Une première église rurale appelée à disparaître

Le dossier de la vente de l'église de... (Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste)

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Le dossier de la vente de l'église de Sainte-Angèle-de-Prémont n'est pas encore réglé.

Photo: Stéphane Lessard Le Nouvelliste

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Sainte-Angèle-de-Prémont) Les rares fidèles de la paroisse de Sainte-Angèle-de-Prémont doivent commencer à se préparer à fréquenter une autre église que celle de leur localité. Le projet d'entente impliquant la fabrique et la Municipalité, qui propose de vendre l'église à l'administration municipale pour 1 $, sera revu en raison du manque de relève au niveau de l'implication pastorale et aussi de l'aspect laïc que prendra alors la bâtisse, une combinaison de raisons qui représentent un frein pour la tenue de célébrations religieuses. Sainte-Angèle-de-Prémont deviendra ainsi la toute première municipalité de la Mauricie et du Centre-du-Québec à être orpheline de lieu de culte catholique, fort probablement d'ici la fin de cette année.

Il y a près d'un an, Le Nouvelliste annonçait que le conseil municipal voulait acheter la bâtisse pour y loger les bureaux municipaux. En échange, le conseil acceptait d'accueillir gratuitement la fabrique dans sa nouvelle salle multifonctionnelle pour la tenue d'offices religieux.

La transaction entre les deux parties ne semble pas en péril, mais les modalités l'entourant vont subir certaines modifications, foi de Jean-Pierre Guillemette. Et l'aspect du lieu de culte qu'on voulait conserver sera retiré.

«Ça prend l'autorisation du diocèse qui a mis certains points sur lesquels il faut réfléchir: quand une municipalité achète une église, cela devient un centre communautaire et on ne peut laisser en permanence des articles religieux. Si une personne veut louer la salle, mais ne veut pas voir ces articles religieux, qu'est-ce qu'on fait? On est mieux d'enlever les articles religieux. C'est une recommandation du gouvernement. Si tu ne veux pas de problème, il faut tout enlever. C'est la laïcité qui nous pend au bout du nez.»

Des assemblées religieuses se déroulent pourtant dans des lieux publics comme des centres communautaires. Saint-Mathieu-du-Parc fonctionne ainsi durant l'hiver. Cette possibilité est écartée par la fabrique de Sainte-Angèle-de-Prémont, elle qui peine à trouver des bénévoles prêts à participer à la vie pastorale de la paroisse.

«Il faudrait ramasser l'autel, laver le plancher. Ça va demander plus de travail pour les bénévoles et ils ne sont pas intéressés. Les cinq marguilliers de Sainte-Angèle sont à bout de souffle. Ils n'ont pas de relève.»

La fabrique a convoqué une assemblée qui s'est tenue la semaine dernière à Sainte-Angèle-de-Prémont. Selon le curé Guillemette, quelque 30 personnes ont participé à cette rencontre durant laquelle la fatigue des marguilliers a été clairement exprimée.

«Il y a entre 13 et 15 personnes qui fréquentent l'église. Les gens disent être capables d'aller dans d'autres églises, comme à Saint-Édouard, Sainte-Ursule, Saint-Paulin. Donc, on va prendre les procédures pour que l'église soit vendue à la Municipalité en 2015 et elle en fera ce qu'elle voudra: on ne demandera pas un lieu de culte.»

Questionné à savoir si le montant de la transaction sera toujours d'un dollar, le curé Guillemette estime que cela reste à voir.

«On pensait avoir des messes et amasser de l'argent. Mais on n'a plus d'endroit pour des messes. Je ne sais pas du tout si on vendra pour un dollar. On va voir.»

La fermeture de l'église n'entraîne pas automatiquement la fin de la fabrique. Celle-ci peut continuer à exister afin de gérer le cimetière paroissial.

«Un autel sur des roulettes, ça ne me dérangerait pas du tout»

Barbara Paillé convient que la question de la laïcité est un sujet délicat, mais la mairesse de Sainte-Angèle-de-Prémont semble très à l'aise à accueillir des activités de culte à l'intérieur de ce qui devrait devenir un édifice municipal.

Le conseil a déposé un projet d'entente à la fabrique paroissiale pour acquérir l'église, projet qui n'a pas encore été entériné par le diocèse. Mme Paillé mentionne que le conseil a toujours le même intérêt à acheter l'église paroissiale malgré les derniers soubresauts dans le dossier, soubresauts causés notamment par la prudence affichée par la fabrique en ce qui a trait à la laïcité des édifices publics.

«Il faut que ce soit une salle multifonctionnelle, mais de là à sortir les accessoires religieux... Ce que j'entends par accessoires religieux, c'est un calice, un ciboire. La photo de la Sainte Vierge sur un mur, c'est un cadre. Un autel sur des roulettes, ça ne me dérangerait pas du tout. Ça se peut que ça ne rentre pas dans les principes religieux, mais je n'ai pas de contrôle là-dessus. Avec la laïcité, tout le monde marche sur des oeufs», convient la mairesse qui rappelle qu'en 1992, alors que la paroisse était à construire l'actuelle église, les cérémonies religieuses se déroulaient sans problème dans une salle municipale.

Mme Paillé a assisté à la rencontre organisée par la fabrique. Elle est pleinement au courant de la baisse de fréquentation de l'église et de l'engagement bénévole pour la vie pastorale. «Parmi les marguilliers, il y en a  deux qui sont là depuis 30 ans. Il n'y a pas de jeune relève qui s'y intéresse. La vie est rendue là.»

La mairesse rappelle que, malgré que le dossier stagne, le conseil veut toujours acheter l'église par le biais de l'entente proposée. Les élus doivent maintenant attendre un signe de la fabrique et voir quelles seront les possibles modifications à apporter à l'entente, incluant le montant de la transaction, avant de s'avancer sur la suite des choses.

Pas de consigne du diocèse

Le diocèse de Trois-Rivières affirme pour sa part qu'aucune consigne a été émise à l'égard des fabriques concernant le transfert d'activités religieuses dans des édifices publics.

«Le diocèse ne dit pas aux gens de le faire ou de ne pas le faire. Le diocèse explore pour voir quels sont les moyens pour que les communautés puissent continuer à offrir des célébrations dans le contexte de la laïcité. Actuellement, on reçoit des données contradictoires: des gens disent que c'est légal, d'autres disent que non. C'est tout ça qu'il faut vérifier pour être sûr qu'on n'émette pas de fausses informations auprès des communautés», raconte Jasmine Johnson, directrice du service des communications du diocèse de Trois-Rivières.

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