Ce ne serait pas normal d'avoir de beaux égouts flambant neufs et de continuer à envoyer les eaux usées dans la rivière Shawinigan!», s'emporte M. Mayrand. «Plusieurs études ont été réalisées mais à un moment donné, il faut passer en mode solution.»

Ouverture

M. Mayrand se réjouit de l'ouverture démontrée par le maire de Shawinigan, Michel Angers, dans ce dossier. Il semble qu'auparavant, la possibilité de se raccorder au réseau public de la ville voisine soulevait bien peu d'intérêt.

Le maire de Saint-Mathieu-du-Parc a toutefois sensibilisé son vis-à-vis sur l'importance d'assainir, autant que faire se peut, la rivière Shawinigan. À l'extrémité de la conduite principale qui dessert les résidents de l'ancien centre de ski, on peut constater la présence de substances suspectes et des résidus de papier hygiénique qui suivent le courant.

M. Mayrand se demande si le gouvernement du Québec ne pourrait pas accorder une aide financière pour revitaliser cette rivière, également fortement polluée par les rejets industriels au fil des décennies.

Bref, M. Angers est prêt à tendre l'oreille... en autant qu'il en tire un profit.

«Nous avons mandaté un ingénieur pour rencontrer les autorités de Saint-Mathieu-du-Parc afin de voir si elles pouvaient nous faire une proposition», commente-t-il. «Évidemment, il faudra y trouver notre compte. On ne prendra pas leurs eaux usées sans y avoir un avantage.»

Pour la Ville de Shawinigan, l'intérêt de cette démarche consisterait à raccorder, un jour, les résidents des lacs Montclair et Marchand via cette prolongation de réseau. Une cinquantaine de propriétés bénéficieraient ainsi du service public.

«Si la Municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc fait les travaux d'ingénierie et d'infrastructures sur le territoire de la Ville, qu'elle se connecte sur notre réseau et que nous pouvons nous brancher, on y trouve notre compte», résume M. Angers. «Par contre, nous leur avions demandé de nous soumettre des propositions au début de l'été et nous n'avons toujours pas eu de nouvelles.»

«Nous sommes ouverts à cette approche, puisque les rejets s'en vont directement dans notre rivière», ajoute-t-il. «Ça n'a pas de bon sens. Ce n'est pas très ragoûtant! C'est drôle que le ministère de l'Environnement ne déchire pas sa chemise dans ce dossier...»

Le MDDEP pas au courant

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les résidents de l'ancien centre de ski de Saint-Mathieu-du-Parc envoient leurs eaux usées directement dans la rivière Shawinigan à l'insu du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs.

Cette situation a pourtant été rapportée à quelques occasions par Le Nouvelliste au cours des dernières années. Dans ce dossier, le défi de la Municipalité consiste depuis toujours à trouver une solution fiable, sans qu'elle exige un effort financier démesuré aux propriétaires concernés.

Marcel Binet, directeur adjoint à la direction régionale du Centre de contrôle environnemental, avoue candidement que cette situation avait échappé au MDDEP jusqu'à maintenant. «Avec l'information que nous venons de recevoir, une inspection est prévue cette semaine», commente-t-il. «Nous avons déjà eu des signalements dans cette municipalité, mais pour des résidences isolées dans le village. Nous avions demandé à la Municipalité de faire les travaux, d'aviser les personnes en cause. Mais dans la montagne, nous n'étions pas au fait de cette situation.»

Selon toute vraisemblance, la Municipalité de Saint-Mathieu-du-Parc contrevient à l'article 20 de la Loi sur la qualité de l'environnement.

M. Binet rappelle qu'il ne s'agirait pas d'un cas exceptionnel. Par exemple, à Saint-Boniface, la rivière Blanche reçoit aussi les eaux usées de plus de 400 résidences du centre du village.

Dans ce cas toutefois, le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire avait confirmé, à l'automne 2008, une subvention totalisant 2,9 millions $ pour la réalisation d'un réseau d'égout et la construction d'une station d'épuration pour traiter les eaux usées. À ce moment, ce projet était estimé à 3,7 millions $.

«Nous attendons que les plans de la firme d'ingénieurs soient finalisés», commente le maire de Saint-Boniface, Claude Caron. «Nous voulons débuter les travaux au printemps. Ça devrait s'échelonner sur un an et demi.»

Du côté de Saint-Mathieu-du-Parc, les citoyens concernés devraient donner l'orientation ce soir, lors d'une importante assemblée publique.

«Il existe encore des municipalités, au Québec, qui ne traitent pas leurs eaux usées», rappelle M. Binet. «Heureusement, c'est de plus en plus rare. Mais celles qui sont prises en défaut devront faire des choses sur ce plan.»

«De notre côté, nous sommes mis au courant de la situation quand un signalement nous est fait», ajoute M. Binet. «Nous nous rendons alors sur place et nous posons des actions. Les plaignants sont nos yeux et nos oreilles!»

Partager

publicité

publicité

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer