Décès de Patrick Morin: «Le temps que ç'a pris me met hors de moi»

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Amélie Lefebvre a dénoncé publiquement le temps de réponse des ambulanciers.

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Audrey Tremblay
Le Nouvelliste

(La Tuque) Il était jeune, 34 ans à peine, et père d'un bambin de 15 mois. Son décès a bouleversé la communauté du Haut Saint-Maurice. Un peu plus d'une semaine après, la famille de l'entraîneur de football bien connu à La Tuque, Patrick Morin, s'explique encore bien mal comment les ambulanciers ont pu mettre 13 minutes avant d'arriver sur les lieux, alors que la résidence se trouve à moins de quatre kilomètres de la caserne. Le débat sur les temps de réponse, qui dure depuis plusieurs années, est relancé.

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Le superviseur de la BTAQ à La Tuque, Jimmy Lessard, souhaite, tout comme ses collègues, que l'horaire de faction soit modifié en horaire à l'heure.

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«Je sais que les ambulanciers ont fait leur possible, mais le temps que ç'a pris me met hors de moi. Surtout à La Tuque, le poste d'ambulance est à trois minutes de la maison. Il n'y a pas de raison, à moins qu'ils soient tous partis sur un appel. Je ne comprends pas qu'il y ait eu un aussi long délai. Ce n'est pas normal. [...] Les mots me manquent. Peut-être qu'ils ne l'auraient pas sauvé, mais il y a une maudite bonne chance que oui», lance Amélie Lefebvre, conjointe de Patrick Morin.

Quelques minutes avant le drame, la jeune femme était au téléphone avec son conjoint, qui a manifesté une grande douleur, si bien qu'elle a alerté la mère et le beau-père de ce dernier.

«Il gémissait et il me disait: Je vais mourir, je vais mourir. J'ai mal.» J'étais à Trois-Rivières et je ne pouvais rien faire. [...] Il n'était pas capable de se déplacer. Jamais avant il m'avait dit je vais mourir». C'est Patrick qui a appelé le 9-1- 1», raconte Mme Lefebvre.

Il aura fallu une douzaine de minutes à l'équipe de paramédics pour se rendre au domicile de l'homme de 34 ans, soit huit minutes pour se rendre à la caserne avec leur véhicule personnel et quatre minutes pour rejoindre le patient avec l'ambulance.

Cette situation a ravivé, encore une fois, le sentiment de frustration ressenti à plusieurs reprises par les ambulanciers de l'endroit. Tout comme les dirigeants de la Banque des techniciens ambulanciers du Québec (BTAQ) à La Tuque, ils décrient le délai d'intervention et réclament des changements d'horaire.

«Quand on analyse le dossier, on peut facilement croire que c'est le délai d'intervention qui a été un facteur clé dans la suite des événements», note Jimmy Lessard, superviseur à la BTAQ de La Tuque.

«Il y a un très grand sentiment de frustration qui animait les paramédics qui se sont rendus sur les lieux. Un patient de cet âge-là aurait probablement été réanimable, si l'intervention avait été dans un plus court délai. S'ils avaient été ici [à la caserne], ils seraient arrivés à temps. Ils ont eu une grande frustration par rapport à ça», ajoute-t-il.

Le superviseur soutient également que lors d'un arrêt cardiaque, s'il y a une défibrillation rapide, le taux de succès est de 85 %, mais que chaque minute de délai diminue de 7 à 10 % le taux de succès.

«On est arrivés en 13 minutes, ça veut dire qu'à la base, avec l'intervention qu'on faisait, on partait avec moins de 5 % de chances, contrairement à 85 % si on était arrivés rapidement. On a les outils et les connaissances. C'est très frustrant, parce que c'est le même effort pour nous, mais le résultat au bout est totalement différent. C'est une vie versus la mort», déplore M. Lessard.

