Les pourvoiries se sentent menacées par des coupes forestières

Les pourvoyeurs de la Mauricie sont très inquiets... (Audrey Tremblay)

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Les pourvoyeurs de la Mauricie sont très inquiets des coupes forestières. Sur la photo: Bruno Caron de la pourvoirie Waban-Aki et président de l'Association des pourvoiries de la Mauricie, Jean Blanchard de la pourvoirie Air Tamarac et Yannick Branchaud, de la Pourvoirie Chalets Gouin.

Audrey Tremblay

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(La Tuque) Les pourvoiries de la Mauricie ont décidé d'unir leurs forces pour tenter d'éviter le pire. Les pourvoyeurs se sentent menacés plus que jamais par des plans de coupes qu'ils jugent démesurés. Ils soutiennent que cela pourrait nuire à leur avenir. Ils estiment que le gouvernement ne tient pas compte de leur industrie dans les planifications forestières. Ils ne demandent pas que les compagnies forestières cessent de s'approvisionner sur les pourvoiries, mais considèrent qu'il est grandement temps que l'aménagement forestier soit planifié de façon durable pour les deux industries.

«Le niveau d'inquiétude est dépassé, nous sommes rendus en mode panique», lance d'entrée de jeu Bruno Caron de la pourvoirie Waban-Aki et président de l'Association des pourvoiries de la Mauricie.

Les propriétaires de pourvoirie dénoncent vivement que les territoires qui servent à accueillir leurs clients fassent l'objet d'une planification de «coupes forestières sans précédent». Certaines pourvoiries feraient même l'objet de plans de coupes sur l'ensemble de leurs territoires en moins de cinq ans.

Les pourvoyeurs qui ont demandé à ce que les coupes soient mieux réparties soutiennent qu'ils se sont butés à l'absence d'ouverture du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), à l'origine de ces plans.

«Nous considérons actuellement que le MFFP a décidé de sacrifier les pourvoiries pour sauver quelques sous du mètre cube à l'industrie forestière. Je ne vois aucune autre explication. Des décisions qui feront perdre beaucoup d'argent à la région en plus de nuire à la diversification économique et à la création d'emploi. Ce n'est pas de tout couper en quelques années sur nos petits territoires qui va garantir la survie des entreprises forestières. À ce rythme-là, dans cinq ans, il n'y aura plus de compagnies forestières ni de pourvoiries. Bye bye, l'économie régionale», a affirmé Jean-Claude Farrar, de la Pourvoirie du lac Oscar.

Il faut dire qu'il s'agit d'une industrie importante pour la région et particulièrement en Haute-Mauricie. Avec au total 76 pourvoiries sur son territoire, l'industrie génère 2150 emplois et permet la création de 35 millions de dollars en richesse annuellement. L'Association des pourvoiries de la Mauricie soutient même que la région figure parmi les meilleures terres d'accueil dans ce secteur d'activité. Annuellement, ce sont plus de 100 000 touristes qui viennent faire leur tour.

«On considère qu'on a un impact économique non négligeable qui est aussi, sinon plus, important que l'industrie forestière. L'apport économique de nos clients en région n'est pas pris en compte. En plus, ils reviennent chaque année, pas une fois tous les 60 ans» observe Yannick Branchaud de la Pourvoirie Chalets Gouin.

«La mentalité du ministère présentement, c'est que tout le bois prêt à récolter dans les pourvoiries doit être récolté, mais dans les faits, la forêt peut avoir autant de valeur debout que coupée. C'est ce point de vue-là qui est oublié. Le volet touristique est complètement mis de côté», a ajouté Bruno Caron.

Les attentes des clients sont de plus en plus élevées et la compétition de plus en plus forte. «Ils viennent dans la forêt, pas dans un bucher. Le client qui choisit de venir chez nous, il a le choix d'aller à Terre-Neuve, en Alaska, en Afrique, en Europe. Il faut offrir un produit de qualité», estime M. Caron.

«Nous nous sommes toujours battus pour conserver de beaux paysages et maintenir des habitats fauniques de qualité pour assurer des séjours qui répondent aux attentes. Pas de forêt, pas de clients», insiste Stéphane Tremblay de la pourvoirie Némiskau.

La situation n'a pas toujours été comme ça, les pourvoyeurs soutiennent que dans le passé, il y a eu des ententes qui satisfaisaient et prenaient en compte la réalité de tout le monde. Les pourvoyeurs dénoncent cette nouvelle façon de faire.

«Ces ententes ne sont plus respectées, juste le printemps dernier, en arrivant à la pourvoirie, j'ai eu la surprise de découvrir qu'il y avait eu de la coupe pendant l'hiver. Nous ne sommes pas contre les coupes, mais là, c'est plus de 20 ans de recul pour nous», mentionne Jean Blanchard de la pourvoirie Air Tamarac.

Les pourvoyeurs sont clairs, ils ne veulent pas nuire à l'industrie forestière, ils veulent travailler avec eux et faire respecter leurs droits.

«Il faut une planification à long terme sur chaque pourvoirie. On a tous des besoins différents et on a besoin de savoir ce qui s'en vient, les risques à court, moyen, long terme. Le ministère saurait lui aussi où s'en aller avec ça. Ce serait gagnant pour tout le monde. [...] Ce qui se passe présentement, c'est que les pourvoyeurs n'investissent plus. Tout le monde est sur le frein en attendant de voir ce qui va se passer», note le président de l'Association des pourvoiries de la Mauricie.

«Il y a une urgence d'agir», a conclu M. Branchaud.

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