Les ambulanciers tentent du mieux qu'ils peuvent de diminuer les délais à partir du moment où ils prennent le patient en charge. Cependant, ils estiment que le facteur le plus facile à contrôler c'est le temps de réponse, mais qu'ils n'ont aucun pouvoir.

«On nous laisse en horaire de faction et ça, c'est vraiment frustrant. C'est un système qui est complètement dépassé. Avant même d'être chez le patient, on a un délai qui est critique, qui est en dehors de notre contrôle», affirme Jimmy Lessard.

Ce dernier est catégorique, un changement d'horaire augmenterait le taux de survie des gens à La Tuque. Entre-temps, on se restreint à dire, dans un soupir, que malheureusement ce ne sera sûrement pas le dernier cas, tant que la situation ne changera pas.

Les demandes de la BTAQ avaient fait la manchette il y a quelques mois avec le dossier d'Édouard Ricard qui accusait les délais d'intervention de la mort de sa femme. L'homme avait même fait circuler une pétition qui a été remise à l'Assemblée nationale. Par ailleurs, il n'a pas été question de recours pour la conjointe de Patrick Morin, qui soutient avoir beaucoup d'autres choses à penser pour le moment et ne pas avoir la force de mettre tout ça en oeuvre.

Les ambulanciers pour leur part préféreraient faire les manchettes parce qu'ils ont réussi une réanimation. M. Lessard fait, entre autres, référence aux ambulanciers Éric Gélinas et Pierre Desrosiers, qui ont été remerciés par Pierre Quesnel dans nos pages la semaine dernière pour une réanimation effectuée avec succès en quatre minutes.

Une solution à coût nul?

La BTAQ de La Tuque soutient avoir proposé une solution à coût pratiquement nul à l'Agence de la santé qui améliorerait grandement la situation. Toutefois, on accumule les refus.

Cette solution, elle consisterait à convertir un des trois horaires de faction en 12 heures à l'heure. La BTAQ de La Tuque aimerait pouvoir l'essayer en projet-pilote, mais l'Agence, qui prend les décisions, continue de refuser les demandes.

À l'Agence de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec, la réponse est la même qu'en décembre dernier. On estime que la survie d'un patient dépend de bien plus d'éléments que simplement du temps de réponse et on soutient que la situation est bonne à La Tuque.

«La chaîne d'intervention préhospitalière, c'est la clé du succès. C'est l'implication de tous les partenaires de la chaîne qui va faire en sorte qu'une intervention ait un meilleur succès», affirme Jean-François Lupien, conseiller aux services préhospitaliers à l'Agence. On souligne également avoir bien reçu la demande la BTAQ de La Tuque, qui a été traitée avec beaucoup de sérieux.

Ce dernier a également affirmé que l'entreprise BTAQ de La Tuque se trouvait au troisième rang dans de la région pour une transformation, un rehaussement ou un ajout d'heures. À l'échelle provinciale, c'est au 45e rang sur 179.

À l'heure actuelle, le temps moyen de réponse à La Tuque pour une intervention cardio-respiratoire est de 12 minutes 7 secondes. Ailleurs en Mauricie ce délai est de 12 minutes 36 secondes.

L'Agence n'a pas voulu commenter le dossier de Patrick Morin.

Une cérémonie à l'image de Patrick

Les joueurs et les anciens joueurs des Vikings, amis et collègues, ont défilé par dizaines samedi au gymnase de l'école Champagnat afin de dire un dernier au revoir à Patrick Morin. Une cérémonie à l'image de «Coach Pat».

«Jamais on n'aurait pu imaginer qu'il avait fait la différence dans la vie d'autant de monde», note la conjointe de M. Morin, Amélie Lefebvre.

Au terme de cette cérémonie où l'émotion était palpable. Les Vikings ont réalisé une grande haie d'honneur pour saluer l'entraîneur. «C'était tellement beau, tellement gros, tellement propre à lui. C'était lui du début à la fin, jusqu'au cri d'équipe. S'il avait été là, c'est ça qu'il aura voulu, j'en suis convaincue», a ajouté la jeune femme.

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